CHAPITRE XXXI
LORDINATION
Le Christ durant sa vie mortelle s'entoura de disciples, qui le suivaient et qui entendaient chaque jour sa parole. Douze parmi eux furent spécialement choisis pour être ses apôtres ; il les envoie prêcher au miiieu des Juifs et des Gentils (1) ; il avait chassé les démons et guéri les malades, il leur donne le même pouvoir : « En mon nom, dit-il, ils chasseront les démons... ils imposeront les mains sur les miala- -des (2). » Quand il eut institué l'Eucharistie, il leur dit : « Faites ceci en mémoire de moi (3). » Il avait enseigné durant sa vie ; il leur donne le pouvoir d'enseigner : « Allez, enseignez toutes les nations ; leur apprenant à garder tout ce que je vous ai prescrit ; allez, je suis avec vous jusqu'à la consommation des siècles... annoncez l'Évangile à toute créature (4) ». Il avait été baptisé dans les eaux du Jourdain, il veu*. que ses apôtres baptisent : « Baptisez (les nations) au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit (5). » Il avait
(1) Matth. XXVIII ; Marc, xvi
(2) Marc. xvi.
(3^ Luc. XXII, 19.
(4) Marc. xvi.
(5) Ib.
l'ordination 429
pardonné les péchés, il dit à ses apôtres: « Allez, les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrea, et ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez. Tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel, et tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel (1). »
Il y aura donc dans l'Église, en vertu de ces paroles, une classe d'hommes ayant le droit d'enseigner, de baptiser, d'accomplir le rite eucharistique, de lier et de délier, de remettre ou de retenir les péchés, d'imposer les mains sur les malades : c'est le sacerdoce ou la hiérarchie catholique. Ses pouvoirs sont contenus dans ces promesses du Christ ; le sacerdoce reçoit de lui sa mission, et continue sur la terre son ministère.
Ce n'est pas le lieu de placer ici une discussion archéologique ou historique sur les origines apostoliques de l'épiscopat et du sacerdoce. Contentons-nous de dire que les témoignages du i" et du ii^ siècle nous permettent de constater, tout à l'origine, que les apôtres prêchent, célèbrent l'eucharistie, fondent des églises et les gouvernent avec de pleins pouvoirs ; les Actes des apôtres et les Épîtres, notamment celles de saint Paul, nous l'attestent. Ils se donnent comme les représentants du Christ, ses ministres, ses apôtres, les témoins de sa résurrection, et ainsi ils scellent sur le roc qui est le Christ, ce premier anneau de la hiérarchie catholique, qui depuis les apôtres, jusqu'à nos évêques et à nos prêtres, forme une chaîne ininterrompue.
Puis s'ouvre ce qu'on peut appeler la seconde époque de la hiérarp.hie. Les apôtres ont disparu.
(1) Matth. xviii, 18.
430 LE LTVUE DE LA P1UÈRE ANTIQUE
Après eux et même de leur vivant, nous voyons fonctionner des collèges de diacres, de prêtres ou d'anciens^ dont le président estl'évêque en qui s'incarne la succession apostolique. Si l'on a éprouvé dans la suit& quelque difficulté pour reconnaître, dans ce second stade, les trois degrés de la hiérarchie, avec la délimitation précise des pouvoirs, cela tient à la rareté desdocuments et à leur obscurité autant qu'aux circonstances dans lesquelles s'est opérée la succession apostolique. La transmission des pouvoirs ne pouvait se faire en même temps partout et dans les mêmes conditions, la mort des apôtres étant survenue à des époques différentes ; l'évêque, uni intimement au collège des prêtres qui l'entourent et n'agissant que de concert avec eu.x, les termes qui désignent ces ministres d'autorité différente {episcopus, saccrdos, presb])ter), sont quelquefois pris l'un pour l'autre ou dans un sens collectif.
Accordons même, si l'on veut, qu'il put y avoir dans quelques contrées une certaine hésitation, que dans quelques villes il y eut peut-être plusieurs évêques pour des populations différentes, que des compétitions survinrent en certains lieux qui apportèrent quelque confusion.
