La fraction et la communion
Ici commence dans le sacrifice une nouvelle action. La cène eucharistique a été renouvelée ; le Christ est descendu au milieu de ses disciples ; il va comme autrefois leur distribuer son corps et son sang ; il ne faut pas perdre de vue ce que nous avons répété déjà si souvent, que la messe est un repas en même temps qu'un sacrifice. Tous les fidèles sont invités à s'asseoir à ce banquet divin. Dans l'ancienne Église, cette participation était considérée comme si importante que le diacre faisait sortir de l'église ceux qui ne communiaient pas, avec ces mots :
Que celui qui ne communie pas se retire (2).
Ce rite a disparu aujourd'hui parce que grand est, hélas ! le nombre de ceux qui ne communient pas.
Le prêtre procède à la fraction de l'hostie. Il y a dans toutes les liturgies une prière sur cet acte si important delà messe. Le sens le plus ancien de cette prière est d'exprimer l'union et la charité entre tous les clirétiens. Tous ceux qui participent au corps du Christ ne sont qu'un même corps avec lui et entre eux. De même que les épis qui forment aujourd'hui ce pain étaient répandus dans la campagne, de même les chrétiens sont réunis de tous les points du monde
(1^ Ch. vin.
{2j Sur ce rite voyez La messe au iii« siècle, p. 113.
pour former un même corps. Même allégorie d'unité sur le vin, qui réunit en un seul breuvage des raisins de plusieurs grappes (1).
Autrefois le rite était plus expressif, parce que les fidèles communiaient en effet d'un fragment d'un même pain et participaient au même calice. Aujourd'hui ceux qui communient reçoivent des hosties consacrées précédemment, la fraction ne s'accomplit plus que pour l'hostie du prêtre. Comme le rite ancien demandait un certain temps, on chantait à ce moment une antienne appelée confractorium, c'est-à-dire durant la fraction. L'antienne a disparu avec le rite (2).
Pendant que le prêtre rompt l'hostie en trois parties, et dépose l'une d'elles dans le calice, il dit ces paroles qui ont un autre objet que la fraction :
Que cette union et cette consécration du corps et du sang de Jésus-Christ Notre-Seigneur nous procurent la vie éternelle. Amen.
Alors ont lieu les prières sur la paix et le baiser de paix, qui expriment sous une autre forme la charité et l'union qui doivent régner entre tous les membres de la communauté chrétienne.
Que la paix du Seigneur soit toujours avec vous.
(1) Symbolisme familier aux écrivains des premiers siècles ; cf. p 112.
(2) Nous donnerons plus loin la fameuse antienne du oonfractorium : Venite populi.
Haec commixtio et consecratio corporis et sanguinis Dinnini nostri Jesu Ghristi, fiât accipientibus nobis in vitam œlurnam. Amen.
Pax Domini sit semper vobiscum.
F^. Et avec votre esprit (1).
Seigneur Jésus-Christ, qui avez dit à vos apôtres : « Je vous laisse ma paix, je vous donne ma paix », ne regardez pas mes péchés, mais la foi de cette assemblée qui est à vous, et daignez la pacifier et la réunir selon votre sainte volonté ; Vous qui vivez et régnez dans les siècles des siècles. Amen.
" Pendant cette prière le chœur chante :
Agneau de Dieu, qui ôtez les péchés du monde, ayez pitié de nous.
Agneau de Dieu, qui ôtez les péchés du monde, ayez pitié de nous.
Agneau de Dieu, qui ôtez les péchés du monde, donneznous la paix.
Immédiatement après la prière /domine /esu Christe, le prêtre, aux messes solennelles, donne le baiser de paix au diacre, qui le donne à son tour aux membres du clergé. Autrefois le baiser de paix était un rite qui avait lieu fréquemment et dans presque toutes les réunions ; les apôtres dans leurs épîtres le recom-
(1) En réalité, le Pax Domini vient avant la prière Hsec comraixtio, ma^is il se rattache certainement par le sens au rite de la fraction, ainsi qu'à la prière Domine Jesu Christe, dont il est séparé par l'Agaus Dei. Tous ces rites et ces prières de fraction et de commimion sont, du reste, liés les uns aux autres. Peutêtre est-ce le changement de saint Grégoire qui a introduit quelque interversion dans la succession logique.
Et cum spiritu tuo.
