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CHAPITRE XXII

Ma maison sera appelée la maison de la pritre.

(Is. Lvi, 7 ; Jérém. vu, 11 ; MiUh. XXI, 13.)

(Consécration des églises, fête de la Dédicace (1).)

La foi du chrétien lui enseigne que Dieu est partout. II n'habite pas dans des temples faits de main d'homme. Les plus magnifiques restent étroits et mesquins en regard des hautes montagnes, de l'immensité des océans, de la voûte étoilée. Et cependant l'univers est encore un temple trop petit pour contenir Dieu. Il dit : « Le ciel est mon siège, et la terre l'escabeau de mes pieds. Quelle maison m'édifierez-vous? Quel sera le lieu de mon habitation ? Ma main n'a-t-elle pas créé toutes choses ? » Et le prophète lui répond : « Oui, les

(1) Le sujet a été souvent étudié par les archéologues et les lilurgistes, cf. par e.xemple: Hospinian, De origine et progressa consecrationum tempiorum, Zurich, 1603; Harington, The abject, importance and antiquity ai' l.'ie ri le of consearatioD ot churclies, 1847 ; puis récemment par Bingham,Rossi, Duchesne, etc. On peut citer parmi les meilleurs, le commentaire de Catalani dans son édition du pontifical. Pour les formules, cf. Martène, De aatiq. Eccl. rit., III ; Daniel, Codex Ut. I, 333.

cieux sont à Toi, et la terre est à Toi ; Tu as fait la terre dans sa plénitude (1). »

Par cette profession de sa foi, le chrétien atteint d'un coup d'aile jusqu'aux confins de la plus haute métaphysique, l'idée de l'immensité de Dieu, de son infinité, de son omniprésence. Pour les païens et même pour un certain nombre de Juifs peu éclairés, cette doctrine était neuve et en contradiction avec toutes leurs idées. Ils concevaient leur dieu comme un être semblable à eux, qui ne l'emportait que par des qualités éminentes, peut-être surnaturelles, mais ce dieu régnait dans son temple, c'était le lieu qu'il habitait, son domaine ne s'étendait pas au delà.

Aussi saint Etienne et saint Paul, dès le lendemain de la création de l'Ëglise, rappellent-ils, après les prophètes, que Dieu n'est pas circonscrit dans un lieu, mais qu'il est partout : « Le Très-Haut n'habite pas dans des temples faits de main d'homme, s'écrie saint Etienne en face des Juifs. Le ciel est sa demeure.» Et saint Paul devant l'Aréopage : « Le Dieu qui a fait le monde et tout ce qui est en lui, étant le maître du ciel et de la terre, n'habite pas dans les temples faits demain d'homme... En lui nous vivons, nous nous mouvons et nous sommes (2). »

Toutefois cette croyance à l'ubiquité de Dieu, n'empêcha pas les chrétiens de construire des églises, non pas pour y enfermer Dieu, pour lui en faire un séjour à l'exclusion de tout autre lieu, mais pour s'y réunir, pour y prier dans la charité, pour y rendre à Dieu un culte sincère et raisonnable. Cette maison de la prière

(1) Ps. ixiii ; ps. Lxxxviii, etc.

(2) Actes, VII, 48, et XVII, 24.

devient la maison de Dieu, parce que Dieu y manifeste sa puissance et sa bonté plus qu'en aucun autre lieu. Il aime à voir ses enfants se réunir dans ce lieu sanctifié et recueilli; on dirait qu'il y exauce plus volontiers les prières. L'église, Vz/.-Ariala^ le lieu de réunion, devient un édifice séparé, une maison consacrée spécialement à Dieu, tout autre usage profane en étant banni. Cette maison est dédiée par un ensemble de cérémonies qui sont peut-être les plus symboliques et les plus expressives du rituel chrétien.

CONSECRATION DE L EGLISB

Quoique les dédicaces d'églises aient lieu assez rarement, nous donnerons place ici à cette cérémonie, parce qu'il est important que le chrétien connaisse par quels rites a été consacrée son église, et aussi parce que ces rites ont un caractère permanent dans les effets qu'ils produisent sur tous ceux qui pénètrent dans le lieu bénit et y prient.