Ce qui est incontestable c'est que, vers le commencement du ir siècle, alors que le dernier apôtre, saint Jean, vient à peine de mourir, on trouve dans toutes les chrétientés un évèque ou chef de la communauté, un collège de prêtres et de diacres ou de ministres inférieurs à lui. Or, même dans le cas où nous n'aurions aucun témoignage pour l'âge précédent, ce seul fait que dès la seconde génération après les apôtres, la hiérarchie à trois degrés est établie partout, suffirait
éprouver son origine apostolique, car une révolution de cette importance ne se serait pas produite partout, en même temps, dans l'organisation des premières églises, sanslaisser la moindre trace dans l'histoire (1).
Les évêques, les prêtres, les diacres constituent les trois degrés supérieurs delà hiérarchie. Par suite du développement des communautés chrétiennes et de la liturgie, d'autres fonctions furent créées. Les diacres durent se décharger d'unepartie de leur tâche, devenue trop lourde, sur les sous-diacres. Les acolytes peuvent être considérés aussi comme un dédoublement du diaconat; avec les sous-diacres ils aidèrent les diacres dans leurs travaux et les secondèrent à Tautel.
Les exorcistes constituèrent un ordre à part, qui avait surtout pour fonction de chasser les démons ; les lecteurs eurent à faire les lectures durant la synaxe ou à chanter ; les portiers devaient garder les portes et veiller à l'ordre matériel dans les assemblées chrétiennes. A une certaine époque on adjoignit même à ces ministres des chantres, pour l'ofTice divin, et des fossores à cause de l'importance que prenaient chaque jour les cimetières. Une lettre célèbre du pape saint Corneille, au milieu du me siècle, énumère ainsi les divers degrés de cette hiérarchie : au-dessous de l'évéque, les prêtres, les diacres, les sous-diacres, les aco lytes, les exorcistes, les lecteurs et les portiers. Ce sont les degrés de la hiérarchie tels qu'ils existent aujourd'hui encore (2). Mais l'existence de quelques-
{1) Nous nous permettons de renvoyer à une tlisserlatioa où nous avons développé cet argument : Les onijiuus du l'i'/jiscopat [Revue historique et ;<rcli<-olo'jirjue du Muinc, 1893.)
(2) Ap. Eus. H. £"., VI, -43. Les ordres inférieurs ne furent pas les mêmes partout.
uns de ces ministres a une attestation beaucoup plus ancienne ; on trouve par exemple l'épitaphe d'un lecteur dès la fin du ii» siècle.
On voit par le rapide exposé qui précède, que ces fonctions n'étaient pas considérées à l'origine comme des degrés par lesquels on dût forcément passer pour arriver aux ordres supériewrs, en quelque sorte comme des échelons pour parvenir jusqu'à l'épiscopat. Un bon nombre de ces ministres restaient pour leur vie portiers, ou exorcistes, ou acolytes. D'autres arrivaient à l'épiscopat sans avoir exercé successivement toutes ces fonctions. C'est plus tard que l'on considéra comme une règle de faire un stage dans chacune de ces charges avant d'arriver au degré supérieur.
Les fonctions sont conférées aux ministres par un rite sacré, une ordinah'on, et l'ensemble constitue le sacrement de l'ordre, qui n'est pas divisible, mais auquel participent dans une certaine mesure tous les ministres (1).
Ce rite tient une place considérable dans la liturgie et nous ne saurions le passer sous silence. Du reste, d'après l'ancienne discipline, le peuple «hrélien doit assister à cette fonction et même y prendre une part ; il désignait les ministres au pontife qui leur donnait l'ordination ; dans tous les cas, les membres de la hiérarchie sacrée ne constituent pas à l'égard des fidèles une caste à part ; ils sont les ministres du peuple chrétien, ils travaillent pour lui ;
(1) On sait que rigoureusement parlant le sacerdoce, le diaconat et le sous-diaconat sont seuls considérés comme ordres sacrés, et l'épiscopat, le sacerdoce et le diaconat confèrent le sacrement de l'ordre. 11 y a cependant sur ce point quelques divergences parmi les théologiens.
l'ordination 433
les laïques sont donc intéressés à n'avoir que de bons ministres et doivent dans la cérémonie de l'ordination joindre leurs prières à celles de l'évêque qui consacre. Enfin le sacerdoce chrétien étant institué surtout en vue du sacrifice qui est le centre de la vie chrétienne, les fidèles n'auront pas une idée complète de l'eucharistie s'ils ne savent par quelles ordinations les ministres sont constitués pour accomplir telle ou teUe fonction à la messe.
