CHAPITRE XXX
L'homme, né de la femme, vit peu de temps. (Job XIV, 1.)
Toute vie humaine a sa naissance, son apogée, son déclin, son terme ; elle aboutit fatalement, par un circuit plus ou moins étendu, à la mort. Dieu seul n'a pas commencé et ne finira pas.
Parfois la mort arrive après une longue vie et ne frappe plus qu'un être décrépit, en pleine décadence ; souvent elle tranche une existence à peine commencée et encore pleine d'espoir.
Cette irrémédiable caducité de la vie humaine a été décrite avec une force extraordinaire dans les livres saints.
« L'homme, né de la femme, dit Job, vit peu de temps, et il est rempli de beaucoup de misères.
« Comme une fleur, il germe et il est foulé aux pieds ; il fuit comme l'ombre, et il ne demeure jamais dans le même étaft... (1) »
A UN yeux de Dieu qui vit de l'éternité à l'éternité, poui" qui mille ans sont comme le jour d'hier qui a
(1) Ch. XIV.
passé, les années de riiomme ne sont qu'un point imperceptible dans le temps.
« Nos années, dit le psalmiste, passent en de vains soucis, comme ceux de l'araignée.
« Les jours de nos années sont en tout de soixante-dix ans;
« Pour les plus forts, de quatre-vingts ans ;
« Le surplus n'est que peine et douleur.
« Car alors survient la faiblesse et nous sommes dans l'affliction ^1) ».
Pour le matérialiste qui ne voit dans le monde que le jeu des forces physiques ou des combinaisons chimiques variées, la maladie et la mort ne sont que des états prévus de révolution de la matière ; les différentes phases de la décomposition du corps humain en ses éléments primitifs sont des phénomènes qui n'ont pas moins d'intérêt à ses yeux que les autres manifestalions de la vie et du mouvement. Les molécules de la matière, après être entrées dans la composition du corps et avoir été élevées à la vie la plus haute danS le cerveau du penseur ou dans celui de l'artiste, retomberont dans l'éternel tourbillon et continueront la série de leurs migrations à travers le monde.
Mais devant la douleur d'une mère, devant le désespoir du malade qui se sent arraché aux siens et attiré vers la mort par une invisible étreinte, la fermeté de ses principes chancelle, il reconnaît la grande tristesse delà vie, et il lui arrive à lui aussi de chercher un remède et une solution au problème de la douleur, au delà du monde de l'observation scientifique.
L'Église, avec la science, admet rincurabl'e fragilité
(1) Ps. LXXXIX.
de toute vie humaine; plus éloquemment et plus efficacement que la science, elle l'enseigne à ses fils pour ' (es tenir en garde contre l'entraînement des passions ; elle leur donne la clef du mystère de la souffrance et de la mort. Mais en même temps, comme une mère tendre et toute-puissante, elle vient s'asseoir au chevet de ce lit où Tun de ses enfants lutte et expie ; elle le console, elle le berce de ses prières, elle lui fait entendre les paroles deréternelle espérance, elle vient lui apporter les secours de son ingénieuse et inépuisable charité.
Les mœurs si peu chrétiennes de notre temps ont jeté sur ces cérémonies un voile de deuil et de crainte ; mais dans la pensée primitive, ces institutions sont pleines d'espérances, presque de joie, en tout cas de consolation.
Les secours que l'Église prodigue aux malades peuvent se diviser ainsi :
1° La messe et le viatique ;
2" L'extrême-onction et la visite des madales ;
30 La recommandation de Fàme au dernier moment.
1° La messe pour les infirmes et le viatique. — La messe, selon la conception la plus antique, est offerte pour toute la communauté chrétienne, et même d'une façon générale pour l'univers tout entier. La litanie énumérait tous les fidèles pour lesquels on demandait une prière spéciale, les prêtres, les veuves, les orphelins, les voyageurs, les captifs, etc.
« Prions Dieu le Père tout-puissant, dit une des oraisons lilaniques du vendredi saint déjà citée, afin qu'il guérisse de toutes les erreurs, qu'il réconf'>rto /ps malades, qu'il chasse la famine, qu'il ouvre les prisons, qu'il fasse tomber les liens des prisonniers, qu'il accorde aux voyageurs le retour, aux infirmes la snnté, h ceux qui naviiruent le port du salut.
