‹ Le livre de la priére antiqueChapitre 76 sur 94 · CAR CECI EST MON CORPS · texte numérisé non relu

CAR CECI EST MON CORPS

Après la cène, il prit de la même façon dans ses mains saintes et vénérables ce calice précieux : vous rendit de nouveau grâces, le bénit et le donna à ses disciples, en disant : prenez et buvez-en tous,

CAR c'est le calice DE MON SANG, DU NOUVEAU ET ÉTERNEL TESTAMENT : MYSTERE DE LA FOI : QUI SERA RÉPANDU POUR LA RÉMISSION DE VOS PÉCHÉS ET DE CEUX d'un GRAND NOMBRE.

Toutes les fois que vous ferez ceci, vous le ferez en mémoire de moi.

Le prêtre élève devant les fidèles le pain et le vin devenus le corps et le sang du Christ, afin de prouver que l'Église croit, à partir de ce moment, que Notre- Seigneur est présent dans l'Eucharistie. Comme à la dernière cène, il offre ce corps et ce sang au Père ; c'est l'hostie .sainte et pure (1).

C'est pourquoi. Seigneur, nous vos serviteurs et votre

(1) Cette prière est appelée en termes techniques VAaamaèse (àva|avT,5i;, souvenir) à cause des paroles : aussi nous..., ea souvenir, etc.

rabiles manus suas; et elevatis oculis in caclum, ad te Deum Patrem suum omnipotentem. tibi gratias agens, benedixit, fregit, deditque discipulis suis, dicens : Accipite, et manducate ex hoc omnes :

Hoc est enim corpus meum

Simili modo, postquam cœnatum est, accipiens et huncpraeclarum calicem in sanctas ac venerabiles manus suas : item tibi gratias agens, benedixit, deditque discipulis suis, dicens: Accipite et bibite ex eo omnes :

Hic est enim calix sanguinis mei, noviet aeterni Testamenti : mysterium fidei : qui pro vobis et pro multis effundetur in remissionem peccatorum.

Hœc quotie scumque fecerilis, in mei memoriam facietis.

Unde et memores, Domiae, nos servi tui, sed et plebs tua

peuple sanctifié, faisons ceci en souvenir de la passion bienheureuse de Jésus-Christ votre Fils Notre-Seigneuf; de sa résurrection des enfers et de son ascension glorieuse dans les cieux : à votre glorieuse Majesté, grâce aux dons que vous nous avez faits, nous offrons une hostie pure, une hostie sainte, une hostie immaculée, le Pain sacré de la vie éternelle et le Calice du salut éternel.

Le prêtre demande alors à Dieu le Père d'accueillir notre sacrifice comme il accueillit celui d'Abel, celui d'Abraham et celui de Melchisédech,

Daignez abaisser un regard propice et serein sur ces dons et les accepter comme vous avez daigné accepter les dons de votre serviteur, le juste Abel, et le sacrifice de notre patriarche Abraham : et celui que vous offrit votre souverain pontife Melchisédech, sacrifice sanctifié, victime immaculée.

Dieu tout-puissant, nous vous supplions d'ordonner que votre saint Ange présente ces dons sur votre autel céleste, en présence de votre Majesté divine : pour que nous soyons inondés de bénédictions et de grâces célestes

sancta, ejusdem Christi Filii tui Domini nostri, tambeatae passionis, necnonet ab inferis resurrectionis.sed etincaelos gloriosae ascensionis : offerimus praeclaraeMaiestati tuae de tuis donis ac datis, hostiatn puram, hostiam sanctam. hostiam immaculatam, Panem saoctiim vitce aeternae, et Galicem salutis perpétuas.

Supra (1) quae propitio ac sereno vultu respicere digaeris, et accepta habere, sicuti accepta habere dignatus es munera poeri tui justi Abei, et sacnficium Patriarchae nostri Abrahae : et quod tibi obtulit summus sacerdos tuus iMelcbisedecb, sanctum sacrilicium, immaculatam hostiam (2).

Supplices te rogamus. omnipotens Deus, jubé haec pt^rferri per manus sancti Angeli tui in subUme altare tuum, in conspectu divinaeMajestatis tuae : ut quotquot ex hac aJtaris partici-

(1) Cette prière, et la suivante, qui n*^ fait qu'un tout avec elle, seraient, d après l'hypothèse dont nous avons parlé, l'ancienne épiclèse romaine. (Cf. Duchesne, /. c, p. 173 et Gagjn, Palrog. musicale, 1897. Nonobstant Gihr, II, 333, note.i Cf. aussi notre article. Le caaoa romain et la wesse. Revue des sciciires philos, et tbéoL, juillet 1909.

(2) Mots ajoutés par saint Léon.

toutes les fois que, prenant part à ce sacrifice de l'autel, nous aurons reçu le Corps sacro-saint de votre Fils, et son Sang. Par le même Christ Notre-Seigneur. Amen.

On a discuté longtemps pour savoir quel est cet ange du sacrifice. On a rappelé VAngelus orationis dont parle déjà Tertullien De orat.^ c. xvi) ; on y a vu saint Michel ou tel autre archange. Si l'on accepte de voir dans le Supra quse elle Supplices te Tépiclèse romaine, ce messager est le Saint-Esprit qui a, par son opération, accompli le sacrifice et qui va présenter la victime au Père.

Nous avions avant la consécration la prière pour les vivants, ici une prière pour les défunts suivie, comme celle des vivants, d'une énumération des saints (1).

Souvenez-vous aussi, Seigneur, de vos serviteurs et de vos servantes N. et N. qui nous ont précédés avec le signe de la foi et qui dorment du sommeil de la paix.