La cérémonie de l'ordination a subi au cours des temps quelques modifications, mais les origines en sont des plus anciennes. Les documents que nous avons déjà cités souvent et qui représentent la tradition liturgique du ive siècle au moins, les canons d'IIippolyte, les Constitutions apostoliques, le pontifical deSérapion, le Testamentde Notre-Seigneur^ rapportent déjà des formules d'ordination (1). La plupart des formules et des rites actuels appartiennent par leurs origines à la prière antique.
Toute cette liturgie consiste en avertissements dans lesquels l'évêque consécrateur rappelle aux ministres les devoirs auxquels les obligent leurs nouvelles fonctions et les qualités qu'ils doivent y apporter, en oraisons ou en préfaces et en un certain nombre de rites extérieurs.
Les quatre premières ordinations, qui comprennent ce qu'on appelle les ordres mineurs^ sont rédigées
(1) On en trouve aussi de fort belles dans les ouvrages attribués à saint Denys l'Aréopagite, et qui, quoi que l'on lease de l'authenticité, représentent une antique tradition. Les cérémonies actuelles au pontifical seraient, d'après !gr Duchesne, un mélange de l'ancien rituel gallican et du romain.
aujourd'hui sur le même modèle liturgique et d'un caractère fort simple (1).
Aux portiers qui aurontle soin de l'église et que rappellent assez bien les fonctions de nos sacristains, on fait toucher les clefs de l'église, qui leur seront confiées ; ils sonnent la cloche, car c'est à eux qu'est aussi donnée la charge d'appeler les fidèles à l'office. Dans son admonition, le pontife détermine ainsi leurs fonctions :
« Le portier est chargé de sonner la cloche, d'ouvrir l'église et la sacristie, de tenir le livre ouvert devant celui qui prêche. »
Le service des lecteurs est d'un ordre plus relevé.
« Le lecteur, dit le pontife, a pour fonction de lire ce qui fera le sujet de la prédication (la prédication étairt alors un commentaire des lectures de la sainte Écriture), de chanter les leçons, de bénir le pain et les fruits nouveaux. »
Il leur recommandait de lire d'une voix claire et distincte, et de profiter pour leur, conduite personnelle de ce qui faisait l'objet de leurs lectures aux fidèles. Puis il leur fait toucher de la main le lectionnaire^ où sont réunies les leçons de l'Écriture sainte.
On a vu dans un chapitre spécial quelle était, aux premiers siècles, l'importance des exorcistes et des fonctions qu'ils exerçaient. A eux d'imposer les mains sur les énergumènes et de prononcer les formules d'exorcisme.
(1) La tonsure n'est pas un degré de la hiérarchie. Elle indique seulement que celui qui la reçoit est séparé des laïques et fait désormais partie des clercs, c'est-à-dire de ceux pannilesquels l'Église choisit ses ministres. Il est considéré comme étant la part de Dieu et participe à tous les privilèges de la cléricature.
l'ordination 435
« Appliquez-vous donc, leur dit le pontife, vous qui chassez les démons du corps des autres, à rejeter de votre âme et de votre corps toute impureté et toute malice, et ne succombez pas devant ceux que, par votre ministère, vous avez mission de mettre en fuite.