La fôLe de la Dédicace des églises est fort ancienne. La pieuse voyageuse de Jérusalem, à laquelle nous ne nous lassons pas de faire des emprunts, nous raconte qu'au IV* siècle, dans la ville sainte, cette fête était célébrée avec autant d'éclat que celle de Pâques ou de l'Epiphanie, et avec une octave. On venait y assister de très loin ; les solitaires eux-mêmes quittaient leurs solitudes de Mésopotamie, de Syrie, d'Egypte, de Thébaïde et des autres provinces, pour se réunir à Jérusalem. Les évoques s'y rendent pour la

circonstance ; le moins qu'il y en ait, c'est de quarante. à cinquante, « Personne, ajoute la narratrice, ne se dispense de ce voyage sans une grande nécessité ; et celui-là pense avoir commis un très grave péché qui, en ces jours, n'assiste pas à cette grande solennité (1). »

Dans cette description de Silvia, aussi bien que dans les récits de dédicaces d'Eusèbe et de Sozomène, il est bien question d'une grande fêle, de discours prononcés pour la circonstance, mais aucune allusion à un rituel spécial. Il est probable que sa composition est postérieure.

Ce rituel, tel qu'il existe aujourd'hui, paraît à première vue très compliqué, si on Tétudie dans ses détails ; il est parfois difficile d'en saisir l'enchaînement et la logique ; mais, si l'on veut considérer l'ensemble, on arrive à une grande simplification. Tous ces rites se ramènent à trois chefs principaux : consécration de l'église, consécration de l'autel, translation des reliques. On peut aussi mettre à part les exorcismesetbénédictions de l'eau, du sel, des cendres, du vin, qui servent à la consécration, mais qui ne se rapportent pas directement à la cérémonie. Avec ce fil conducteur, il est facile de se retrouver dans cette forêt liturgique un peu toufi'ue. Étudions chacune de ces parties.

La consécration de l'église et de l'autel est une cérémonie analogue au baptême. Par un symbolisme aussi profond qu'ingénieux, ce temple matériel

(1) Pcrcgrinatio, p, 108. La description de Silvia s'interrompt nrusquement ici, par suite de la perte des dernières pages du manuscrit.

LA MAISON UK DIEU '6i'S

n'est qu'une image du temple spirituel de notre âme. L'âme du fidèle, tel est le vrai temple, celui où Dieu se plaît, l'autre n'en est que la figure. Mais de même que l'âme est purifiée, sanctifiée par le baptême, le temple, par sa dédicace, recevra une sorte de baptême. Ces analogies ont déjà été relevées plusieurs fois par les liturgistes (1).

Il faut purifier cet édifice, en chasser le démon, comme on l'a chassé par le baptême de l'âme du catéchumène ; de là, bénédiction de l'eau et du sel, par des formules analogues, et formules d'exorcismes, aspersion des murs de l'église, signes de croix faits sur le seuil et sur l'autel.

Ces premières lustrations sont faites hors de l'église. Quand l'évêque entre dans l'église, le chœur chante les versets du psaume 23* : « Ouvrez vos portes, princes, et le roi de gloire entrera. » Ce psaume est bien choisi pour la circonstance. Il fut composé par David lorsqu'il plaça le tabernacle sur le mont Sion. Les premiers versets nous rappellent cette grande vérité que l'Église ne veut pas nous laisser oublier, à savoir que la terre tout entière est le temple de Dieu :

« La terre est au Seigneur, dans toute son étendue ; n l'orbe de la terre et tous ceux qui habitent en elle. « Il l'a fondée sur les mers ; et il l'a préparée sur les fleuves. »

Les aspersions autour des murs avec de l'eau bénite recommencent à l'intérieur.