« Prions, fléchissons les genoux.
« Relevez vous.
(I Dieu tout-puissant et éternel, consolation des affligés, force ae ceux qui travaillent, que les prières de tous ceux qui sont dans la tribulation arrivent à Toi, aflo que tous dans leurs nécessités se réjouissent d'avoir éprouvé Ta miséricorde. Amen (1). »
Ceux qui assistaient à la messe faisaient l'offrande pour ceux qui étaient absents, pour les malades et pour les morts.
Plus tard on voulut davantage : on désira que les fruits de la messe fussent appliqués d'une façon spéciale à tels ou tels besoins ; de là des messes spéciales pour les malades, pour les morts, pour les voyageurs, etc.
Ces messes eurent aussi des prières composées pour la circonstance. Dans les plus anciens manuscrits liturgiques que l'on connaisse, il y a des prières propres, une messe pour les infirmes.
Aujourd'hui cette messe au missel a pour épître le fameux chapitre v de la lettre de saint Jacques où se trouve le texte que nous donnerons plus loin au sujet de l'extrême-onction. L'Évangile est le récit selon saint Matthieu de la guérison du serviteur du centurion parle Christ (c. viii).
L'oraison est de style antique :
« Dieu tout-puissant et éternel, salut éternel des croyants ; écoute notre prière pour Tes serviteurs malades, pour qui nous implorons le secours de Ta miséricorJe; afin que, la santéleur
(1) Dans la prière des fidèles {Constitutions apostoliques, 1. VIII, 10) on prie « pour nos frères malades, afin que Dieu les guérisse et les délivre de toute langueur, et les fasse revenir sains et saufs dans sa sainte église. »
étant restituée, ils te rendeat leurs actions de giâces dans l'éjjlise. Par Notre-Seigneur Jésus-Christ. Amen. »
Mais ce n'était pas assez que la messe fût offerte pour les malades. Tenu loin de l'assemblée chrétienne et cloué sur son lit par la douleur, l'infirme reste en communion étroite avec ses frères ; il participe comme eux au corps et au sang du Seigneur. Ainsi que nous Tavons expliqué plus haut, la communion était portée aux absents et aux infirmes (1). Cette coutume, qui remonte aux premiers siècles de TÉglise, a subsisté jusqu'à nos jours. Le rituel qui est employé dans cette circonstance est fort simple et ne diffère que par quelques formules du rite de la communion donnée aux autres fidèles. Et ceci se comprend aisément, car la communion des malades se rattache intimement au sacrifice de la messe et ne constitue pas, en réalité, une cérémonie à part (2).
2° L'extrême-onction et la visite des malades. — Mais l'Église tient encore en réserve pour le malade un sacrement, c'est-à-dire un de ces actes sacrés qui sont le moyen officiel, authentique, par lequel Dieu communique sa grâce aux fidèles. C'est en quelque sorte une lettre de créance pour le ciel, qui n'est jamais protestée par Dieu.
D'après la notion chrétienne, ces événements surnaturels correspondent aux phases les plus importantes de la vie ; de même donc que la naissance, le
1) Plus l«Lut, p. 403.
2' Les commentaires de certains protestants sur les changements de la discipline, à cause de la place de la communion avant ou après l'extréme-onction. portent donc à faux. La communion en viatique, on le voit, ne se rattache pas à Textrèmeonction,mais àla messe. Cf Smith, DIclionarv of Christian jatiquiiies, v" Unction.
passage à l'âge adulte, l'entrée dans l'état du mariage, ou dans le sacerdoce, le retour à la vie surnaturelle après une faute grave, sont marqués par un sacrement, de même il convenait que la maladie et la mort eussent leur sacrement. N'était-il pas iion que l'homme en proie aux souffrances physiques, exposé à la mort, fût fortifié à ce moment, consolé et rassuré ? Il ne faut donc pas s'étonner de voir des {Hotestaats, Leibnitz à leur tête, admirer cette pratique de l'Église catholique.
