L OFFICE ET LA MESSE DE LA DKDICAGE
Quand la dédicace de Téglise est achevée, on célèbre la messe dans ces murs nouvellement sanctifiés, sur cet autel encore humide des onctions de l'eau sainte et du chrême bénit. L'anniversaire de ce jour devient une fête du premier ordre pour les fidèles. La fête de la Dédicace entraîna donc naturellement la composition d'une messe propre et d'un office, la messe et l'office pour la Dédicace de Véglise qui sont encore aujourd'hui au bréviaire et au missel.
Cette œuvre liturgique est ancienne et mérite d'attirer l'attention des fidèles ; elle s'inspire, cela va sans dire, de la cérémonie de la dédicace que nous venons de décrire, et plusieurs des formules sont communes à l'une et à l'autre (1). On y retrouve les mêmes thèmes : l'église est la maison du Seigneur, elle est fondée solidement sur la pierre, c'est lamaison de la prière. Ce lieu est un lieu redoutable, c'est la maison de Dieu et la porte du ciel. L'église matérielle est comparée à l'Église de Dieu, qui est la réunion de tous les fidèles : elle est bâtie sur le sommet des montagnes, elle est élevée au-dessus des collines, de telle sorte qu'elle soit vue de partout et que les nations accourent vers elle.
C'est aussi Jérusalem, avec ses murs, ses tours
(1) Soit dit sans préjuger la question de priorité que nous laisserons de côté ici.
et ses portes ; c'est la Jérusalem céleste décrite dans l'Apocalypse, la sainte cité de Jérusalem, la Jérusalem nouvelle descendant du ciel, ornée comme l'épouse qui est parée par son époux. Et la voix qui part du trône dit : « Voici l'habitation de Dieu avec les hommes, et il habitera avec eux. Et ils seront son peuple, et Dieu sera avec eux : et Dieu essuiera les larmes de leurs yeux, et il n'y aura plus pour eux ni mort, ni deuil, ni cri, ni- douleur, parce que les choses anciennes ont été anéanties. Et celui qui est assis sur le trône dit : Voilà que je ferai toutes choses nouvelles (1). »
Les hymnes, qui sont remarquables, expriment ces idées sous une forme saisissante. Mais elles chantent surtout l'Église, épouse du Christ.
t Bienheureuse ville de Jérusalem, appelée vision de la paix, qui est construite dans le ciel, avec des pierres vivantes, et qui est couronnée par les anges comme une glorieuse épouse...
« Ces pierres polies par le ciseau et le marteau sont mises à leur place par la main de l'artiste, et disposées pour demeurer dans l'édifice sacré...
« Cette cité consacrée à Dieu et chérie par lui est pleine de chants de louange et de joyeux cantiques, qui célèbrent avec ferveur le Dieu un et trine.
« Que tous méritent d'obtenir ici ce qu'ils demandent,
(1) Apoc. XXI.
LA DÉDICAGb: DE L'RGLISE 3*23
et d'en jouir éternellement avec les saints, d'entrer dans le paradis et de s'y reposer. »
Nous retrouvons ici les beaux psaumes employés pour la consécration, le 23«, Domini est terra et plenitudo ejus, qui est le psaume classique delà dédicace: la vraie Église, c'est le ciel ; le 45* sur la cité de Dieu ; le 47e sur Sion, la cité sainte ;le 90« qui rappelle la protection que Dieu étend sur ses serviteurs; le 9o«où se lit le verset : « Prenez des hosties, et entrez dans son temple ; adorez le Seigneur dans son saint temple ; » le 98« qui contient des allusions au sacerdoce, à la prière et à Sion : « Louez le Seigneur notre Dieu, et adorez-le sur la sainte montagne, parce que le Seigneur notre Dieu est saint. » Les trois psaumes du trait, le 124^ et le 137% ainsi que le 83e de l'introït, sont choisis pour des allusions de même nature.
Ces antiennes, ces répons, ces psaumes, ces oraisons, ces lectures et ces hymnes forment vraiment une belle construction liturgique, et il est peu d'offices plus harmonieusement distribués et qui possèdent plus de pièces de valeur.
L'anniversaire de la dédicace a une telle importance qu'il est doté, comme les plus grandes fêtes, d'une octave qui contient quelques lectures intéressantes.
Tel est le temple chrétien. Tels sont, ô fidèle, les enseignements que l'Église te donne.
Quand tu entres dans ce temple, tu entres dans la maison de Dieu ; c'est la maison de la prière. Le temple de Jérusalem élevé sur la montagne de Sion, ce temple vers lequel se tournaient tous les regards des Juifs
répandus dans l'univers, ce temple qui était devenu le centre autour duquel se sont formées la nationalité et lareligion juives, et qui en resta jusqu'au bout le symbole, ce temple n'était qu'une image de ton église, de même que la pierre de Jacob n'était qu'une figure de ton autel où s'offre la véritable victime. Sois attentif. Oublie au seuil de cet édifice les soucis du monde. Loin d'ici les pensées profanes, les désirs de lucre, les préoccupations de la vanité. Souviens-toi que celui dont tu es le disciple chassa du temple les vendeurs et les trafiquants, en s'écriant : « Ma maison sera appelée la maison de la prière. » Pour toi, viens à l'église afin d'y prier dans le calme, le silence et la paix ; tu trouveras ici le vrai repos, la consolation que tu cherches. Tu oublieras pour un moment le fardeau de la vie, si lourd peut-être à tes épaules.
Tu te rappelleras que cette église est la figure de ton àme ; comme toi, elle a été purifiée, sanctifiée par une sorte de baptême. Jésus y est présent. C'est lui qui a dit : « Demandez et il vous sera donné ; cherchez et vous trouverez ; poussez et il vous sera ouvert (1) ; » sa table y est toujours dressée et il te convie à ce banquet. Il t'attend pour te fortifier, te consoler, te purifier de tes fautes, te révéler ses volontés sur toi.
Mais ne sois pas étroit dans tes vues. Ne pense pas que quand tuas fini ta prière et que tu sors du temple, tu es quitte envers Dieu. Apprends à l'adorer et à le prier dans cet univers qui est aussi son temple. Sa présence te suit ; tu l'emportes avec toi. Tu as beau te cacher comme Gain, tu trouveras partout et toujours cet œil,
(1) Matth. VII, 7.
LA LlloiCACE DE L EGLISE 325
... Tout grand ouvert dans les ténèbres, Et qui le regardait dans l'ombre fixement.
Garde-toi donc toujours pur et sois sincèreavec toimême, et souviens-toi que ton corps et ton âme sont le temple du Saint-Esprit,
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