Et avec votre esprit
Ces versets ou d'autres de même nature précèdent souvent les oraisons dans la liturgie. Nous en avons dit ailleurs l'origine et l'usage (1). Ils ont ici pour but de nous rendre Dieu favorable, d'implorer sa miséricorde ; ils se rattachent par là à la confession des péchés, comme les deux courtes oraisons qui suivent :
Faites disparaître de nos cœurs, ô mon Dieu ! toutes les taches, afin que nous approchions du Saint des saints avec une entière pureté d'esprit : nous vous le demandons par votre divin Fils, Notre-Seigneur. Amen.
Nous vous prions, Seigneur, parles mérites de vos saints dont les reliques sont ici et de tous les saints, d'accorder le pardon de tous mes péchés. Amen.
(1) Voyez le chapitre tv, p. 47.
f . Deus tu conversus vivificabis nos.
ïi. Et plebs tua laetabitur in te.
f. Ostende nobis, Domine, misericordiam tuam
H. Et salutare tuum da nobis.
t. Domine, pxaudi orationem meam.
R. Et clamer meus ad te veniat.
t. Dominus vobiscum.
R,. Et cum spiritu tuo.
Oremus. Aufer a nobis, qusesumus Domine, iniquitates nosiras : ut ad sancta sanctorum puris mereamur mentibus introire. Per Cbristum Dominum nostrum. Amen.
Oramus te, Domme, per mérita sanctorum tuorum, quorum reliqui* hic sunt, et omnium sanctorum : ut indulgere digneris omnia peccata mea. Amea.
PRIÈRB ANTIQUE. 14**
Celte coutume de célébrer sur la tombe d'un martyr ou tout au moins d'enfermer des reliques sous l'autel est aussi des plus antiques.
3. Encensement et introït. — Dans les messes solennelles, le prêtre commence par encenser l'autel. Ce rite, employé dans toutes les actions un peu importantes de la liturgie, a une triple signification que nous avons expliquée déjà (1).
L'introït a été institué au iv^ siècle. Antérieurement la messe commençait immédiatement par la supplication ou litanie et les lectures. L'introït est un psaume, dont il ne reste aujourd'hui que l'antienne (2). Il varié suivant les messes. Nous donnons comme exemple l'introït du jour de TÉpiphanie.
Voici qu'arrive le Seigneur, le dominateur ; son sceptre est dans sa main.
4. Litanie. — C'est une prière très antique, comme nous l'avons expliqué ailleurs (3). Aujourd'hui elle se dit sous cette forme :
Seigneur, ayez pitié.
Christ, ayez pitié.
Seigneur, ayez pitié.
Mais ce n'estlà qu'une forme très abrégée, un résidu
(1) Voyez p. 353.
(2) Cf. p. 98
(3j Voyez p. 69 et suiv.
Ecce advenit Dominator Dominus : et regnum in manu ejus. Ps. 71. Deus, judicium tuum, etc.
Kyrie eleison, trois fois.
Christe eleison, id.
Kyrie eleison, id.
de l'ancienne litanie qui renfermait des supplications pour tous les besoins de l'Égiise. Les grandes litanies au Samedi saint en donnent quelque idée.
5. Gloria in excelsis. — C'est une hymne, d'une haute antiquité (1). Elle n'est dite, en bonne règle, que les jours de fête, et sépare de la litanie les oraisons qui devraient la suivre.
Gloire à Dieu dans le ciel et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté. Nous vous louons, nous vous bénissons, nous vous adorons, nous vous glorifions. Nous vous rendons grâces à cause de votre gloire infinie. Seigneur Dieu, Roi du ciel, ô Dieu Père tout-puissant ! Seigneur Jésus- Christ, Fils unique de Dieu, Seigneur Dieu, Agneau de Dieu, Fils du Père, qui effacez les péchés du monde, ayez pitié de nous! Vous qui effacez les péchés du monde, recevez notre humble prière. Vous qui êtes assis à la droite du Père, ayez pitié de nous. Car vous êtes le seul Saint, le seul Seigneur, le seul Très-Haut, ô Jésus-Christ, avec le Saint-Esprit, dans la gloire de Dieu le Père. Amen.
6. Collectes. — Ici se placent des oraisons. Cette forme de prière, avec le Dominus vobiscum, remonte à, la plus haute antiquité (2j.