On lit dans l'Évangile que les Apôtres, selon le précepte de leur maître, oignaient les infirmes avec l'huile (1). Dans son épître, saint Jacques dit aux chrétiens de son temps :
« Quelqu'un est-il malade parmi vous ? qu'il aille trouver les prêtres de l'Église etquils prient sur lui, l'oignant avec l'huile au nom du Soigaour ;
« Et la prière de la foi sauvera l'infirme, et le Seigneur allégera sa peine ; et s'il est dans le péché, le péché lui sera remis (2). »
On a vu de tout temps dans ce texte, et déjà dès le temps d"Origène, le sacrement des infirmes (3).
Tout sacrement se compose d'une formule qui exprime la pensée, et d'un rite extérieur qui, à l'aide d'un symbole, exprime en un autre langage cette pensée et lui donne un relief nouveau. Si Ton veut comparer le sacrement à une médaille ou à une monnaie, le symbole ou l'élément du sacrement, c'est
(4) Marc, vi, 12.
(2) Jac. V, 14.
(3) Orig., //offiji. 77. iflLevit. (nonobstant Warren, TAe litargy and ritual of the aateaicene Churcb, p. 161); cf. aussi Chrysost de sac, 1. VIII, etc.
la matière de cette monnaie, cuivre, argent ou or, et la formule, c'est Texergue de la médaille qui en détermine la valeur et le sens.
Ici, le symbole, c'est Thuiledont nous avons dit le grand usage liturgique, et qui, dans le sacrement de rextrème-onction, signifie adoucissement, remède, purification. L'athlète, avantle combat,s"oignait d'huile pour assouplir ses membres, et échapper plus facilement à la prise de l'adversaire. Or, la maladie, surtout la maladie qui doit amener la mort, est un combat ; d'après la force même étymologique du terme, c'est l'agonie. Il faut que le malade soit préparé à la lutte.
L'huile des infirmes est bénite le Jeudi saint en même temps que l'huile des catéchumènes et celle du chrême, dans une solennelle cérémonie que nous avons déjà décrite. >sous n'y reviendrons pas ; mais ici coname pour le baptême, nous rappellerons que si l'on veut avoir une conception exacte de la liturgie des infirmes, il faut en étudier le caractère dans cette autre cérémonie qui la complète (1).
Ce sacrement est donné aujourd'hui, en général, après la communion; mais il peut être administré indépendamment de l'Eucharistie et à toute heure.
Le prêtre en entrant dans la maison du malade souhaite la bienvenue à tous en ces termes :
« Que l'éternelle félicité, la divine prospérité, la joie sereine, la charité féconde, la santé perpétuelle, entrent avec nous dans cette maison;
« Que les anges de la paix y soient présents, et que toute discorde mauvaise en soit chassée...
(1) Cf. ci-dessus, p. 342 et suiv.
« Priens et supplions Notre-Seigneur Jésus-Christ de bénir cette habitation avec tous ses habitants, qu'il leur donne un .inge fidèle gardien... qu'il les délivre de toute crainte, de toute i uquiétude, et daigne les conserver en santé dans cette demeure. Amen. •
Il bénit au nom du Père, et du Fils et du Saint-- Esprit et commence les onctions sur le malade ; d'abord sur les yeux :
« Par cette sainte onction et sa très clémente miséricorde, que le Seigneur te pardonne tous les péchés que tu as commis par la vue. Amen. »
Puis il continue les onctions sur les autres organes, avec la même in«^ocation ; sur ces oreilles du chrétien qui ont peut-être écouté avec plai-sir les médisances, les calomnies, les discours injurieux ; sur ces lèvres et sur cette bouche qui avaient été purifiées au jour du baptême, mais qui sont redevenues des instruments de péché et d'où sont sortis les paroles amères, les conseils perfides, les mensonges, les conversations frivoles ; sur ces mains et sur ces pieds, qui avaient été donnés à l'homme pour accomplir sa mission sur la terre, pour opérer comme un bon ouvrier l'o&uvre du travail manuel, ou pour exécuter le labeur plus difficile et plus sublime de l'artiste, ou pour tenir la plume et l'épée à la défense des causes justes et saintes, et qui ont peut-être travaillé à des œuvres futiles ou mauvaises. 11 faut que l'onction de Thuile sainte, faite avec le signe de la croix du salut, vienne purifier de nouveau les sens de toutes ces souillures et effacer les traces du péché.