« Apprenez par votre office à commander aux vices ; afin que l'ennemi ne trouve pas dans vos mœurs quelque chose qu'il pourrait revendiquer comme sien. Car vous ne commanderez jamais mieux aux démons dans les autres, que lorsque vous aurez vaincu en vous-mêmes sa malice.
a Que le Seigneur vous accorde d'en agir ainsi par son Esprit- Saint. »
Puis on leur confiait le livre qui à cette époque contenait les formules d'exorcismes. Aujourd'hui elles ont été versées en partie au pontifical ou au missel, et c'est l'un ou l'autre de ces livres qu'on leur donne avec ces paroles :
« Recevez (ce livre) et confiez-le à votre mémoire, et recevez le pouvoir d'imposer les mains sur les énergumènes, soit baptisés, soit catéchumènes, n
Cette ordination est conforme de tout point au texte du ive concile dit de Carthage qui s'exprime ainsi : « Lorsque les exorcistes sont ordonnés, ils reçoivent de la main de l'évêque un livre dans lequel sont écrits les exorcismes,et on leur donne aussi le pouvoir d'imposer les mains sur les énergumènes baptisés ou
I catéchumènes (1). »
Le nom d'acolyte (à/.o)>oj6o;, qui suit, qui accomjpagne) indique que cette fonction a été créée à une époque oùle grec était encore la langue officielle de l'Eglise romaine ; ils figurent en effet dans la lettre de saint Corneille. Malgré une discussion récente au sujet de l'origine de ces ministres, il n'y a pas lieu d'abandonner l'opinion qui les rattache au diaconat, dont
1) En réalité c'est un concile de la province d'Arles, à la fin du v« siècle.
43b - LE LIVRE DE LA PRIÈRE ANTIQUE
ils sont, avec les sous-diacres, les auxiliaires ; ils prennent part au service de l'autel, allument et portent les cierges, servent Teau et le vin pour l'Eucharistie (1).
L'oraison du pontife, qui est d'un beau symbolisme, indique le caractère et la nature de leurs fonctions :
« Seigneur saint, Père tout-puissant, Dieu étemel, qui par
Jésus-Christ, votre Fils, Notre-Seigneur, et par vos apôtres, avez fait briller dans ce monde l'éclat de votre lumière ;
« Pour abolir l'antique décret de notre mort, vous l'avez fixé sur l'étendard très glorieux de la croix, et vous avez voulu que le Christ répandit pour le salut du genre bum iin. du sang et de l'eau, daignez bénir vos serviteurs pour l'office d'acolytes, afin qu'ils servent avec fidélité à vos saints autels et donnent l'eau et le vin qui seront transformés, dans l'offrande eucharistique, au sang du Christ votre Fils.
« Allumez, Seigneur, leurs esprits et leurs cœurs, pour l'amour de votre grâce, afin qu'illuminés par l'éclat de votre splendeur, ils vous servent fidèlement dans la sainte Eglise. Psr le même Christ Notre-Seigneur. Amen. »
Le sous- diaconat, le diaconat et le sacerdoce constituent ce qu'on appelle les ordres majeurs, en raison de leur importance. Aussi le rituel de leur ordination est-il plus solennel.
Celle des sous-diacres ressemble par certains côtés aux précédentes, mais déjà elle contient les litarries, comme les grandes fonctions liturgiques. L'engagement de ces ministres est irrévocable ; ils approchent
(1) M. Hamack a essayé de démontrer que ces ministres, comme les portiers, ne seraient qu'une imitation d'une institution religieuse de la Rome païenne ; mais cette hypothèse n'est pas appuyée suffisamment. Ursprung des Lectorats, etc., dans Texte u. Untersuch., 1886. Cf. Duchesne, Bull, crit., 18S6„ p. 366 et suiv.
de l'autel comme les diacres ; durant le service divin, ils versent dans le calice l'eau qui est mêlée au vin ; ils auront le soin des linges et des vases sacrés ; on sent qu'il faut employer pour leur obtenir la grâce de l'ordination, les grands moyens liturgiques ; aussi invoque-t-on pour eux tous les saints du paradis, les patriarches, les prophètes, les apôtres, lesmartyrs, les confesseurs, les vierges, et tous les anges du ciel.
