‹ Le livre de Marco PoloChapitre 131 sur 357 · CHAPITRE CLI · texte numérisé non relu

CHAPITRE CLI

Les gens sont idolastres ' ; et, depuis que le grant Kaan les conquesta, ont monnoie de charte. Et sachiez que ilz menguent 18 de toutes chars *9, de chien et d’autres vilz bestes, que crestiens ne inengeroient en nulle maniéré. Et sachiez que depuis que le grant Kaan ot la cité , il ordonna que chascun des douze mille pons feust gardes, par jour et par nuit, de dix personnes, pour ce que nulz n’y feist mal, ne ne feust si hardis de penser Irahyson ne relèvement' contre luy. Encore sachiez que dedens ladite cité a un mont sur lequel a une tour ; et sur celle tour une table de fusl 30 ; et toutes fois que feu ou autre double ' estoit en la cité, si avoit un homme atout31 un martel en la main, qui féroit 33 sur laditte table, et estoit ois 35 de moult loings Si que quant on ooit” cette table sonner, chascun savoit certainement que il y avoit feu en la cité, ou autre besoiug (7).

Et sachiez que le grant Kaan fait moult bien garder celle cité pour ce que elle est chief de la contrée du Mangy (8); et pour ce qu’il y a moult grant avoir et moult grant trésor des droitures 3* des marchandises que l’en y fait, dont il y a si grans rentes qu’il n’est nulz qui l’oïst 35 dire, se il ne l’avoit veu, qui le deust 36 croire.

r Ms. À. idles ; ms. C. ydres . — s Ms. B. rébellion — soulcs’ement. — 1 Ms. B. fffrojrj ms. C. ru mou r. — u Ms. B. un homme , qui là estoit ordonné , tenait un martel en sa main dont il féroit sus laditte table si fort qu il estoit ors de moult loings. — T Ms. B. ouoit r= entendait.

'* Mangent. — >9 Chairs. — *° Bois.— ** Avec.— 7 * * * 11 Frappait , de ferire. Ms. C. fort, au présent. — ** Entendu. — >4 Droits de fabrication et de douane. — L’entendit. — *6 Put.

(7) Le P. Martini {lieu cité) parle d’une tour qui pourrait bien être celle de Marc Pol, ou du moins celle qui l’aurait remplacée avec une semblable destiuatiou : « Dans l'enceinte des murailles de Hang-tcheou , il y a une moutagne qui se nomme Ching-hoang , qui est au midi, où l’on voit une tour avec ceux qui la gardent ; les heures s’y marquent par le moyen d’une horloge à eau. 11 y a un cadran qui les moutre ; les lettres de ce cadran sont dorées et ont bien un

pied et demi de longueur. »

Selon la Géographie impériale (k. 173, fol. 6), il y a, dans l’enceinte de la ville de Hàng-tcheou,

à l’angle sud-ouest, une • montagne - que l’on

nomme Ou ( Ou-chân), sur le haut de laquelle

il y a des enfants qui sont rangés comme pour assister à un sacrifice. Il n'y est pas question de clepsydre ; celle-ci devait être placée ailleurs.

(8) llâng tcbeou était effectivement, comme on l’a vu précédemment , la ville capitale de la dynastie des Soung, depuis le règne de l'empereur Kao-tsoung\ et c’est pourquoi on la nommait King-ssé. On voit par là qu’au nombre des quatre langues orientales que Marc Pol avait apprises (v. p. 23, n. 2) ne se trouvait pas le chinois (ce qui, d'ailleurs , peut se conclure de beaucoup d'autres circonstances), car il n'aurait pas dit que le mot Qui ma y (Kiug-aé) signifiait en français Paradis.

Et sachiez que toutes les rues de la cité sont pavces de pierres, et aussi sont luit li chemin de la contrée du Mangy ; si que on y puet hien chevauchier et aler partout nettement. Et se ne feust ' le pavement, on n’y pourroit mie ausiement 7 chevauchier ; car le paîs est moult bas et plain *, et il y a moult parfont quant il pleut.

Encore sachiez que en ceste cité de Quinsay a bien trois mille bains qui sourdent de terre (9), de quoy les gens ont moult de délit ’7 et de netteté18. Et est la mer Occeaneà .xxv. (vingt-cinq) milles près de ceste cité que on appelle Gunfu (to). Et y a moult

* Ms. B. n estait.— y Id. bonnement {ausiement = pareillement). — * Ms. A. Le ms. C. dit : Et pour ce que la province du Mangy est si angoisseuse, si que se ce ne feust que les voies sont toutes pavées : cest là où l'en fait besoin gne, f en n'y pourroit aucune fois chcxauchier, ne aler ne à pie ne à cheval .

Le ms. B. dit : il en a si grans prouffis que nuit ne le pourroit croire que veu ne l'aurait. Le ms. C. ajoute : et aussi que ils se doublent (ils craignent) que il ne se rebellassent , comme dans le texte de la S. G. — *7 Plaisir. — Propreté. Le ms. C. dit : où les gens se baignent et prennent grant deliz; car il y l'ont moult souvent ; car sachiez que ilz se baignent une fois bien à aise / dus de .c. personnes tout ensamble.

(0) La Géographie impériale (k. 173, fol. 24- ?â) cite une dizaine de sources sur lesquelles elle donne des détails quelquefoi» mêlés de merveilleux.

(10) Kdn-phoît, « crique, anse,

petite baie ». C’est aujourd’hui Kdn-phou-tchin , place maritime fortifiée pour la défense des côtes, située à 18 li (près de deux lieues) au sudest de la ville cantonale de U aï-yen (« saline de mer u), du département de Kia-hing, province de Tché-kiâng (lat. 30° 35'; long. 118* 20 ). Elle fut fondée sous les Soung. Le fort était situé à 36 li (3 lieues 1/2), au sud de la ville cantonale. Au commencement de la dynastie des Ming (vers 1370), on y établit une « Direction douanière ». Ensuite on la changea, et on fit de Kdn-phoit une place de défense commandée |»ar un chef de mille familles. La place fut alors entourée de murailles de huit li de circuit (moins d’une lieue). La « Direction douanière » ayant été transportée à la station de la montagne Thsinchou, on conliuua de l’appeler « Direction doua-

nière de la place de Kdn-phoù - {Ta thsing i ihoung tchi , k. 175, fol. 13 verso).

« Le port de Kan-phou, dit Klaproth {Recherches sur les ports de Gampou et de Zaitfioum, dans le Journal asiatique, année 1824), autrefois si florissant, est à présent engorgé par les sables ; il se trouve par 30° 28' lat. N. , et 117* 47' long. E. , dans le territoire de Hai-hanhian, ville du troisième ordre du district de Kiahing-fou , dans la province de Tchc-kiang ; il est éloigné de Hang-tcheou-fou de 12 lieues géographique* E. N. E., et de 36 ly (à peu près trois lieues), sud de Hai-yan-hian. 11 est situé sur la côte septentrionale de la baie appelée Sankiang-kheou , formée par l'embouchure du Tcliekiang , qui donne son nom à toute la province, et qu’ou nomme aussi Thiian-lhang-kiang. Une petite rivière veuaul de hai-yan-hian se jette dans ce port, dont les eaux s’étendent jusqu’il la frontière S. U. du territoire de celte ville ; devant le port se trouve le passage de Wou-toumen, outre deux rochers de la baie.

« Kan-phou servait déjà, en 306, de mouil-

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