‹ Le livre de Marco PoloChapitre 126 sur 357 · CHAPITRE CL · texte numérisé non relu

CHAPITRE CL

grant quantité ; et vivent de mestiers et de marchandises. Ilz ont grant planté de soie dont ilz font draps à or et autres. Elle est moult grant cité, et a bien de tour .lx. milles. Et si v a si grant planté k de gent que l'en n'en puet savoir le nombre. Et se ceulx de celle cité et ceulx de la contrée du Mangy feussent gens d'armes, ilz conquesteroient tout ' l’aultrc monde ; mais il/, ne sont point hommes d’armes, ains sont marchans et gens moult soubtilz 4 de tous mestiers". Et si a en cestecité moult de philosophes et moult de mires '. Et sachiez que en celle cité a .vj. mille ponts ', tous de pierre, et passe bien, soubz chascun pont, une galée * ou deux (a).

*» Ms. C. quantité. — c Ici. ilz conques ta s sent très tout. — «l Ms. A. soublis (habiles). — • Ms. C. ars. — t Ms. B. Le ms. A. pons.

1 Médecins. — * Galère, navire.

Sou-tcbeou qu’il a voulu désigner. L’histoire officielle tics Mongols ( l'uen sse, k. 62, fol. 3) donne au circuit de P*fng-kiàng (ou de Soutcbeou ) une population de 466,158 familles., et de 2,433,700 bouches enregistrées et soumises à la capitation ; ce qui répond bien à l’assertion de Marc Pol : qu'il y a si grant planté de gent que l" on n'en puet savoir le nombre.

(2) l,a Géographie impériale citée décrit aiqsi les habitants de Sou-tcbeou : * Les hommes dis- « tin gués dans les lettres et les fouctions civiles «t ( Kiun-tse ) sont pleins d'urbanité (c'est-à-dire: « très-observateurs des lois de la politesse et des n cérémonies) ; et la foule du peuple n'est guère « moins attachés' à ces usages. Les moeurs sont « généralement très-pures. La doctrine du Tao m (de Lao-tseu) y est florissante. Ce département « est une vraie pépinière de lettrés (ssé /où youdn « sèou). Son territoire n’est pas très-étendu ; ses •> habitants sont très-actifs , très-diligents, mais « aussi très-peu économes ou parcimonieux. Ils n sont vains, mais braves, et aiment la prodigan filé. Tels ils étaient autrefois, tels ils sont en- «t cure maintenant » (k. 41, fol. 4).

La ville de Sou-tcbeou actuelle a 45 li (quatre lieues et demie) de circonférence, six portes par terre et cinq par eau, un canal environnant son mur d’enceinte, lequel canal fut creusé sous les Thàng en 875. Il fut recreusé sous les Mongols, et réparé sous le règne de Khang-hi.

La ville de Sou-tcbeou est une des plus belles et des plus agréables villes de la Chine. Les européens qui l'ont vue la comparent à Venise, avec celte différence que Venise est dans la mer, tandis que Sou-tcbeou est construite au milieu d’une quantité de cours d’eaux qui prennent leur source ou qui se perdent dans plusieurs lacs environnants.

Cette ville fait un grand commerce, non-seulement avec toutes les provinces de l’Empire, mais encore avec le Japon. Tout ce qui peut servir aux commodité-s de la vie s’y trouve en abondance (*). C’est aussi l’une des villes chinoises où il y a toujours le plus de lettrés, où il se publie le plus de livres, et où ces derniers s’impriment au meilleur marché. Cependant, avant la révolte des Tai-ping, qui occupent aujourd’hui Ndn-king (dévastée par eux et rendue déserte), les éditions de livres chinois imprimés dans cette dernière ville étaient plus recherchées des lettrés, parce que celles de Sou-tcbeou , quoique peut-être plus élégantes, n’avuient pas le cachet classique de celles de Ndn-king. Nous possédons plusieurs ouvrages chinois publiés dans ccs deux villes.

I.e P. Martini, dans son Nouvel Atlas sinensis (p. 101) dit : » Maxima hicomuis generis mercium

(•) 0o an qu* Im t>a»d,« fl—na Ta i-p img ont , dan, r*a drrnlèrn année*, pria «l airrogt rfl» tlrt* riM, d'un* population d'un million d'tmaa, et n’y ont lalui que de, ruine*.