(1) Notamment Catalani et l'abbé Duchesne. Dans l'eucologe grec, une oraison s exprime ainsi: « 0 Dieu, qui avez sanctifié les eaux de Jourdain pour le baptême, sanctifiez cette eau pour la consécration de votre autel. »

A ce moment trouve place un rite très particulier et unique dans la liturgie : on trace avec des cendres deux bandes transversales dans l'église, en forme de croix de saint André ; sur l'une de ces bandes le pontife écrit l'alphabet grec, sur l'autre l'alphabet latin. Les liturgistes ont cherché depuis longtemps à expliquer ce rite mystérieux. On a dit que ces deux alphabets signifiaient les deux Églises grecque et latine et leur union dans la croix, que ces caractères rappelaient que le Christ est Yalpha et Voméga, le commencement et la fin de tout, ou encore que ces éléments de toute parole écrite ou parlée rappellent les enseignements donnés aux catéchumènes dans l'église sur les éléments de la doctrine chrétienne (1). M. de Rossi a donné une autre interprétation qui paraît beaucoup plus sérieuse. « Il amis hors de doute l'idée génératrice de la cérémonie. Elle correspond à la prise de possession du terrain et à sa délimitation. La croix oblique, crux decussata, sur laquelle l'évêque trace les lettres de l'alphabet, correspond aux deux lignes transversales que les arpenteurs romains traçaient d'abord sur les terrains qu'ils voulaient mesurer. Les lettres que l'on y écrit sont un souvenir des signes numéraux que l'on combinait avec ces lignes pour définir les dimensions du périmètre. De plus, la série qu'elles forment, l'alphabet dans son entier développement, n'est qu'une sorte de dilatation du sigle mystique A iî, de même que le decussis, le y^ grec, est l'initiale du nom du Christ. Ainsi l'alphabet tracé en croix sur le pavé de l'église équivaut à l'impression d'un large

[l] Catalani, II, 94.

r.A MAISON DE DIEU 315

svjnum ('hristisurle terrain qui doit être consacré au culte chrétien (1). »

Ce rite, d'une signification si élevée, doit, comme le remarque Tabbé Duchesne, remonter à un temps où la barbarie n'était pas encore dominante, bien au delà du viiie siècle, par conséquent.

La bénédiction du sel, de l'eau, des cendres et du vin peut être mise à part, comme nous l'avons dit, car elle se retrouve en d'autres rites. La forme est du reste toujours la même : un exorcisme suivi d'une oraison. Nous reviendrons sur ces questions dans un chapitre spécial (2j.

Mais le centre de l'église, le point oîi tout converge, c'est cette pierre, à la fois table et autel, sur laquelle le Christ se sacrifie et se donne en nourriture à ses fidèles. Après la bénédiction de Téglise, le pontife procède donc à la consécration de l'autel, avec des onctions, des bénédictions, des signes de croix, comme il a fait pour la consécration de l'église elle-même, et qui rappellent également les cérémonies du baptême. De toutes ces formules, dont quelques-unes peuvent être considérées comme des plus belles de la liturgie, nous ne citerons que la préface.

Celle-ci se compose, comme toutes les préfaces et les collectes vraiment anciennes et de bonne facture, de trois parties : l'invocation, la pétition et la conclusion.

L'invocation est conçue en termes magnifiques ; Dieu n'est pas seulement invoqué comme « Seigneur saint, Père tout-puissant, Dieu éternel », mais dansle corps de la préface une autre invocation est adressée

(1) Boll. di arcb. c^r/.</., 1881, p. 140, et Duchesne, Origines (la cuIp chrétien, p. 402. 403.

(2) Voyez le chapitre xxiv, Sanctiflcatica des éléments.

« à la bienheureuse et sainte Trinité, qui purifie tout, sanctifie tout, orne toutes choses, à la bienheureuse majesté de Dieu, qui remplit tout, contient tout, dispose tout, à la bienheureuse et sainte main de Dieu, qui sanctifie tout, bénit tout, enrichit tout, enfin au Dieu saint des saints ».

« Soyez présent à nos prières, dit le pontife, soyez présent à ces mystères; voyez les fatigues de vos serviteurs, écoutez leurs supplications.

« Que l'Esprit-Saint avec l'abondance de sa grâce septiforme descende dans cette église que nous consacrons.

« Toutes les fois que votre saint Nom aura été invoqué dans cette maison, que ces prières soient exaucées par vous, Seigneur clément...

« Purifiez, bénissez, consacrez cette église par l'inépuisable fécondité de votre sanctification.