Dans cette litanie, les prêtres et les diacres sont réunis aux sous-diacres ; une invocation est spécialement consacrée aux ordinands :
« Daignez bénir ces élus, nous vous en prions, écoutez-nous;
« Daignez bénir et sanctifier ces élus, nous vous en prions, écoutez-nous ;
« Daignez bénir, sanctifier et consacrer ces élus, nous vous en prions, écoutez-nous. »
Dans l'admonition, Tévêque insiste avec beaucoup de force pour que la vie de ces nouveaux ministres devienne désormais plus austère, plus pure, et qu'elle soit un exemple pour les fidèles.
Puis on leur donne le livre des épîtres et les insignes dont ils seront désormais revêtus dans le service de l'autel, Vamict, le manipule^ la tunique.
Le premier de ces insignes consiste en une pièce de toile qui se porte aujourd'hui dans les fonctions ecclésiastiques autour du cou. On n'en connaît pas exactement l'origine ; on croit que c'était originairement une sorte de voile que l'on mettait sur la tète, et dans le symbolisme il est comparé à un casque. Le pontifical indique un autre sens en accord avec la façon dont on porte l'amict dans l'Église latine ; c'est le signe de la réserve que le ministre doit mettre dans ses paroles.
Le manipule^ qui se porte au bras gauche, est une sorte de serviette {mapulla) dont les ministres se servaient dans leurs fonctions.
La tunique, que le pontifical appelle un « vêtement de joie », était un vêtement ordinaire très simple et sans manches, que les anciens portaient en dessous ; on rappelait le colobium; il est devenu l'habit spécial au sous-diacre dans les fonctions sacrées. Tous ces vêtements et ceux dont nous parlerons tout à l'heure pour les diacres et les prêtres sont les anciens vêtements romains.
Nous disions, à propos des anciens usages, que la liturgie est une grande conservatrice ; en voici une nouvelle preuve. L'étude du costume sacerdotal actuel constitue toute une leçon d'archéologie sur le vêtement romain.
L'ordination des diacres et des prêtres est encore plus solennelle et les formes les plus anciennes y sont conservées.
Avant de commencer, l'évêque se tourne vers le peuple pour demander si personne n'a de sujet de plainte contre les candidats, ou ne fait opposition à leur ordination. C'est un vieux souvenir des temps où les ministres étaient élus et présentés à l'évêque par les fidèles.
Dans Tune et l'autre ordination il y a une préface et de longues admonitions, puis l'imposition des mains, qui est la plus ancienne forme de l'ordination. Dans les Actes des apôtres, saint Paul et Barnabe sont ordonnés par l'imposition des mains (1) ; saint Paul dit à Timothée: Ne néglige pas la grâce qui Va été don-
(1) Actes, XTii. 3.
née par la prophétie avec l'imposition des mains du sacerdoce (1). C'est un des rites les plus usités, comme nous l'avons vu, dans radministration des sacrements, et dont la signification est multiple. Ici le pontife par cette cérémonie appelle sur eux la bénédiction de Dieu et leur communique la grâce du Saint-Esprit. L'oraison que nous donnons en détermine du reste la portée.
L'imposition des mains aux diacres qui vont être promus au sacerdoce, est particulièrement solennelle. Elle est faite par l'évêque et successivement par tous les prêtres présents qui tiennent leurs mains étendues sur la tète des ordinands pendant que le pontife dit cette prière :
« Prions, frères très chers, prions Dieu le Père tout- puissant de multiplier ses dons célestes sur ses serviteurs qu'il a choisis pour la charge du sacerdoce ; et ce qu'ils reçoivent de sa clémence, qu'ils l'accomplissent par son secours. Par le Christ Notre- Seigneur. Amen.
« Prions.
M Fléchissons les genoux. »
Puis le diacre dit :
« Levez-vous. »
Et le pontife continue :
« Ecoutez-nous, nous vous en prions. Seigneur notre Dieu, et répandez sur vos serviteurs ici présents la bénédiction de votre Esprit-Saint et la grâce du sacerdoce : afin que Vous combliez toujours de l'abondance de votre grâce ceux que nous offrons à votre miséricorde. Par Notre Seigneur Jésus- Christ. Amen. »
(1) I Tira. IV, 14.