Domine Jesu Christe, qui dixisti apostolis tuis : Pacem relinquo vobis, pacem meam do vobis : ne respicias peccata mea, sed fidem Ecclesiae tuœ : eaœque secundum voluntatem tuam pacificare et coadunare digneris. Qui vivis et régnas Deus, per omnia saecula saeculorum. Amen.
Agnus Dei, qui toUis peccata raundi, miserere nobis. Agnus Dei, qui toHis peccata mundi, miserere nobis. Agnus Dei, qui toUis peccata mundi, dona nobis pacem
LE LIVHE DE LA PRIERE AMIQUE
mandent aux fidèles. Du jour où les communautés chrétiennes virent leurs membres s'augmenter d'une façon prodigieuse, l'intimité entre les fidèles fut forcément en proportion inverse, et la pratique du baiser de paix diminua dans la même proportion.
La place du baiser de paix varie suivant les liturgies ; sa présence entre le Pater et la communion, dans la liturgie romaine, est doublement motivée par les raisons que nous avons données plus haut (1).
Suivent deux autres prières de préparation à la communion qui n'entraient pas primitivement dans la rédaction officielle des sacramentaires : c'étaient des prières d'un usage personnel ; c'est ce qui explique comment on sent à la seule lecture qu'elles sont plutôt le fruit d'une dévotion privée. Le prêtre semble moins parler ici, comme dans les prières qui précèdent, pour l'Église universelle, que pour soi-même. Ce retour sur sa personne, surtout dans la seconde de ces prières, trahit des préoccupations étrangères aux siècles anciens, où le prêtre est toujours considéré dans la messe comme agissant au nom de l'Église. Comme on la remarqué, elle ne mentionne même que la communion sous une espèce. Ce n'est pas oubli, comme on Ta dit, ou inadvertance, — ce serait invraisemblable, — mais c'est probablement qu'il y en avait une autre sur le sang, laquelle a été supprimée. La dernière oraison est antique.
Seigneur Jésus-Christ, Fils du Dieu vivant, qui, par la
Domine Jesu Christe,' Fili Dei vivi, qui ex voluntate Patris
EDCOLOGE ' 52v
volonté du Père et la coopération du Saint-Esprit, avez donné par votre mort la vie au monde ; délivrez-moi, par ce saint et sacré corps et par votre sang, de tous mes péchés et de toutes sortes de maux. Faites que je m'attache toujours inviolablement à votre loi, et ne permettez pas que je me sépare jamais de vous. Vous qui avec le même Dieu le Père et le Saint-Esprit vivez et régnez dans les siècles des siècles. Amen.
Seigneur Jésus-Christ, faites que la réception de votre Corps, que je me propose de prendre, tout indigne que j'en suis, ne tourne pas à mon jugement et à ma condamnation; mais que, par votre bonté, il me serve de défense pour mon âme et pour mon corps, et qu'il me soit un remède salutaire. Vous qui vivez et régnez avec Dieu le Père dans l'unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles d-es siècles. Amen.
Avant de recevoir le corps et le sang du Seigneur, le prêtre dit encore les prières suivantes :
Je recevrai le pain céleste et j'invoquerai le nom du Seigneur.
Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez en moi, mais dites seulement une. parole, et mon âme sera guérie.
Il communie ensuite sons la forme du pain et du
coopérante Spiritu sancto, per moptem tuam mundum vivificasti : libéra me per hoc sacrosanctum corpus et sanguiaem tuum, ab omaibus iniquitatibus meis, et universis malis : et fac me tuis semper inhcerere mandatis. et a te nunquam separari permittas. Qui cum eodem Deo Pâtre et Spiritu sancto vivis et régnas Deus in sœcula saexulorum. Amen.
Perceptio corporis tui, Domine Jesu Ghriste, quod ego indigQU9 siimere praesumo, non mihi proveniatin judicium et conlîemnationem : sed pro tua pietate prosit mihi ad tutamentum mentis et corporis. et admedelam percipiendam. Qui vivis et régnas cum Deo Pâtre in unitate Spiritus sancti Deus, per omnia saecula saeculorum. Amen.