,11 Cf. notre chapitre xi sur le Gloria in excelsis, p. iSO. (2) Voyez le chapitre iv, p. 53.
Gloria in excelsis Dec. Et in terra pax hominibus bonsB voluntatis. Laudamus te, benedicimus te, adorauius te. ploriûcamiis te. Gratias agimus tibi propter magnam gloriam tuam. Domine Deus, rex cœlestis, Deus Fater omnipotens. Domine Fili unigenite, Jesu Curiste Domine Deus, Aguus Dei, Films P&tris. Qui tollis peccata mundi, miserere nobis. Qui tollis pecfata mundi, suscipe deprecationem nostram. Qui sedes ;id de.xteram Patris, miserere nobis Quoniam tu soius Sanctus, tu Soius Dominus, tu soius Altissinius, Jesu Cliriste, cum sancto Spiritu, in gloria Dei Patris. Amen.
Les oraisons varient presque chaque jour, lï y en a quelquefois deux, trois pu même davantage Nous donnons comme exemple l'oraison de la messe de Pâques.
Le Seigneur soit avec vous
Et avec votre esprit.
Prions. 0 Dieu, qui aujourd'hui nous avez ouvert les portes de l'éternité par votre Fils unique, après qu'il a vaincu la mort; vous qui par votre prévenance inspirez nos désirs, faites-les aboutir par votre secours. Par le même Jésus-Christ Notre-Seigneur, qui vit et règne avec vous en l'unité du Saint-Esprit Dieu dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.
7. Epître. — Les épîtres varient, comme les oraisons. Elles sont le plus souvent empruntées aux- Épîtres des apôtres, ou à l'Apocalypse, quelquefois aux Actes des apôtres, quelquefois à l'Ancien Testament. Il y avait autrefois plusieurs lectures, comme il arrive encore pour quelques messes de vigiles, oîi on lit des prophètes, ou d'autres passages de l'Ancien Testament. Voici l'épître du jour de Pâques :
Lecture de l'Epître du bienheureux apôtre Paul aux
Corinthiens. I, c. v.
Mes Frères, chassez le vieux levain, afin d'être une pâte nouvelle, vous qui êtes azymes. Car le Christ notre Pâque
Dominus vobiscum.
fi|. Et cum spiritu tuo.
Orfmiis. Deus, qui hodierna die per Unigenitum tuum, seternitatis nobis aditum, devicta morte, reserasti : votanostra, quae praeveniendo aspiras, etiam adjuvando prosequere. Per eumdem Dominum nostrum Jesum Christum, qui tecum ■vivit et régnât in unitate Spiritus sancti Deus per omnia saecula saeculorum. Amen.
Lectio Epistolaç beati Pauli apostoli ad Corinthios. I, c. v. Fratres, Expurgate vêtus fermentum, ut silis nova conspersio,
a élé immolé. Faisons donc festin, non avec du vieux levain, non avec le levain de la malice et de la perversité, mais avec les azymes de la sincérité et de la vérité.
Quand il y a diacre et sous-diacre à la messe, c'est ce dernier ministre qui récite Tépître, à droite, en faisant face à l'autel ; c'était la place, dans les anciens chœurs, d'une tribune ou chaire spécialement consacrée aux lectures. L'évangile se lisait du côté opposé,
8. Psalmodie [graduel, alléluia, trait). — Après la lecture de l'Ancien ou du Nouveau Testament, on récitait ou l'on chantait des psaumes. Le graduel et l'alleluia sont une psalmodie sous forme de répons.
Au temps pascal, le graduel fait place à un second alléluia, tandis qu'en carême et au temps de la Septuagésime, l'alleluia est remplacé par un trait, c'est-à-dire par un psaume qui était chanté par un chantre sans répétition, ni refrain. Aujourd'hui on le chante à deux chœurs (1).
Les séquences ou proses furent introduites pour faire suite à l'alleluia, au x« siècle, ou même dès le IX». Au moyen âge elles se multiplièrent d'une façon extraordinaire. Il en existe de nombreux recueils manuscrits dans certaines bibliothèques anciennes sous le titre de prosaires ou séquentiaires. Aujourd'hui la liturgie romaine n'a gardé que les plus célèbres : Viclimœ paschali laudes pour Pâques, Veni
(1) Sur tout cela cf. le chapitre iv, p. SI.
sicut estis azymi. Etenim Pascha nostrum immolatus est Christus. Itaque epulemur, non in fermente veteri, neque in fermento malitiae et nequitiaB ; sed in azymis sinceritatis et veritatis.
