BAPTÊME, CONFIRMATION, PREMIÈRE COMMUNION
Cette démarche n'était pas sans gravité ; le candidat qui se faisait ainsi inscrire s'exposait à un danger sérieux. Durant le temps des persécutions, on s'empara parfois de ces registres qui devinrent de vraies listes de proscription. Mais ce livre était aussi celui des élus ; le chrétien par son baptême est inscrit au livre de vie ; il a son billet pour le ciel; il ne tient qu'à lui d'y entrer de plain pied et d'y prendre sa place, s'il ne déchire ou ne souille ce billet.
Aujourd'hui encore, quand on présente un enfant pour le baptême, son nom, selon l'ancienne coutume, est inscrit sur les registres de l'Église.
Chaque jour pendant le Carême les compétents devaient se présentera l'église ; on prononçait sur eux un exorcisme, pour chasser le démon qui par le péché possède leur cœur, puis on leur donnait une instruction sur les principaux passages de la Bible, on leur commentait le Pater, qui est la vraie prière du chrétien, et le symbole des apôtres, qui est le résumé de leur foi (1). Ces préparations duraient tout le temps du Carême, et nous avons dit que la liturgie de cette époque garde de nombreuses traces de l'enseignement aux catéchumènes.
Toutes ces prescriptions sont encore observées aujourd'hui dans le rituel du baptême. Quand l'enfant est présenté à l'église, on pose cette question à laquelle répondent pour lui son parrain et sa marraine : «( Que demandez-vous à l'Église de Dieu ? »
Ils répondent : « La foi et la vie éternelle. » a Si tu veux avoir la vie, continue le prêtre, observe K'S commandements. Tu aimeras leSeigneurton Dieu,
(1) Peregrinatio SUvis, p. 103 ; Cf. ci-dessus, p. 133 et 168.
de tout ton cœur, de toute ton âme, et ton prochain comme toi-même. »
L'enfant est marqué sur le front, comme autrefois le catéchumène, du signe de la croix, qui est le signe du Christ, le sceau de la Trinité. Le prêtre lui impose la main sur la tête, comme pour désigner à Dieu ce nouvel élu, en prendre possession en son nom et attirer la bénédiction divine sur lui.
« Dieu tout-puissant et éternel, dit-il, Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ, jette les yeux sur ce serviteur un tel, que tu as daigné appeler à la foi ; guéris la cécité de son cœur, romps tous les liens de Satan dont il avait été lié... Qu'il Te serve joyeux dans ton Eglise et avance de jour en jour dans la piété, par le même Christ Notre-Seigneur. »
Le sel qui est donné ensuite à Tenfant est aussi un rite antique, qui signifie, comme nous l'avons dit plus haut, la sagesse, la pureté et la santé rendues au cœur par le baptême.
Le parrain et la marraine récitent pour l'enfant le Pater et le symbole des apôtres.
Enfin on procède aux exorcismes. D'après la conception de l'Église, on sait que celui qui n'a pas encore reçu le baptême est, en vertu du péché originel, l'esclave de Satan. Il faut donc chasser de son âme cet esprit impur. Délaies exorcismes qui étaient autrefois prononcés chaque jour du Carême sur les catéchumènes. Le prêtre souffle au visage del'enfant comme pour chasser le démon et prononce ces paroles :
(i Sors de lui, esprit impur, et cède la place à l'Esprit- Saint Paraclet...
« Je t'exorcise, esprit immonde, au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, afin que tu sortes, que tu quittes ce serviteur de Dieu; car celui-là te commande, esprit maudit et damné,
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qui a marché sur la mer, et a donné la main à Pierre qui était submergé.
« Donc, démon maudit, reconnais ta sentence, rends honneur au Dieu vivant et vrai, rends honneur à Jésus-Christ, son Fils, et au Saint-Esprit, et retire-toi de ce serviteur de Dieu, uu tel, parce que notre Dieu et Seigneur Jésus-Christ a daigné t'appeler à sa grâce, à sa bénédiction, et à la fontaine du baptême. »
Puis il le signe encore sur le front du signe de la croix qui accompagne d'ordinaire, comme nous l'avons vu, l'exorcisme, avec ces paroles :
« Ce signe de la sainte Croix que nous mettons sur son front, n'ose jamais le violer, démon maudit, par le même Christ, Nôtre-Seigneur. Amen. »
Enfin quand le candidat est sur le point de recevoir le baptême, il faut qu'il fasse lui-même son choix et prenne parti pour Satan ou pour Jésus, car nul ne peut servir deux maîtres à la fois.
— « Renonces-tu à Satan ? dit le prêtre.
— « J'y renonce.
— « Et à ses œuvres?
— « J'y renonce.
— « Et à ses pompes ?
— « J'y renonce. »
Par cette triple renonciation, en souvenir de la Trinité, le catéchumène s'engage à servir Jésus et à combattre Satan.
Dans quelques anciennes liturgies et dans la liturgie grecque actuelle, le rite de la renonciation à Satan est plus expressif. Le candidat, après avoir renoncé à Satan, fait le geste de la dernière des injures, celle qui exprime le plus profond mépris, il crache à la face de
celui dont il avait été Fesclave, comme on ferait pour un ennemi vivant et présent (1).
A la triple renonciation, répond une triple affirmation :
— » Crois-tu en Dieu le Père tout-puissant ?
« Et en Jésus-Christ, son Fils unique, Notre-Seigneur, qui est né et a souffert ? ,
« Et au Saint-Esprit, en l'Eglise catholique, en la communion des saints, en la rémission des péchés, en la résurrection de la chair, en la vie éternelle? »
Après que le candidat a professé sa foi à ces différents articles, il est oint avec Thuile des catéchumènes, bénite solennellement le Jeudi saint (2).
A ce moment, dans l'ancien rituel du baptême, se plaçait la bénédiction des fonts. Quoique cette cérémonie soit aujourd'hui à part, nous en parlerons ici, car c'est sa place logique, et on n'aurait pas sans cela une idée complète du sacrement de régénération.
Une partie de la nuit pascale avait été consacrée à des lectures et à des chants, comme nous l'avons dit ailleurs. Le moment venu, on se dirigeait vers la fontaine ou baptistère ; c'était un édicule tout près de l'église, avec une large cuve, comme on le voit encore à Saint-Jean de Latran, à Rome, à Ravenne et dans quelques autres églises très anciennes. Pendant ce temps on chantait ce trait du psaume 41« que nous
(1) Un ingénieux critique, par une simple variante relevée dans im ouvrage de saint AmÈroise, vient de prouver que ce rite existait aussi autrefois dans la liturgie ambrosienne. G. Morin, La sputation, rite baptismal de l'Eglise de Milan, au /V"e siècle, Revue béncdicline, sept. i899, p. 414. Pour les exorcismes, Cf. chapitre xxvi.
(2) Voyez plus haut, p. 343.