Et es uiontaignes de ceste cité croist reobarbe 5 et gingembre aussi à grant planté ‘ ; car, pour un gros venicien, en auroit on bien ,lx. livres \ Et a, ceste cité, soubs 1 sa seigneurie, .xvj. grans cités qui sont moult bonnes et bien marchandes (3). Et le nom de ceste cité Siguy vault à dire en françois : « la terre » ; et une autre cité, qui est près de cy, qui a nom Quinsay, vault à dire : « le ciel », de laquelle nous vous conterons cy avant ; et ces noms ont elles pour leur grant noblesse (4).

Or nous partirons de Siguy et irons avant à une autre cité qui a nom Vouguy (5) ; et est loings de Siguy une journée, et est moult

* Ms. C. en grant habotulance, — h Le ms. C. ajoute: de gingembre frez qui moult est bon. — • Ms. A. dessoubz sa seignourie,

■* Rhubarbe.

•• copia est, auri, inusrhi, byssi, pnnnoruni seri- *' oonim auro argentoque iutertextonnn ; ex

- quibus singulis Irimestribux, ut ex Kiang-ning « quinque majores naves regiir a«i Impcratorrrn

holoscrica (velours), variaque pnrtbsa riinelii “ (objets précieux) déferont. Gens lucc prtv ra*- « teris etiam Sinis cul tus in vrslibus ac rapillis,

” ac vil» polirions amans est; bar tlt-uique ilia •• al urb», quatu M. Paulus, Tartarorum more,

» Singui vorat : quod palet imprimis , quia ail " orientalem ripnm Kiaug Üuininû illam pouit; tleinde quia a Chinkiangfu ahcxse ram suit tri-

- dui iter, ha*c auteui ab eo ita promus distal ;

- tertio, a Singui Quinsai nohili&dmaui urbetn « dislare scribit spalio iliueris quiuque dieruni :

• et vere, ilia enim urbs, quaui Quiusai appelait

• t'eue tut, ab bac codent dixlat inlervallo. ■ L’ideutilé de la ville nommée Singui par Marc Pol avec Sou-tcheou est donc bien démontrée.

Quant aux six mille ponts de pierre qui existaient, selon Marc Pol, dam la ville qu'il décrit, la Géographie impériale i,k. 42, fol. il- 5) n'eu énumère que trente-sept Importants dam tout le département de Sou-tcheou ; mais on comprend que dam uue ville d’une étendue aussi considérable, coupée de si nombreux canaux, le nombre des ponts ordinaires devait être très-grand, quoique celui de six mille nous paraisse exagéré.

I.a version latine de la Société de Géographie porte : - Ista miln lia bel bote mille sexcentos

pontes lâpideos su b quibus transirct una galea. » Le texte italien le pim ancien : Il Mî/iane (Kd. Baldclli, p. 1*17), porte : « E sappiatc rhe in questa ciltà hae bene seimilia ponti di pie ira , che vi passerebbe solo una galea. • Le texte français de la Société de Géographie porte le même nombre de six mille , qui est donc la plus ancienne leçon.

(3) Selon le Yutn tse (k. 62, fol. 3), la ville de P'ing-kiang (.ultérieurement et depuis : Svutchcou ) n'avait sous sa juridiction que quatre » arrondissements » et trois •• cantons » , lesquels toutefois pouvaient bien comprendre seize villes de secuud et de troisième ordre.

(4) Marc Pol sVst trompe eu disant que Siguy (ou Sou-tcheou) signifiait en français « la terre «; comme Quiusay (Uang-tcheou , dont il va être parlé dans le chapitre suivant) signifiait « le ciel ». Il aura mal compris un ancien proverbe chinois qui dit : « Eu haut il y a la salle splen- « dide du ciel ; en bas il y a Sou-(tcheou) et ■ Uang-(tcheou ) (*). » Ce qui veut dire que les deux villes en question sont le - Paradis de la terre ».

(5) ÿj^Jj Hou-tcheou , aujourd’hui cheflieu du déjiarlemrut de ce nom, de la province de TchéJuértg (lat. 30° 32’ 48"; long. U 7° 30'

■ I Ïj X-'K'V ÏjIÏ H

Chèll£ je.ii» Ihirn ilutng ; h la y nu Soû Hâng.

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