Alors le chrétien, redevenu pur comme aux jours anciens de son baptême, pourra penser avec moins
d'angoisse à la vie qui finit pour lui, où il laisse tant d'œuvres inachevées, d'où il emporte peut-être tant de regrets ; il pourra regarder d'un œil plus tranquille vers la vie nouvelle qui s'ouvre devant lui.
tt Seigneur, dit le prêtre, jetez les yeux, nous vous en prions, sur votre serviteur (un tel) qui peine dans la maladie du corps, et réconfortez l'àme que vous avez créée ; afin que corrigé par le châtiment, il se sente sauvé par votre remède. Par le Christ Notre-Seigneur. Amen. »
Pendant la fonction, les fidèles présents récitent les sept psaumes de la Pénitence, dont l'emploi à ce moment est aussi une coutume attestée dès le iv^ ou v siècle. Le malade, s'il est en état de les comprendre, y trouvera l'expression la plus fidèle et la plus éloquente de ses sentiments.
Mais il ne faut pas croire que ce sacrement, malgré son nom d'extrême-onction, qui du reste n'est pas primitif, et malgré la croyance à peu près universelle, soit dans la pensée de l'Église la préparation directe et dernière à la mort. Elle est, en réalité, le sacrement, l'onction des malades, qui a pour but la guérison der l'àme et celle du corps ; on peut la recevoir plusieurs fois dans la vie. C'est l'aff'aiblissement du sens chrétien qui fait attendre, pour l'administrer, le moment où tout espoir est perdu, et où le malade, voué à une mort certaine et prochaine, n'est; même plus en état de se rendre compte de l'action sacramentelle. Pour cette heure dernière et pour ce combat suprême, il existe un autre rite, dont nous parlerons bientôt, la recommandation de Vâme.
Disons un mot auparavant de la visite et du soin des malades ; c'est une des charges des prêtres, et
PniilRE ANTIQUE. 12**
notamment du curé de la paroisse. Les décrets les plus anciens des conciles leur en font une loi souvent rappelée. Il existe sous ce titre du soin des malades un rituel intéressant à étudier qui se compose de psaumes et d'oraisons, avec les passages de TÉvangile qui racontent les guérisons opérées par le Sauveur, et dont le récit est propre à réconforter le malade. Souvent même, d'après un ancien rite que saint Augustin nous atteste, on ne se contentait pas de lire au malade des passages de FÉvangile, on lui posait le livre saint sur la tête, comme témoignage de sa foi en la vérité de la parole de Jésus-Christ et en son pouvoir de guérir.
Le prêtre impose aussi les mains sur la tête du malade, avec ces paroles de l'Évangile : Ils imposeront les mains sw les malades, elceux-ci s'en trouveront bien. Cette coutume est aussi très ancienne et universelle.
Plusieurs oraisons employées dans ce service sont antiques, et se trouvent dans les sacramentaires gélasien ou grégorien. Nous citerons les suivantes :
o 0 Dieu, dont le propre est d'avoir toujours pitié et de pardonner : accueillez notre supplication, afin que nous et votre serviteur ici présent, qui sommes enserrés dans les chaînes du. péché, nous soyons absoas avec clémence par la miséricorde de votre piété.
« 0 Dieu, vrai soutien de l'infirmité humaine, montrez la vertu de votre secours sur votre serviteur malade : afin qu'aidé par votre miséricorde, il mérite de revenir sain et sauf dan» votre église. Par le Christ Notre-Seigneur. Amen (1). »
Les lectures de ri'.vangile et les psaumes ont varié ^beaucoup selon les dillëreuts rituels. On comprend
(1) La 3' a été donnée p 2G3: » Accordez, Seigneur Dieu, etc.
que l'Église se contente de donner ici une simple indication. Chacun pourra choisir dans le livre saciéles passages qui conviendront le mieux à son état.