« Que les prêtres vous y offrent des sacrifices de louange;

« Que les peuples fidèles vous y présentent leurs vœux ;

«.Que les charges des pécheurs y soient allégées, et que les fidèfes tombés soient relevés ;

« Que dans cette maison, qui est vôtre, les malades soient guéris par la grâce du Saint-Esprit; que les infirmes soient réconfortés, les boiteux redressés, les lépreux purifiés, les aveugles illuminés, les démons chassés, les faibles fortifiés, les pécheurs déliés de leurs chaînes ;

« Que tous ceux qui entrent dans ce temple pour y demander légitimement vos bienfaits, se réjouissent de voir leurs vœux exaucés,

« Par Notre-Seigneur Jésus-Christ. »

La première partie de la dédicace est achevée ; l'édifice a été purifié, le démon est désormais forclos de ce domaine, c'est la maison de Dieu, son temple saint, les fidèles peuvent venir y prier.

Mais il faut à cette église des protecteurs. Dans les premiers siècles, on aimait à construire les églises sur les tombeaux des martyrs, qui devenaient comme les patrons naturels de l'édifice. Lorsque le peuple de Milan demanda à son évêque, saint Ambroise, de faire

une dédicace selon la façon romaine, il répondit: « Je le ferai si je trouve des martyrs ». Il trouva en effet peu après les corps des saints Gervais et Protais (1).

C'était au=si la coutume dans plusieurs églises orientales.

Mais on n'avait pas toujours un corps de martyr à sa disposition, comme saint Laurent ou sainte Agnès. Quand les basiliques se multiplièrent, il fallut donc renoncer à la gloire de construire l'autel sur un tombeau de martyr. On dut se contenter d'une portion quelquefois minime d'un corps saint, de quelques reliques (2).

Dès la veille de la cérémonie, il a fallu préparer ces. reliques dans un lieu voisin de l'église, les orner décemment, et réciter devant elles l'office des Vigiles et des Laudes. Après toutes les lustrations et les onctions que nous avons décrites, le cortège se forme, on va chercher les reliques au chant des antiennes et des psaumes, et la procession s'arrête aux portes de l'église. Là le pontife prononce une allocution de circonstance sur la cérémonie de la dédicace, sur le respect dû au lieu consacré ; puis on lit les décrets concernant les droits et privilèges de l'église.

On rentre alors dans le temple au chant des antiennes et des psaumes, et l'on pose les reliques sous l'autel avec des onctions et des encensements (3).

(1) Ep. xxu, Ad MarcelUnam sororem.

(2j Selon l'abbé Duchesne, qui a étudié avec une singulière pénétration tous ces rites, cette partie serait la dédicace romaine ancienne, combinée plus tard avec la dédicace gallicane qui forme la première partie.

(3) Aujourd'hui ces reliques sont placées sous la pierre de l'autel.

Plusieurs de ces antiennes sont fort belles, très antiques, et ont passé de cet office dans celui des martyrs.

« Entrez, Saints de Dieu, votre demeure vous a été préparée oar le Seigneur; le peuple fidèle suit avec joie la même route; priez pour nous la majesté du Seigneur, alléluia.

« Les âmes des Saints qui ont suivi les vestiges du Christ se réjouissent dans le ciel; et parce qu'ils ont répandu leur sang pour son amour, ils tressaillent d'allégresse sans fin avec le Christ.

« Saints de Dieu, vous avez obtenu une demeure sous l'autel de Dieu. Saints de Dieu, intercédez pour nous auprès de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

« Les corps des Saints sont ensevelis dans la paix : et leurs noms vivront éternellement. »

Ce rite n'est du reste autre chose que l'ancien rite observé dans les translations de reliques et qui remonte à une très haute antiquité (1).

Les reliques sont enfermées sous l'autel. Le sacrifice se célébrera chaque jour à cette place, le sacrifice des martyrs s'unira ainsi à celui du Christ. L'église a ses protecteurs, les fidèles ont leurs patrons.

