‹ Le livre de Marco PoloChapitre 130 sur 357 · CHAPITRE CLI · texte numérisé non relu

CHAPITRE CLI

cité de Quinsay est si grant ([u’elle a bien cent milles de tour. Et si y a .xij. (douze) mille pons3 de pierre si haulx 4 que par dessoubz passerait bien une grant navie'. Et ne se merveille 3 nulz se il y a tant de pons ; car je vous di que la cité est toute en eaue et environnée d'eaue ; si que pour ce convient il que il y ait maint pont pour aler par la cité (4).

f Ms. B. Navire. — « Ms. B. loue; ms. C. raue.

3 Ponts. — 4 Hauts, — 5 S'émerveille, s'étonne.

l'impératrice des Soung, adressé à Pf-yèn lorsqu’il se présenta avec son armée devant Linngàn pour s’en emparer.

(4) Selon la Géographie impériale (k. 173, fol. 5', les murs de la ville actuelle de Hàngtchtou n'ont que 35 ti it quelques fractions, de circuit (trois lieues et demie) ; dix /tartes par terre et y notre par eau. Mais il est Ircx-proliahle que, du temps de Marc Pol, cette ville, qui avait été pendant plus de cent vingt ans la capitale des Soung, récemment conquise, devait avoir une étendue beaucoup plus considérable, y compris les faubourgs, qui sont souvent aussi grands que les villes auxquelles ils appartiennent.

Selon la même Géographie (k. 173, fol. 26) la 28* année chao-hing (1158) on ajouta des murs d'enceinte à la ville intérieure, et on en construisit aussi au sud -est de la ville extérieure , pour former une annexe à l'ancienne ville. I.a « ville intérieure - fut alors nommée ville impèriale ( hoàng tching). Celle-ci avait neuf li (environ uuc lieue) de circonférence.

Selon la Description spéciale de U ville même (Foù-tcfii) citée dans la géographie précédente (ib.), la 19* année tchi-lching (1359) on icpara, en les fortifiant, les murs d’enceinte de la ville, dont la circonférence était de 0,400 teh'ang ou perches (23 kilomètres 564 mètres). C’est une circonférence de près de six lieues ceinte de murs. C’est déjà une belle étendue. Avec les faubourgs cette ville pouvait atteindre 100 li ou 10 lieues.

Quant aux douze mille ponts de pierre, il est difficile de ne pas supposer qu’il y a dans ce chiffre uue grande exagération. Toutefois le plus aucien texte italien, dit de la Crusca, traduit du français, porte aussi dodici mi/a jwnli di pie'.ra (Baldclü Boni, t. I, p. 140) et le Codex Ricc n-

dianus porte également : pontes lapideos duo, U iim mi/lia. Marc Pol suit sans doute ici le document de l'impératrice dont il a été question. La Géographie impériale (k. 174, fol. 1) n’en énumère que vingt et un comme étant les plus remarquables.

On lit dans la traduction française de Y Atlas sinensis du P. Martini (éd. de Blaeu, p. 134) :

« Pour venir de plus près à la question et à notre sujet, c'est bien cette ville qui a une infinité de pouts fort hauts, daus la ville et dans les fauxlwurgs. Le Vénitien ( Marc Pol ) en compte dix mille, et en cela il ne s’éloigne pas beaucoup de la vérité, s’il y comprend les arcs triomphaux que le Vénitien a pu faire passer pour des pouts, à cause des voûtes; de même qu’il a appel lé des tigres des lions, quoiqu'il ne se trouve point de ccs derniers animaux dans toute l’Asie (c'est uue grande erreur), non plus qu'en cette province ; à moins qu'en faisant le compte de dix mille pouls, il n’ait pas voulu seulement y comprendre et mettre ceux de la ville et des faubourgs, mais aussi y ajouter tous ceux du pays ; et pour lors, il aurait bien pu en augmenter aisément le nombre (ce qui pourrait peutêtre paraître incroyable à ceux d'Europe) à cause de la quantité de pouls et d'arcs triomphaux qu’on voit partout. Pour confirmer la vérité de ce que je dis, c’est qu’il y a un lac de quarante milles d’Italie, et qui se nomme Si-ftu ; car, bien qu’il ne soit pas dans l'enceinte des murailles, toutes fois il ue laisse pas d’y passer, encore qu’il vienne de fort loin, savoir du couchant au midi. C’est de ce lac qu’on fait eutrer nombre de canaux dans U ville, et dont les deux côtés sont tellement garnis de temples , de monastères, de palais, de salles d'études et de