Panem caelestem accipiam, et nomen Domini invocabo. domine, nom sum dignus ut intres sub tectam mernn, sed tantum die verba et sanabitur anima mea.
vin, avec une prière avant la communion sous chacune des espèces et une courte prière d'action de grâces ensuite :
Que le corps de Notre-Seigneur Jésus-Christ garde mon âme pour la vie éternelle. Amen,
Que pourrai-je rendre à Dieu pour tous les biens qu'il m'a faits? Je prendrai le calice du salut et j'invoquerai le nom du Seigneur. J'invoquerai le Seigneur et je serai délivré de mes ennemis.
Que le sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ garde mon âme pour la vie éternelle. Amen.
Ici se place la communion des fidèles ; on récite la confession des péchés pour effacer les souillures légères, puis le prêtre distribue le corps du Seigneur avec les paroles qu'il a déjà prononcées pour luimême : Que le corps de Notre-Seigneur Jésus-Christ garde votre âme pour la vie éternelle.
4. Action de grâces. — Le prêtre commence les prières d'action de grâces par cette formule, qui est déjà dans les plus anciens sacramentaires :
Ce que notre bouche a reçu, puissions-nous le conserver dans un cœur pur ; et que ce don temporel devienne pour nous un remède éternel.
Corpus Domini nostri Jesu Christi custodiat animam meam in vitam aeternam. Amen.
Quid retribuam Domino pro omnibus qu» retribuit mihi? Calicem salutaris accipiam, et nomen Domini invocabo. Laudans invocabo Dominum, et ab inimicis mais salvus ero.
Sanguis Domini nostri Jesu Christi custodiat animam meam in vitam aeternam. Amen.
Quod ore sumpsimus, Domine, pura mente capiamus : et de munere temporali fiât nobis remedium eempiternum.
ELCOLOGK oW
Puis enctre une prière de même genre et de même antiquité :
Seigneur, que votre corps que j'ai pris et que votre sang dont je me suis abreuvé s'attactient à mes entrailles : faites qu'il ne reste plus de tache de péché en moi, qui me suis purifié et sanctifié par ces sacrements. Vous qui vivez et régnez dans les siècles des siècles. Amen.
Pendant quele prêtre prend les dernières ablutions, le chœur chante l'antienne de la communion, que le prêtre récite aussi, puis il dit une ou plusieurs oraisons appelées Postcommunions . C'est l'oraison d'action de grâces proprement dite ; elle est de même nature que la collecte et la secrète, et se trouve en relation avec ces oraisons. La plupart se font remarquer, comme les collectes, par leur concision théologique et la pureté de leur style liturgique ; quelquesunes de ces formules sont frappées comme des médailles. C'est presque, nous l'avons dit, du style lapidaire.
Nous choisissons au hasard :
j Pour que nous soyons rendus dignes de tes présents (la communion), Seigneur, fais, nous t'en prions, que nous obéissions toujours à tes préceptes (1). Par Notre-Seigneur.
o. Finale. — La messe est terminée ; le prêtre ou le (1) Mardi de la 2" semaine de Carême.
Corpus tuum, Domine, quod surapsi, et sanguis quem potavi adhœreat visceribus raeis : et preesta, ut in me non remaneat scelerum macula, quem pura et sancta refecenmt sacramenta. Qui vivis et régnas in saecula saeculorum. Amen,
L't sacris. Domine, reddamur digni muneribus, fac nos tuis, qusesumus, semper obedire raandatis. Per,
pontife donnait à ce moment sa bénédiction aux fidèles, et le diacre renvoyait rassemblée par ces mots :
Allez, la messe est dite (1).
Les prières . qui suivent aujourd'hui sont de date plus récente. D'abord une invocation à la Trinité :
Trinité sainte, que l'offrande de votre serviteur vous soit agréable, et faites que ce sacrifice, présenté par moi indigne à votre divine Majesté, vous soit, agréable et qu'il soit une source de grâces, avec votre miséricorde, pour moi et pour tous ceux au nom de qui je l'ai offert. Pat le Christ Notre-Seigneur, Amen.
Mais la bénédiction da prêtre ou du pontife à la fin de la messe, ou en général à la fin d'un office, est de la plus haute antiquité, du iv* siècle au moins. Voici la formule actuelle :
Que le Dieu tout- puissant vous bénisse : le Père, lé Fils et le SaintTEsprit. ^. Amen. , .