Dans la préface destinée aux diacres, le pontife dit qu'ils ont désormais le droit de servir à l'autel, de prêcher et de baptiser. Ils sont comparés aux lévites de l'ancienne loi qui servaient dans le temple.
Les vêtements qu'ils auront le droit de porter à l'autel sont Vétole et la dalmatique, et on leur confie le livre des évangiles.
Vétole est pour les prêtres et les diacres ce que le pallium était autrefois pour les évêques, l'insigne de leur dignité. Cet ornement paraît dérivé d'une sorte de mouchoir ou de cravate. D'autres y voient une tunique avec une bordure précieuse ; peu à peu celte bordure serait devenue la pièce principale et aurait fini par être employée toute seule, sans la tunique.
La dalmalique est une tunique avec manches, que les Romains empruntèrent aux Dalmates et qui devint un vêtement de distinction ; elle était d'ordinaire blanche avec des bandes de pourpre. Elle fut d'abord portée par les évêques et par le pape, puis fut réservée aux diacres. Mais telle est la force de la tradition qu'en souvenir de l'usage primitif, l'évêque aux messes pontificales porte encore, sous la chasuble, la dalmatique et la tunique (appelées dans la circonstance les tunicelles), devenues le costume des diacres et des sous-diacres (1).
Pour les prêtres les ornements distinctifs sontVélole encore, portée croisée sur la poitrine, tandis que les diacres la portent sur l'épaule gauche, et \a chasuble
(1) Sur le costume ecclésiastique cf. Duchesne, i. c, chapitre XI, Martigny et Smith daas leurs dictionnaires déjà cités, et généralement les liturgistes et les traités sur les anli(4uilés ecclésiastiques. Le sujet a été traité récemment avec plus d etendue par le P. Braim, Dieprioslerlichea Ocwœnd r les Ahendlandes, Herder, 1897 (1" volume).
L OliUl.NATIO.V 441
[jjlaneta, psenula). C'était primitivement une sorte de pardessus sans manches, percé au milieu d'une ouverture par laquelle on passait la tête et qu'on relevait sur les bras ; c'était aussi un habit de distinction porté par les magistrats et les dignitaires. C'est à titre de privilège qu'il fut accordé aux prêtres (1).
La plupart de ces vêtements étaient à l'origine communs aux laïques et aux prêtres. Mais tandis que les modes changeaient, l'Église dans sa liturgie restait fidèle aux traditions du costume romain et se contentait de donner à ces diflérents vêtements une forme hiératique. Chacun d'eux a, dans le pontifical, sa signification symbolique, et rappelle aux ministres la dignité, la décence, la pureté de mœurs et la sainteté qui doivent les distinguer.
Dans l'admonition et dans la préface de leur ordination les prêtres sont comparés aux soixante-dix vieillards que Moïse choisit dans l'ancienne loi pour l'aider à gouverner le peuple de Dieu et aux soixantedouze disciples que Notre-Seigneur envoya prêcher l'Évangile.
Cette ordination comporte aussi une onction. L'ordinand se met à genoux devant l'évêque et lui présente ces mains qui devront consacrer le corps et le sang du Seigneur. Le pontife lui fait une onction avec l'huile des catéchumènes en forme de croix avec ces paroles :
« Daignez consacrer et sanctifier ces mains par cette onction, Seigneur, et par votre bénédiction, afin que
(1) Vsubp, dont le rachat et le surplis sont les modifications, était à l'origine la tuniquo de dessous serrée à la ceinture par tm cordon. Ces vêtements, le dernier surtout, sont aujourd'hui communs à la plupart des clercs.
tout ce qu'elles ont bénit soit bénit, et tout ce qu'elles ont consacré soit consacré et sanctifié au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Amen. »
Il leur dit à la suite de cette onction, en leur présentant le calice et la patène, avec les éléments du sacrifice :
« Recevez le pouvoir d'offrir le sacrifice à Dieu, et de célébrer les messes aussi bien pour les vivants que pour les morts. Au nom du Seigneur. Amen. »
Cette ordination comme les précédentes a eu lieu pendant la première partie de la messe. Après l'onction dont nous venons de parler, on continue la messe parle chantde V alléluia, ou du trait et de l'évangile.
