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CHAPITRE XXV

« Soit que vous mangiez, soit que vous buviez, quelque chose que vous fassiez, faites tout à.

la gloire de Dieu. »

(I Cor. X, 31.)

Ce précepte a élé rempli à la lettre par les disciples du Clirist, qui ont tenu à consacrer toutes leurs actions à la gloire de Dieu et au nom du Seigneur Jésus- Christ. « Avant de prendre de la nourriture, dit Clément d'Alexandrie, il convient que nous louions le créateur de toute chose, et il convient aussi que nous le chantions, quand nous prenons comme nourriture les choses qu'il a créées (1). » Le texte deTertullien auquel nous avons fait allusion ailleurs, dit que les chrétiens aimemt à faire le signe delà croix au commencement de toutes leurs actions, et spécialement en se mettant à table (2). « iNos repas, dit-il dans un autre écrit, n'ont rien qui soit vil ou immodeste. On ne s'étend sur son lit qu'après avoir commencé par prier Dieu (on sait qu'à cette époque ou mangeait étendu

(1) Clem. Alex. Pœdag. II, 4.

(2) Ci-dessus, p. 130.

sur une sorte de lit) ; nous ne mangeons que ce qu'il faut pour apaiser notre faim, nous ne buvons qu'autant qu'il suffit à des hommes modestes. On mange sans oublier que Ton doit adorer Dieu pendant la nuit. On s'entretient sans oublier que Dieu écoute. Après qu'on s'est lavé les mains et que sont allumés les flambeaux, on engage chacun à chanter, au milieu de tous, les louanges du Seigneur, en recourant aux saintes Écritures ou de son propre fonds. Par là on voit comment il a bu. La prière termine également le repas (1). » Sans doute Tertullien parle ici de l'agape qui était un festin religieux, presque liturgique ; mais les mêmes règles s'appliquaient à tous les autres. Le chrétien priait avant le repas pour éviter tous les excès qui se commettaient si fréquemment à cette époque chez les païens, et aussi pour remercier Dieu qui, dans sa libéralité, nous donne « le pain de chaque jour ».

C'est probablement aussi durant les agapes que l'on portait aux convives des santés avec une pieuse acclamation, d'un caractère presque liturgique. L'usage de ces libations nous est attesté par des inscriptions, comme les suivantes, que l'on lit dans les plus anciens verres chrétiens : « Bois dans le Christ ! » « Bois dans la paix de Dieu ! » « Bois pieusement ! » « Fais une libation, bois et vis ! » « Le plus digne des amis, bois et vis avec tous les tiens et porte à ton tour une santé (2). »

Une des plus anciennes formules de prière pour

(1) ApoL, 31.

(2) Garrucci aréuni une riche collection de ces inscriptions dans ses Vctri oruati nci ciwileri dci cristiani primitivi, Homa, 1858.

le repas, que nous possédions, se rencontre dans un ouvrage, attribué à tort à saint Athanase, mais qui paraît bien du iv* siècle. L'auteur recommande aux ascètes à qui il s'adresse, de se munir du signe de la croix avant de prendre de la nourriture. Puis ils récitent cette prière :

« Nous Te rendons grâces, notre Père, pour la sainte résurrection que Tu nous as manifestée par Jésus, Ton ûls ; et de même que ce pain qui est ici sur cette table, était autrefois dispersé et a été rendu compact et un;

« Qu'ainsi Ton Eglise soit réunie des confins de la terre pour Ton royaume, parce qu'à Toi est la force et la gloire dans les siècles des siècles. Amen (1). »

L'auteur ajoute :

« Après que tu te lèves de table, rends grâces et dis :

« Le Dieu miséricordieux et compatissant a donné la nourriture à ceux qui le craignent.

« Gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit, maintenant et toujours et dans les siècles (2).

« Dieu tout-puissant, et Notre Seigneur Jésus-Christ, dont le nom est au-dessus de tous les noms, nous Te rendons grâces et nous Te louons, parce que Tu as daigné nous donner une part de Tes biens, et une nourriturepour notre corps. Nous Te prion> et nous Te supplions de nous donner pareillement une nourriture céleste

« Fais que nous craignions et révérions Ton nom terrible et glorieux, et que nous ne désobéissions pas à Tes préceptes. Grave dans nos cœurs Ta loi et Tes justices. Sanctifie notre esprit, notre àme, notre corps par Ton Fils chéri, Jésus-Christ Notre-Seigneur.

(1) il/;.(7nff,Patr.Gr., XXVIII, 266 Remarquez que cette formule est la même que celle de la fJoctriaa des apolres que nous avons donnée ci-dessus, p 112.

(2) Mir/np, 1. c, p. 269 Sur celte seconde doxologie, voirplus haut, p. 267.