3° Recommandation de l'âme. — Enfin, quand tout est fini, quand le malade est sur le point d'entrerdans son éternité, on récite certaines prières pour aider le mourant dans sa lutte dernière. Ces prières forment une des parties les plus anciennes de la liturgie. M. Le Blant, qui s'est occupé spécialement de cette question, a prouvé que notre rituel sur ce point est conforme à un rituel du ix' siècle, de Prudence, évêque deTroyes (1). Mais les origines de la plupart de ces prières sont beaucoup plus antiques, et le même épigraphiste en a retrouvé des fragments dans les épitaphes des premiers chrétiens (2).
De plus on pourra remarquer que quelques-unes de ces prières ressemblent beaucoup à celles des martyrs que nous avons données (chapitre xrv, p. 173 etsuiv.) et développent les mêmes thèmes. Ainsi notre rituel de la préparation à la mort se rattache peut-être par ses origines les plus anciennes au rituel anténicéen de la préparation au martyre.
L'office commence par une litanie qui est curieuse, parce qu'on y invoque saint Abel, saint Abraham, le chœur des justes et des patriarches. Ces invocations des saints de l'ancienne loi sous cette forme, sont antiques ; les litanies sont du reste abrégées; il y a quelques invocations spéciales pour la circonstance;
(1) Il est édité dansMigne, P. Z.., t. CXV; et plus complet dansdoru Martène. I.
(2) Sur ses travaux voyez la note du chapitre xxxiii. p. 458.
« Du péril de la mort,
« De la mauvaise mort,
« Du pouvoir du démon, délivrez-nous, Seigneur. »
Dans les anciennes liturgies, on en lit un grand nombre d'autres comme celles-ci :
« Délivrez son esprit du lieu de la souffrance,
Nous vous en prions, écoutez-nous.
« Afin qu'il attende avec confiance le jour du jugement, nous vous en prions, écoutez-nous.
« Faites-lui contempler les premières joies de la vie éternelle, nous vous en prions, écoutez-nous. »
Les trois grandes oraisons qu'on récite sont anciennes. Nous citerons la première qui est admirable.
« Quittez ce monde, âme chrétienne, au nom de Dieu, le Père tout-puissant, qui vous a créée : au nom de Jésus-Christ. Fils du Dieu vivant, qui pour vous a souffert; au nom du Saint-Esprit qui a été répandu en vous ;
« Au nom des anges et des archanges ; au nom des trônes et des dominations ; au nom des principautés et des pouvoirs ; au nom des chérubins et des séraphins; au nom des patriarches et des prophètes; au nom des saints apôtres et des évangélistes; au nom des saints martyrs et des confesseurs ; au nom des saints moines et des ermites ; au nom des saintes vierges et de tous les saints et saintes de Dieu.
<• Qu'aujourd'hui votre place soit dans la paix, et que votre séjour soit fixé dans la sainte Sion.
« Par le même Christ Notre-Seigneur . Amen. •
Ainsi la cour céleste tout entière, FÉglise triomphante, est réunie par cet appel autour de la couche de ce moribond qui est, lui aussi, un membre de l'Église afin de l'aider à passer de vie à trépas.
La même pensée inspire la troisième oraison, qui convoque au-devant de cette âme toutes les âmes bienheureuses ; elle est tirée d'une lettre de saint
Pierre Damien, moine célèbre du xi'' siècle, qui mourut cardinal évèque d'Ostie, et mena durant sa vie une lutte acharnée contre les abus du clergé de son temps, en faveur delà réforme de l'Église. Terrible contre les vices des ministres prévaricateurs, il avait pour les pauvres et les humbles un cœur doux et tendre. Nous donnerons un extrait de salettre,car elle s'inspire des meilleures traditions de la prière chrétienne :
«1 Je te recommande au Dieu tout-puissant, frère très cher, je te remets entre les mains de celui dont tu es la créature : afin qu'après avoir payé parla mort le tribut de l'humanité, tu retournes à ton auteur qui t'avait formé du limon de la terre.