Sancte Spiritus pour la Pentecôte, Lauda Sion Salvatorem pour la Fête-Dieu. Dies irss, dies illa pour les morts, Stabat Mater pour les fêtes de la Compassion de Notre-Dame. Ce sont des poésies d'un rythme plus souple que les hymnes. Celles que nous venons de citer sont des pièces admirables, de vrais chefsd'œuvre de poésie et de piété. La mélodie de ces proses, qui n'est déjà plus le plain-chant primitif, est d'un beau caractère ; c'est un acheminement vers la musique mesurée (1).
9. Evangile et Homélie. — Il y a gradation dans les lectures : l'Ancien Testament (quand il y avait trais lectures), les Épîtres ou les Actes, enfin l'Évangile, qui sera comme le couronnement de cette première partie de la messe. Aux messes solennelles, l'évangile est chanté par le diacre à la place où était autrefois l'ambon, une sorte de chaire pour l'évangile, et on encense le livre. Toutes ces cérémonies sont très anciennes, et avaient lieu au iV siècle dans l'Église de Jérusalem, à peu près comme aujourd'hui. Remarquons du reste, une fois pour toutes, que la grand'messe et surtout la messe pontificale ont beaucoup mieux conservé les rites anciens que la messe basse qui, à bien des points de vue, n'est qu'un résumé. L'évangile était autrefois suivi d'une explication, commentaire ou homélie sur le passage que l'on venait de lire. C'est encore à ce moment que se place le sermon, dans la messe de paroisse (2j.
Dans certaines messes, on dit après l'évangile le
(1) Cf. le chapitre x, les hymnes, p. 140.
(2) Sur ce rite de la lecture de l'évangile, voir Gatalani : de eodice sancti Evangelii libri III. Rome, 1733.
symbole de rsicée, dont l'introduction à la messe est de date postérieure (1).
Ici se termine la première partie de la messe.
Cette partie représente donc la très ancienne réunion chrétienne, la vigile primitive. Elle avait pour but : 1° de célébrer les louanges de Dieu, de là chant des psaumes, en répons ou en trait, de l'alleluia. du Gloria in excelsis ou d'autres cantiques, quelquefois le cantique de Daniel Benediclus es Domine Deus;
2° Intercession pour les fidèles et les divers besoins de l'Église, litanie, Kyrie eleison ;
3° Instruction des fidèles par les lectures de l'Écri ture sainte ou le sermon.
Le chrétien s'efforcera donc de rester fidèle à l'esprit de l'Église durant cette première partie, en s'unissant au chant, par la voix, ou au moins par la pensée ; en priant pour tous les besoins de l'Église et de ses frères ;
(1) Cf. chapitre un, stmbolbs de roi, p. 169. En voici le text» latin ; nous avons donné la traduction, p. 170.
Credo in unum Deum. Patrem omnipotentem, factorem caeli et terrse, visibilium omnium et invisibilium.
Et in unum Dominum Jesum Christum, Filium Dei unigenitum. Et ex Pâtre natum ante omnia saecula Deum de Dec, lumen de lumine, Deum verum de Deo vero. Genitum. non factum, consubstantialem Patri : per quem omnia facta sunt. Qui propter nos tiomiaes et propter nostram salutem, descendit ae caelis Et incarnatus est de Spiritu Sancto ex Maria Virgine : BT HOMOFACTus EST. Crucifixus etiam pro nobis sub Pontio Pilato, passus et sepultus est. Et resurrexit tertia die, secundum Scripturas, et ascendit in caelum, sedet ad dexteram Patris. Et iterum venturus est cum gloria judicare vivos et mortuos : CUJU8 regni non erit finis
El in Spiritum Sanctiim. Dominum et vivificantem : qui ex Pâtre Filioque procedit. Qui cum Pâtre et Filio simul adoratur, et conglorincatur qui locutus est per Prophetas. Et Unam, Sanciara. Catholicamet ApostolicamEcclesiam. Confiteorunum Bapt sma in remissiouem peccatorum. Et expecto resurrectionem inortuorum et vitam venturi Sceculi. Amen.
enfin en profitant pour son enseignement des lectures et des instructions qui sont données.