• Avec lui, à Toi convient la gloire, l'empire, l'honneur et l'adoration dans les siècles des siècles. Amen (1). »

Les prières d'avant et d'après le repas (Bénédicité et grâces), dans la liturgie romaine, ont plus d'une analogie avec les précédentes. Elles débutent ainsi :

« Les yeux de toutes les créatures sont tournés vers vous, Seigneur, et vous donnez à chacune sa nourriture en temps opportun.

a Vous ouvrez votre main et vous remplissez toute âme vivante de bénédiction. »

Ces paroles, tirées du psaume 144', sont admirables dans la circonstance. Tous les êtres réunis attendent de Dieu leur nourriture, et cette main divine qui à l'origine du monde a fait naître tous les végétaux et les animaux, jamais ne se lasse, depuis cette époque, de renouveler la fécondité de la terre; elle donne à chaque créature l'aliment qui lui convient, elle fait pcnisser, chaque printemps, l'herbe des champs et les racines, les fruits des jardins, et multiplie sur terre, dans les airs et dans les mers, les animaux dont l'homme fait sa nourriture.

Celui qui préside la table bénit ensuite en ces termes :

I « Bénissez. Seigneur, nous et tous ces dons que votre largesse nous accorde. Par le Christ Notre-Seigneur. Amen. »

Puis tout de suite la pensée du chrétien s'élève vers le ciel, vers ce bonheur qui dans les textes bibliques est si souvent comparé à un banquet :

(1) Le verset est tiré du ps. ex; la doxologie est à rapprocher de celles que nous avons données, p. 265.

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« Que le Roi de l'éternelle gloire nous rende participants du banquet céleste. Amen. »

Après le repas, les fidèles remercient ainsi •

« Seigneur, ayez pitié.

« Grâces soient à Dieu.

« Que toutes vos œuvres vous louent, Seigneur, et que vos saints vous bénissent.

« Gloire au l'ère, au Fils et au Saint-Esprit. . '< Nous vous rendons grâces, ô Dieu tout-puissant, pour tous vos bienfaits, vous qui vivez etréguez dans les siècles des siècles. Amen. >>

Puis on récite un psaume, le 50«, au repas de midi, et le soir le H6^. Viennent ensuite le PUer, puis des versets litaniques et l'oraison. On reconnaît dans ee dessin liturgique une structure antique, classique, si Ton peut dire, usitée dans un grand nombre d'offices, et que nous avons signalée souvent déjà. Nous donnons Ics-versets litaniques :

t. Tl a dispersé (ses -biens) et les a donnés aux pauvres.

ii la justice demeure dans les siècles des siècles.

« Je bénirai le Seigneur dans tous les temps;

« Sa louange est toujours sur mes lèvres.

« Mon âme sera louée dans le Seigneur;

« Que ceux qui sont doux l'entendent et qu'ils se réjouissent.

« Louez le Seigneur avec moi, exaltons son nom tous ensemble.

« Que le nom du Seigneur soit béni, à partir de m.iintenant ef dans tous les siècles. »

Il faut remarquer que ces versets sont tirés du psaume 33% qui, nous l'avons déjà fait remarquer, est, dans la haute antiquité, le psaume par excellence de la communion (1). C'est aussi une pensée conforme à la

(J) Plus haut, p. 115.

plus ancienne trudiliou chrétienne, de nous rappeler, toutes lesfoisquenousnousasseyons à une table, celte table eucharistique à laquelle le Seigneur nous convie, pour se donner à nous en nourriture. Nous avons vu plus haut qu'une formule analogue est employée pour l'action de grâces après la communion et après le repas. Bien des peintres se sont inspirés de cette pensée dans leurs peintures, et nous lui devons l'immortel chefd'œuvre peint par Léonard de Vinci sur les murs du réfectoire des dominicains de Milan.

L'origine des formules que nous avons données est monastique ; on ne s'étonnera donc pas qu'elles se terminent par une prière pour remercier les bienfaiteurs.

<c Seii^neur, récompensez tous ceux qui nous font du bien à cause de votre nom, donnez-leur en échange la vie éternelle. Amen.

« Bénissons le Seigneur,

a Rendons grâces à Dieu,

« Et que les âmes des fidèles (défunts), par la miséricorde de Dieu, reposent en pai.x. Amen. »

Pour le repas du soir, on répète une partie de cea prières avec les changements qui suivent et qui trahissent aussi une origine monastique :

« Les pauvres mangeront et ils seront rassasiés, et ceux qui cherchent le Seigneur le loueront (1).

" Leurs cœurs vivront dans les siècles des siècles. Amen.

(I Le Seigneur miséricordieux et très clément a fait mémoire de ses merveilles.

(1 II a donné la nourriture à ceux qui le craignent.

« Béni soit Dieu dans ses dons et qu'il soit sanctifié dans toutes ses œuvres, lui qui vit et règne dans les siècles des siècles. Amen (2). »

(1) Ps. XXI*, que l'on peut appelercomme le xxx* un psaume eucharistique.

(2) Aux grandes époques liturgiques, il y a quelques changements apportés à ces prières.

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