Encore contenoit ledit escript que en celle cité avoit douze maniérés de divers mestiers. Et pour chascun mestier avoit .xij. (douze) mille maisons" où ceiilx qui ouvraient6 demouroient. Et en chascune maison avoit .x. (dix) hommes du moins ’ ; et en telle y avoit .xx. (vingt), et en telle ,xl. (quarante). Mon pas qu’il/, lussent tous maistres, mais menestereux', (pii font ce que le maistre commande. Et tout ce avoit bien mestier 8 ; car de ceste cité se fournissoient maintes autres cités de la contrée.

Et si contenoit encore ledit escript que il y avoit tant de marcliatis et si riches, qui faisoient tant de marchandises et si grans, qu’il n’est homs qui la vérité en sceust dire pour la grant quantité qu’il y a. Et sachiez que les maistres des mestiers qui estoient eliicfs des maisons, 11e leurs femmes, ne touchoient riens de leurs mains; mais demouroient si nettement 9 et si richement, comme se ilz fe lissent IO roys. Et estoit estably et ordonné de par le rov, que nulz 11e feist 11 autre mestier que celluy de son pere, et eust 1:1 tout l’avoir du monde (5).

L Ms. C. es tançons, c’tst-à-tJire, .xij. mille maisons. — * Ms. B. vaUis menestraux ; ms. C. menestrelz (conire-inaîtres). — J Ces deux mots manquent dans le ms. A.

6 Tra t'a illaient. — 7 Au moins. — 8 Etait bien occupé. Le ms. B. ajoute : en ladite cité. — 9 Proprement. — 10 Eussent été. — 11 Fit. — »* Eût-il.

maisous bourgeoises, qu’il n'y a personne qui ne croye estre plustût dans la ville qu’aux champs. De plus les deux côtés sont partout revêtus cl pavés de pierre de taille carrées, où il y a une allée fort spacieuse pour s’y promener commodément et à l’aise. Il y a aussi des chemins à travers ce lac. Pour y entrer il faut passer sur quantité de ponts, sous lesquels il y a aussi des navires qui passent ; c’est pourquoi le Vénitien les a peu aisément mettre au nombre de ceux de la ville. »

Le même P. Martini ne trouve pas que Mare Pol ait donné trop d’étcudue à la ville de Quinsay ou üang-tcheou, car il dit (lieu cité) : « Î1 y a ceci de plus, c’est que cette ville a de circonférence plus de cent milles d’Italie, si vous y joignez les fauxbourg» qui sont fort grands qui s’avancent et s’étendent fort loin de côté et

d’autre ; c’cst pourquoi vous pourrira bien faire cinquante stades chinoises ( cinq lieues) eu vous promenant tout droit, du nord au midi, et passant toujours par des rues fort habitées et peuplées, sans y remarquer aucune place qui ne soit haxtie, ni aucune maison qui ne. soit occupée ; vous pouvez faire le même chemin de l’occident au levant. »>

(&) Le texte français publié par la Société de Géographie porte : • Et se il avesse cent mille « bcsanz ne poroit fair autre ars qe son pere «• avoit fait. - L’édition pittoresque, traduite, soi disant, en français moderne, dit : à moins ifu il ne Jïü riche de cent mille besants. C’est là un contre-sens palpable. La traduction latine publiée par la même Société n’est pas équivoque, et aurait pu aider le traducteur : ■ El est « ibi una talis ordinalio quod miliua potesl fa-

CHAPITKE CLI

Et a dedens la cité un grant lac qui a bien .xxx. (trente) milles de tour (6). Et tout entour ce lac a moult beaux palais et moult belles maisons, et riches, qui sont de gentilz hommes

« cere aliam art cm, nui quant fecit pater tuus, « si suum xaltrtl centum miltia bizantis * (pp. 426-127). 11 n’y avait donc point de privilège pour la richesse.