Mais la liturgie romaine a conservé au temps du Carême des formules et un rituel plus anciens et plus solennels. Ce sont les fameuses oraisons Super populum. Le prêtre invite les fidèles à la prière. Alors le
(1) Ou plutôt : allez, c'est le renvoi. Cette formule de renvoi est très ancienne. Cf. p. 117, note.
Ite, missa est.
Placeat tibi, sancta Trinitas, obsequlum servitutis mea?. et pnt'sta : ut sacriticium. quod oculis tuaj Majestatis indipnus obtuii, tibi sit acceptabile, mihique, et omnibus, pro quibus illud obtuii, sit, te miserante, propitiabile. Fer Christum Doniinumi nostrum; Amen.
Benedicat vos omnipotens Deus, Pater et Filius et Spirltus sanctus.' Ê. Amen.
EUCOLOGE d2S
diacre dit : Humiliez vos têtes devant Dieu. Les fidèles se prosternaient et le pontife prononçait une formule de bénédiction. Nous en donnerons un exemple, car ces oraisons sont très anciennes et méritent d'être étudiées.
Conservez, nous vous en prions, Seigneur, votre famille dans une piété sans défaillance ; qu'ainsi, confiante dans le seul espoir de la grâce céleste, elle soit fortifiée par la seule protection céleste (1). Par Notre-Seigneur Jésus- Christ.
Une coutume pieuse de réciter un passage de l'Évangile sur les fidèles qui le demandaient, est devenue un rite universel et quotidien aujourd'hui. Chaque messe se termine par la première page de l'évangile de saint Jean, à moins qu'on n'ait à réciter un autre évangile par suite de l'occurrence d'une fête avec un dimanche, ou avec une vigile et une férié de Carême.
Le Seigneur soit avec .vous.
Le commencement du saint Evangile selon saint Jean.
Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était dès le principe en Dieu. Toutes choses ont été faites par lui et rien n'a été fait sans lui. Ce qui a été fait, en lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes : et la lumière luit dans les
(1) Samedi de la 2» semaine.
Familiam tuam, quaesumus Domine, continua pietate custodi; ut quse in sola spe gratiae cœlestis innititur, caelesti etiam protectione muniatur. Per.
Dominus vobiscum.
Initium sancti Evangelii secundum Joannem.
In principio erat Verbum, et Verbum erat apud Deum, et Deus erat Verbmn. Hoc erat in principio apud Deum. Omnia per ipsum facta sunt ; et sine ipso factum est nihil. Quod factuBtt est, in ipso vita erat, et vita erat lux hominum : et lui in
PRIÈRE AMIQCE 15**
ténèbres, et les ténèbres ne l'ont point comprise. Il y eut un homme envoyé de Dieu, qui s'appelait Jean. Il vint pour servir de témoin, pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous crussent par lui. Il n'était pas la lumière, mais il était venu pour rendre témoignage à celui qui était la lumière. Celui-là était la vraie lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde. Il était dans le monde, et le monde a été fait par lui ; et le monde ne l'a point connu. Il est venu dans son propre héritage, et les siens ne l'ont point reçu. Mais il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu à tous ceux qui l'ont reçu, à ceux qui croient en son nom, qui ne sont point nés du sang ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l'homme, mais de Dieu même. Et le Verbe s'est fait chair, et il a habité parmi nous; et nous avons vu sa gloire, sa gloire comme du Fils unique du Père, étant plein de grâce et de vérité.
F^. Rendons grâces à Dieu,
tenebris lucet, et tenebrae eam non comprehenderunt. Fuit homo missus a Dec, cui nomen erat Joannes. Hic venit in testimonium, ut testimonium perhiberet de luraine, ut omnes crederentper illum. Non erat ille lux, sed ut testimonium perhiberet de lumme. Erat lux vera, quse illuminât omnem hominem venientera in hune mundum. In mundo erat, et mundus per Ipsum factus est, et mundus eum non cognovit. In propria venit, et sui eum non receperunt. Quotquot autem receperunt eum, dédit eis potestatem filios Dei fieri, bis qui credunt in nomine ejus : qui non ex sanguinibus, neque ex voluntate Garnis, neque ex voluntate viri, sed ex Deo, nati sunt. Et Verbum caro factcm est, et habitavit in nobis : et vidimus gloriam ejus, gloriam quasi Unigeniti a Paire, plénum grali;e et veritatis.
ft. Deo gratias.