Celle translation des reliques a pris place, comme on l'a vu, au milieu même du rite de la consécration de l'autel. Maintenant que l'autel est sanctifié par la présence des reliques, la cérémonie suit son cours : ce sont de nouveaux encensements autour de l'autel, de nouvelles onctions d'huile et de chrême. Toute cette consécration de l'autel s inspire des plus anciens rites de la consécration des autels au temps des patriarches, comme le prouvent les antiennes :

« Jacob, se levant le matin, éleva une pierre comme autel, répandant au-dessus de l'huile ; il fit un vœu à Dieu : « ce lieu est vraiment saint, et je ne le savais pas! »

« Moïse édifia un autel au Seigneur Dieu, offrant des holocaustes, immolant des victimes; il fit le sacrifice du soir

(1) Selon nous, ce rite était identique, à l'origine, à celui des funérailles.

en ofleur de suavité au Seigneur Dieu, en présence des fils d'Israël. »

« Dieu a sanctifié son tabernacle, parce que c'est la maison de Dieu, dans laquelle on invoquera son Nom, comme il a été écrit : Mon Nom sera là, dit le Seigneur. »

D'autres antiennes et des psaumes font allusion à Jérusalem la ville sainte, qui est encore une image de nos églises :

« Tous tes murs sont des pierres précieuses, Jérusalem, et tes tours sont aussi des pierres précieuses... Tes fondements sont sur les montagnes saintes ; le Seigneur a aimé Sion audessus de toutes les tentes de Jacob... Loue le Seigneur, Jérusalem, parce qu'il a fortifié les serrures de tes portes. »

Ces souvenirs tirés des patriarches et du peuple de Dieu, qui se présentent si fréquemment dans Ja liturgie catholique, lui assignent ses véritables origines ; elle remonte par une ligne sans solution au delà de Notre-Seigneur Jésus-Christ, au delà des prophètes, au delà même des patriarches, jusqu'à l'origine même du monde ; le Christ en effet se rattache par Marie et Joseph, de génération en génération, à celui qui fut de David, qui fut deNoé, qui fut d'Henos, qui fut d'Adam, qui fut de Dieu (1).

Mais ce n'est pas encore assez ; de cette Jérusalem de la terre, de cette cité de Dieu au milieu des hommes, vers laquelle se tournaient tous les regards des fils d'Israël, le lyrisme liturgique, d'un nouvel élan, nous emporte vers cette autre Jérusalem, la Jérusalem du ciel, dont notre église matérielle est une image.

« C'est la Jérusalem céleste, chantons-nous avec saint Jean (1) Luc. III, 36.

elle est ornée comme l'épouse de l'Agneau... ses portes ne seront jamais fermées, il n'y aura pas de nuit pour elle... Ses places ser(int de l'or le plus pur, on entendra résonner sans cesse à travers ses rues l'alleluia... Tu brilleras d'une lumière éternelle et toutes les nations de la terre t'adoreront I »

Quelle poésie, quel- drame, quel lyrisme ! quelle progression ascendante ! Cet édifice de pierre construit par la main des hommes a été purifié, sanctifié, enrichi de la dépouille des martyrs. Pénétrés du sentiment de sa dignité et de sa grandeur, les artistes et les architectes chrétiens ont lutté de génie pour en faire la maison de Dieu. L'humble et étroit cubiculum des Catacombes est sorti de terre, il a poussé, exalté ses murs, il est devenu basilique.

Ce n'était pas assez pour le temple de Dieu ; on le voulait plus haut, plus spacieux. Le plein-cintre permit à l'église romane d'atteindre à des hauteurs jusque-là inconnues. Il fallait encore élever ces voûtes, lancer ces flèches plus haut dans le ciel, plus haut,' excelsior ; un dernier effort du cerveau des architectes créa l'arc en tiers-point et la cathédrale gothique.

Mais le chrétien a la nostalgie des hauteurs; les plus beaux édifices ne le satisfont pas ; plus haut^ toujours plus haut ! Sion, la cité sainte construite sur le sommet des montagnes, avec ses tours imprenables et S€S murailles de pierres précieuses, n'arrêtera qu'un instant son essor. Plus haut encore ! Le voilà qui entre dans son vrai temple : « Ouvrez vos portes, princes des cieux, ouvrez les portes éternelles. » Le ciel, la cité spirituelle, la Jérusalem céleste, les perspectives infinies de l'éternité, les horizons sans bornes de l'immensité, le sein de Dieu, voilà son vrai temple, •voilà son église, voilà sa patrie 1

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