Nous vous demandons, Seigneur, de leur accordera eux et à tous ceux qui reposent dans le Christ, un lieu derafraîchissement, de lumière et de paix.

Par le même Jésus-Christ Notre-Seigneur. Amen.

A nous aussi pécheurs, qui sommes vos serviteurs et

(1) Sur la place priinilive de cette prière avaat la préface, voir page liû la note.

patione, sacrosanctum Filii lui Corpus et Sanguinem suœpserimus, orani benedictione caelesti, et gnatia repleaiïiiïr. Per. eumdem Ctiristum Dominum nostrum. Amen.

Mémento etiam, Domine, famulorum famularumque tuarum A'', et A. qui nos praecesserunl cum signo fidei, et dormiunt in sorano pacis.

Ipsis, Domine, et omnibus in Christo quiescentibas, locum refrigerii. iucis et pacis, ut indulgeas deprecamur.

Per eumdem Christuin Dominum nostrum. Amen.

Nobisquoque peccatoribus famulis tuis, de multitudine mise-

qui espérons en la multitude de votre miséricorde, daignez accorder une part dans votre royaume avec vos saints apôtres et martyrs : avec Jean, Etienne, Mathias, Barnabe, Ignace, Alexandre, Marcellin, Pierre, Félicité, Perpétue, Agathe, Lucie, Agnès, Cécile, Anastasie, et tous vos saints : nous vous le demandons, admettez-uous dans leur société, ayant égard non pas au mérite de nos œuvres, mais à votre indulgence. Par le Christ Notre- Seigneur.

Le Mémento des morts, et la prière qui suit, correspondent au J/emen<o des vivants ; c'est, comme on le verra facilement, une prière de même nature. (Voir ce que nous avons dit plus haut de l'intercession pour les morts, p. 459.) C'est aussi la même pensée, union, entre les saints, les martyrs, les fidèles vivants et les défunts qui ne forment qu'une seule et même Église. Comme pour le Memenlo des vivants, nous n'avons ici qu'un résumé ; autrefois on lisait de longues listes de martyrs, et de tous les défunts pour lesquels la communauté avait l'intention de prier. Tous les noms que nous avons conservés dans cette formule sont célèbres : Jean, c'est le Baptiste ; Etienne est le protomartyr ; Mathias et Barnabe sont considérés comme apôtres, quoiqu'ils ne soient pas des douze ; ils n'étaient pas nommés au Memenlo des vivants dans le groupe des apôtres. Ignace, Alexandre, Marcellin et Pierre sont des martyrs célèbres, qui avaient un culte à Rome. On remarquera la grande place faite aux

ratiomanr tuarum sperantibus, çartem aUquam et societatem donare digneris, cuni tuis sanctis apostolis et martyribus : cum Joanne, Stephano, Matbia, Barnaba, Ignatio, Alexandro.Marcellino, Petro, Felicitate, Perpétua, Agatha, Lucia, Agnete, Caecilia, Anastasia, et omnibus sanctis tuis : intra quorum nos consortium, non aestimator meriti sed veniae, quœsumus, largitor admitte. Fer Christum Domimim nostrum.

vierges martyres que l'antiquité avait en grande vénération.

Dans Thypothèse du transfert des diptyques que nous avons proposée, la prière qui suit se rattache à une oraison précédente, le Supplices te, et s'explique logiquement :

C'est par lui, Seigneur, que vous créez toujours ces biens, que vous les sanctifiez, les vivifiez, les bénissez et nous les donnez.

Hœc omnia, tous ces biens, désignent non pas les offrandes consacrées, comme on Ta soutenu encore récemment, mais les prémices du blé, du vin, et d'autres offrandes que Ton faisait bénir à ce moment(l).

Par lui, avec lui, en lui, est à vous. Père tout-puissant, en l'unité du Saint-Esprit, tout honneur et toute gloire, dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

Cette prière est une doxologie célèbre, c'est-à-dire une hymne ou une acclamation à la gloire de Dieu ou de la Trinité ; ici elle est plus complète et plus solennelle que la plupart des doxologies (2). Elle terminait, à proprement parler, la prière eucharistique, et le peuple répondait Amen.

L'Amen à ce moment est un acte de foi solennel à

(1) Dom Guéranger, Explication de la messe.

(2) Sur les doxologies, voyez plus haut, p. 264.

Per quem haec omnia. Domine, semper bona créas, sanctificas, vivificas, benedicis et praestas nobis.

Per ipsum, et cum ipso, et in ipso est tibi Deo Patri omnipotenti, in unitate Spiritus sancti, omnis honor, et gloria. Per omnia saecula SBeculorum. ^. Amen.

la présence de Notre-Seigneursur l'autel, un acquiescement au mystère qui vient de s accomplir, une ratification des prières du prêtre ; les fidèles qui l'ont suivi attentivement depuis la préface, sont restés unis à lui, et répondent à la fin de sa prière : il en est ainsi, en signe d'adhésion. Cet usage est déjà constaté au ne siècle par saint Justin, et la Doctrine des apôtres donne une doxologie à peu près semblable (l).

Aujourd'hui encore aux grandes messes le peuple répond Amen, à cet endroit.

C'est à ce moment que s'opérait autrefois la fraction du pain, et la prière que nous venons de citer était ainsi une prière pour lafractio panis (2). Mais le pape saint Grégoire le Grand, à la fin du vi^ siècle, a modifié cette partie de la messe et transporté le Pater avantla fraction (3). Cette prière est donnée ici, comme dans toutes les liturgies, avec un petit prologue et une finale (en termes techniques un embolisme) qui font corps avec elle.

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