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CHAPITRE XXXII

LE MAIUAGE

L'homme n'est pas fait pour vivre seul. Il est essentiellement sociable. La société repose sur la famille qui se constitue dans Tunion du père, de la mère et des enfants. Même en dehors de ces liens de famille, rhomme est rattaché à ses semblables par des relations d'amitié, d'affaires ou d'intérêt ; il ne saurait se passer d'eux.

L'Église a toujours honoré la virginité qui élève l'homme au-dessus de sa nature, le rapproche de l'ange, et consacre son cœur et son corps à Dieu. Elle a toujours rappelé à ce sujet l'enseignement du Seigneur : « Que celui qui peut comprendre, comprenne. » Mais elle considère cet état comme une exception ; elle a toujours manifesté son estime pour le mariage, élevé par Dieu à la dignité de sacrement, et a rejeté de son sein les fanatiques qui le condamnaient et prêchaient la virginité obligatoire et universelle. Jamais l'union de l'homme et de la femme dans le mariage n'a été décrite en termes plus sublimes que dans ses livres inspirés.

Quand Dieu eut créé l'homme, il dit :

« Il n'est pas bon que l'homme soit seul ; faisons-lui une aide semblable à lui... » Et lorsque Adam vit cette compagne que

Dieu avait tirée de son propre corps, il dit: « Cpci est l'os de mes os et la chair de ma chair. . c'est pourquoi l'homme laissera son père et sa mère et il s'attachera à son épouse ; et ils seront deux dans une chair (1). »

Et le Maître qui est venu sur la terre apporter une loi et une alliance nouvelles n'a pas parlé autrement :

« N'avez-vous pas lu que celui qui a fait l'homme au commencement, les a créés homme et femme ? et il a dit : « A cause de cela l'homme laissera son père et sa mère et il s'attachera à son épouse, et ils seront deux dans une même ihair. » Ce que Dieu a uni, que l'homme ne le sépare donc pas. »

Le disciple, s'inspirant du même esprit, compare le mariage à l'union du Christ avec l'Église :

« Femmes, soyez soumises à vos maris comme au Seigneur...

« Maris, aimez vos femmes comme le Christ a aimé l'Église et s'est livré lui-même pour elle, afin de la sanctifier...

« Ainsi les maris doivent aimer leurs femmes comme fis aiment leur corps. Celui qui aime sa femme, s'aime soi-même.

« Car personne jamais ne hait sa propre chair.

« C'est pourquoi l'homme laissera son père et sa mère, et il s'attachera à son épouse, et ils seront deux dans une même chair.

« Ceci est un grand sacrement, je dis dans le Christ et dans l'Église.

« Pour vous donc, cpie chacun aime son épouse comme il B'aime soi-même : et que l'épouse craigne son mari (2). »

La liturgie a entouré ce sacrement de rites gracieux et expressifs dont plusieurs se sont maintenus à travers les âges. L'Église a fait preuve en ceci d'un éclectisme délicat et judicieux, car quelques-unes de ces cérémonies avaient cours chez les Gentils ; elle n'a exclu que celles qui avaient un caractère grossier ou impur. Elle

(1) Gen. Il, 7, 23.

(2)Eph.,T, 22seq.

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a gardé le voile, l'anneau, la couronne même ; elle a, pour bénir ces divers ornements, des prières qui en expriment le caractère symbolique : l'anneau, selon Tertullien, est l'image de la fidélité ; selon Clément d'Alexandrie, c'est un sceau, et il signifie que l'épouse est reine et maîtresse dans la maison, et qu'elle a le droit de sceller (1). Le voile est un signe de soimiission, de modestie ; la couronne marque la joie et les promesses d'une heureuse union.

Nous donnerons la formule d'une ancienne bénédiction sur l'anneau.

« Bénis, Seigneur, cet anneau que nous bénissons en Ton saint nom, afin que celle qui le portera dans le mariage comme un signe de foi, se maintienne dans Ta paix ; et qu'elle demeure fidèle dans l'intégrité de la foi, qu'elle vive toujours et qu'elle vieillisse dans Ton amoiir et que ses jours soient multipliés ! Amen. »

La couronne était souvent donnée avec ces mots :

« Que ce serviteur de Dieu, un tel, soit couronné pour la servante de Dieu, une telle. Au nom du Père et du Fils et du Saint- Esprit.

« Que cette servante de Dieu, une telle, soit couronnée pour le serviteur de Dieu un tel. Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.

« Seigneur notre Dieu, couronnez-les de gloire et d'honneur.

« Vous avez posé sur leurs têtes une couronne de pierres précieuses (2). »

On trouve ces différents rites exprimés dans les plus anciens monuments de l'archéologie chrétienne, fonds de verres, coupes, inscripliuns, sarcophages. Tantôt les deux époux joignent leurs mains, ce qui est

(1) Tert., Apol. VI; Clem., PxJag. III, 11.

(2) Martine, De an'iq. Eccl. rit., 1. 1, c. ix.

le signe du contrat par lequel ils se donnent l'un à Tautre ; mais au-dessus d'eux plane le monogramme du Christ, les deux premières lettres de son nom, qui nous rappellent l'enseignement de saint Paul : « Que la femme se marie, si elle veut, mais seulement dans le Seigneur. » Quelquefois cet enseignement est exprimé d'une façon plus vivante encore : c'est le Christ lui-même qui place les couronnes sur la tête des deux époux avec ces mots : Vivez en Dieu, ou : dans le Christ. Un vieux tombeau de Tolentino porte cette belle inscription :

« Ceux qu'avec des mérites égaux, le Seigneur tout-puissant unit par un doux mariage, le tombeau les garde jusqu'à la consommation des siècles. Catervius, Severina se réjouit d être encore unie à toi (dans la tombe). Puissiez-vous, avec la grâce du Christ, ressusciter également heureux ! »

D'autres épitaphes sont plus simples et portent seulement ces mots :

« A l'épouse très fidèle, à l'épouse très douce, à Rufina qui a bien travaillé avec moi. »

Ou encore celle-ci :

« Cécilius à Cécilia Placidia, son épouse d'excellente mémoire, avec laquelle il a vécu dix ans, heureusement et sans aucune querelle. «

Sans querelle ! le fait paraît si rare que plus d'un mari n'a pas trouvé de plus bel éloge :

u Elle a vécu avec moi sans dispute, elle a mamtenu toujours l'harmonie , elle a été très douce et sans discorde (1). »

La coutume antique est que le rite du mariage s'ac-

(1) Cf. l'excellent article Mariage dans le Dictionnaire des antiquités chrétiennes de Martigny.

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