(C) Le lac dont il est ici question est le lac Mfôj Si-hotl, m lac occidental ", par rapport

it la ville. La Géographie impériale (k. 173, fol. 18 v*), en parlant de ce lac, n’en fait pas connaître retendue. Il y est dit qu’à l’époque où le célèbre ministre réformateur des Soung, Sou- c/té, était préfet de Hâng-tchéou, il fit construire une longue chaussée au milieu du lac, pour servir de voie de communication, laquelle chaussée comprend six ponts. On lui a donné le nom de « Digue ou chaussée publique de Sou », du nom de son fondateur. Voici de quelle manière eu parle Barrow, qui faisait partie de l’ambassade de lord Macartnry :

« Après avoir navigué une grande partie de la journée, à travers une forêt de mûriers plantés avec beaucoup de régularité, nous arrivâmes le 10 novembre (1793) à Hang-tcheou-fou , capitale de la province de Tché-kiang. Ici le bras du canal qui communique avec le Ya/ig-tsrkiang se terraiuc en un bassin vaste et commode, qui, à notre passage, était rempli de jonques cl de bateaux. De ce bassin sortent plusieurs petits canaux qui passent sous des arches,

traversent la ville dans differentes directions, et se jcltcut au-delà des remparts, c'est-à-dire du côté du couchant, dans un lac qu’on appelle le

Si -ho u.

« La beauté naturelle et artificielle de ce lac surpassait de beaucoup tout ce qui avait jusqu’alors frappé nos regards en Chine. l.<cs montagnes qui l'environnaient étaient fort élevée*, variées dans leurs formes et extrêmement pittoresques ; et les vallées remplies d’arbres de différentes espèces, parmi lesquelles nous en remarquâmes trois singulièrement frappantes, nonseulement à cause de leur beauté intrinsèque, mais par le contraste qu’elles formaient avec le reste de la forêt. Ce* trois sortes d'arbres étaient : le camphrier ( laurus eamphora), l'arbre

à suif ( croton sebiferum), et l’arbre de vie ( thuya orirnta/is). Le feuillage clair et brillant du premier, entremêlé avec les feuilles pouq»rées du second, et dominé avec le vert très-foncé du grand et majestueux arbre de vie, produisait un cfTet très-agréable à la vue. O qui nous rendait ce paysage encore plus intéressant était la variété singulière de plusieurs monuments consacrés au repos des morts, et placés sur la déclivité des coteaux voisins. Là, ainsi qu’on le voit ailleurs, le cyprès mélancolique croissait pré» des tombeaux. Plus liant, on avait ouvert de allées dans les bois où étaient construits de petits édifices peints eu bleu, avec des colonnes blanches. Nous reconnûmes, en les examinai)!, que c'étaient aussi des demeures des morts. Des cercueils nus et d’une éjyaisstiir extraordinaire étaient déposés çà et là sur la terre.

« Le lac s’étend des murs de la ville au pied des montagnes, et forme divers bras qui arrosent de nombreuses vallées, couvertes d’arbres. Nonseulement il procure de grands avantages aux habitants de Üang-ichtou-fout mais il est le théâtre de leurs amusemeuts. A la vérité, ces amusements, qui consistent, en grande partie, à se promener en bateaux , n 'appartiennent guère qu’à l'un des sexes. Peu de femmes, excepté celles qui trafiquent de leurs charmes, se joignent à ces parties. «

Le lae Si-hoù est le plus célèbre de la Chiue. Il a été le sujet d’uue foule de traditions et de récits plus ou moins extraordinaires, qui n’ont cessé de défrayer l’imagination des poètes et des romanciers chinois. Celui qui écrit ces lignes en

possède une Description, intitulée : WîS

- I , Si'-hoti-fclu, formant 20 volumes in-4* «Li*1

chinois, rédigée par 47 grands mandarins, et publiée sous le règne de l'empereur Yoùng iching (en 1735). L'impression en est d'une grande magnificence, et l’ouvrage est orné de 1 00 vues très-finement gravées sur bois; il forme 48 kiouan ou livres. Aucun ouvrage européen ne peut en donner l’idée.