A partir de l'otTertoire, les nouveaux prêtres célèbrent la messe en même temps que l'évêque, ce qui est encore un souvenir de l'époque très reculée où l'évêque offrait le sacrifice entouré de ses prêtres, qui concélébraient avec lui.
Après la communion, les prêtres récitentle symbole des apôtres, pour rappeler qu'ils s'engagent à prêcher la pure doctrine apostolique contenue dans cette formule.
Puis l'évêque fait sur leur tête une nouvelle imposition des mains et leur donne le pouvoir de remettre les péchés. La messe se termine sans autre modincation qu'une dernière admonition à tous ceux qui ont pris partà l'ordination.
L'ordination de l'évêque est entourée d'un appareil plus majestueux de rites. On vérifie d'abord les lettres apostoliques qui constatent que l'élection a été faite dans les formes et confirmée par le pape.
Puis l'évêque, dans une longue formule, prête serment d'obéissance au Saint-Siège et aux saints canons
l'ordination 443
et promet de garder fidèlement les propriétés ecclésiastiques dont la gestion lui est confiée.
On procède alors à l'examen du nouvel élu afin de se rendre compte s'il est disposé à assumer tous les devoirs de la charge épiscopale, et si sa foi est conforme à celle de TÉglise, s'il est prêt à en défendre tous les articles. Après cespréliminaires, on commence la messe que l'élu dit de son côté en même temps que le prélat consécrateur, et il la continue jusqu'après le graduel. C'est ici que prend place la cérémonie de l'ordination proprement dite.
Le prélat consécrateur définit d'abord les fonctions de l'évêque qui consistent « à juger, à interpréter (l'Écriture), à consacrer, à ordonner, à offrir le sacrifice, à baptiser et à confirmer ».
On chante les litanies comme pour l'ordination des degrés majeurs ; la préface, très développée, expose dans un langage sublime les devoirs et les prérogatives de l'épiscopat. Il y est fait allusion à l'onction du sacerdoce, et à ce moment le prélat s'interrompt pour procéder à l'onction sur l'élu. Elle est faite sur les mains, comme pour les prêtres, et aussi sur la tête ; la matière est le saint chrême.
On lui donne les insignes de l'épiscopat; la crosse d'abord ou bâton, qui est le symbole de l'ofTice pastoral, puis Vanneau, symbole de son union avec son Église, et le livre des évangiles qu'il a mission de prêcher au peuple (1). Et la messe continue jusqu'à Toffer-
(1) La crosse et l'anneau, comme insignes de la dignité épiscopale, remontent au delà du vu' siècle, et quelques archéologues les font même dater du iv= ou du v siècle. La mitre, très antique comme coiffure, est postérieure à la crosse et à l'anneau comme insigne exclusivement épiscopal.
toire. A ce moment l'élu offre au prélat consécratour deux cierges de cire, deux pains et deux petits barils de vin. C'est ici le souvenir du très ancien rite de l'offrande que faisaient tous les assistants 'autrefois. C'est un nouvel exemple à l'appui de ce que nous avons dit que ces messes d'ordination ont conservé de nombreux vestiges de la liturgie primitive.
A la fin de la messe on bénit la mitre, qui est appelée dans l'oraison qui suit « le casque de protection et de salut», et dont les deux côtés représentent l'Ancien et le Nouveau Testament. Les gants qu'on donne ensuite au nouvel élu expriment, dans le même langage des signes, que l'évéque doit garder toujours pures et nettes ces mains qui doivent offrir le sacrifice.
Enfin a lieu la cérémonie de l'intronisation, c'està-dire que l'on fait asseoir le nouvel élu sur la chaire épiscopale,ce qui implique aussi, comme nous l'avons vu plus haut, le droit de présider l'assemblée chrétienne et de prêcher (1).
(l)Cf. plus haut, p. 125.