« Lorsque ton âme sortira de ton corps, que la glorieuse cohorte des anges aille au-devant de toi ; que le sénat des apôtres chargés de juger accoure : que la blanche année triomphante des martyrs se réunisse : que la troupe des confesseurs portant des lis éclatants t'entoure...
« Que le Christ te délivre des tourments, lui qui a été crucifié pour toi. Que le Christ te délivre de réternelle mort, qui a daigné mourir pour toi. Que le Christ, fils du Dieu vivant, te place dans les prairies toujours verdoyantes de son paradis, et que ce Pasteur véritable te reconnaisse comme sa brebis.
« Qu'il t'absolve de tous tes péchés, et qu'il te mette à sa droite, au milieu de ses élus.
« Puisses-tu voir ton Rédempîeur face à face, et toujours près de lui, puisses-tu contempler la vérité qui se manifeste aux yeux des bienheureux. Ainsi placé au milieu des'milices saintes, puisses-tu jouir éternellement de la douceur de "la contemplation divine. Amen (1). »
Nous ne citerons pas les autres oraisons, ni les passages dcrËvangile avec le récit de la Passion selon saint Jean, ni les psaumes ; nous donnerons seulement une autre prière, sous forme litanique, qui est fort anciesne, et qui rappelle ces prières de préparation au martyre précédemment citées. Elle
(1) Ep. XV, 1. VIII.
paraît bien certainement anténicéenne par son inspiration ; elle semble n'être que la légende des fresques tracées sur les murs des catacombes, ou des basreliefs sculptés sur les sarcophages antiques.
« Délivrez, Seigneur, l'àine de votre serviteur de tous les périls de l'enfer, et des filets des tourments, et de foutes les tribulations. Amen.
« Délivrez, Seigneur, l'âme de votre serviteur, comme vous avez délivré Hénoch et Elle de la mort commune des mortels. Amen.
« Délivrez, Seigneur, l'âme de votre serviteur, comme vous^ avez délivré Noé du déluge. Amen.
« Délivrez, Seigneur, l'âme de votre serviteur, comme vousavez délivré Abraham de Ur des Chaldéens. Amen.
« Délivrez, Seigneur, l'âme de votre serviteur, comme vous avez délivré Job de ses épreuves. Amen.
« Délivrez, Seigneur, l'âme de votre serviteur, com.ne vous avez délivré Isaac que son père Abraham allait sacrifier en qualité de victime. Amen.
M Délivrez, Seigneur, l'âme de votre serviteur, comme vous avez délivré Lot de Sodome et des flammes de feu Amen.
« Délivrez, Seigneur, l'âme de votre serviteur, comme vous avez délivré Moïse de la main du Pharaon roi des Egyptiens. Amen.
« Délivrez, Seigneur, l'âme de votre serviteur, comme vous avez délivré Daniel de la fosse aux lions. Amen,
(I Délivrez, Seigneur, l'âme de votre serviteur, comme vous avez délivré les tros enfants dans la fournaise ardente et les avez arrachés aux mains d'un roi cruel. Amen.
« Délivnz, Seigneur, l'âme de votre serviteur, comme vous avez déchargé Susanne d'une fausse accusation. Amen.
o Délivrez, Seigneur, l'âme de votre serviteur, comme vous avez délivré David des mains du roi Saùl, et de celles de Goliath Amen.
« Délivrez, Seigneur, l'âme de votre serviteur, comme vous avez délivré Pierre et Paul de la prison. Amen.
« Et comme vous avez délivré la bienheureuse Thècle, vierge et martyre, de trois all'reux tourments, ainsi daignez délivrer l'âme de votre serviteur, et faites-le jouir avec vous de^ biens célestes. Amen. »
Cet ensemble de prières forme la meilleure des pré-
parutions à la mort. Le chrétien en les récitant sentira sa confiance renaître ; les fausses terreurs s'évanouiront; il reprendra conscience de la solidarité qui l'unit étroitement aux chrétiens sur la terre qui prient pour leur frère souffrant, et aux âmes bienheureuses dans le ciel qui sont membres de la même Église et qui Fattendenl pour le présenter devant le trône de Dieu.