Les deux premiers livres sont consacrés à dé-

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de la cité. Et y a moult d'abbaies et d’eglises de idolastres \ Ou milieu de cellui lac ' a deux isles ; et y a sur cliascune un palais bel et moull riche et moult grant, qui send)le estre palais d'empereur”. Et quant aucuns de la cité vouloit “ faire aucune grant feste , si le faisoient en ce palais ; car ilz y trouvoient appareillie ,3 vaisselemente 14 d’argent, et instrumens, et tout ce qui à ce a\oit mestier ”. Et y ce pourveoit ,5 le Roy, pour honnorer sa gent; et estoit à cliaseun commun, qui feste vouloit faire p.

Es maisons de cesle cité avoit hautes tours de pierre où l’en mettoit les cliieres 16 choses des maisons pour la double 15 du feu ; car leurs autres habitations sont de bois1.

k Aïs. A. idlcs. Ms. C. ydrts. — 1 Ms. À. Enmy lieu de ce lac. — “ Ms. B. et riche comme palais d'empereur. — n Ms. B. veut/, au présent; c’est une faute. Il est question de ce qui avait lieu dans cette capitale avant la conquête mongole. Les deux textes «le la S. G. sont aussi fautivement au présent dans ce passage. — ° Ms. B. tout ce qui fait mestier à faire une feste solempneUement. Le ms. C. est confus et diffus. — P Ms. B. et est à chascun commun ledit palais , qui feste veult faire. Ces dernières phrases si curieuses manquent dans le ms. C. et dans toutes les éditions connues. — 1 Le ms. C. dit :* En-

• core y a par la cité moull de beaulx hostelz esquelz a grauz tours et haultes, et de « belles pierres; auxquelles tours se portent les hnrnoir. de la cité et des gens, «{liant

• le feu se prent en la cité; car moult souvent y a feu par la cité çâ et là à cason « (maison de bois, échoppe) , car il y a moult de caran (népliçrnce) en leur labour. »

*3 P ré f ta ré. — *4 l'aisselle. — Le Roi pemn-oyait à tout cela, — ,6 Chèies. — *7 Crainte.

crire le régime économique des eaux » et les profits que l'on en tire. Le 3* et le 4* livres renferment 100 belles - vues » finement gravées, avec un texte explicatif. Les livres S et 0 sont consacrés à la « description des montagnes et « des eaux » ; le 7* aux » digues et chaussées .le 8* aux » ponts »; le 9* aux » jardins et kiosques *; les livres 10 à 13 décrivent les nombreux ■ temples et monastères » qui sont construits dans l’intérieur et autour du lac ; les livres 14 et 15 sont consacrés à décrire les salles destinées aux sacrifices; les livres 16, 17 et IS sont employés à décrire tous les monuments ou restes de l’untiquilé ; les livres 19, 20 et 21 renferment des notices sur tous I» sages illustres qui ont habité le pays; l«a livres 22 et 23 décri-

vent les « choses étrangères à la contrée » ; le livre 24, les « productions du pays ■; les livres 25 et 2G sont consarrés à décrire les - tombeaux » ; les livres 27 et 28, les « tablettes monumentales en pierres portant des inscriptions » ; le livre 29 renferme des - compositions - sur des sujets relatifs aux scènes décrites; le livre 30 est consacré à « récriture et à la peinture «* ; l«*s livres 31-42 sont consacrés à la « littérature », c’est-à-dire, principalement aux pièces de vers anciennes et modernes inspirées par 1rs scènes des lieux décrits. Les livres 43 et 44 renferment des éloges en vers; les livres 45 et 46 sont consacrés à des sujets » qui n’ont pas été compris dans les divisions préctnleules »; et enfin, les livres 47 et 48 renferment des » mémoires étrangers ».

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