‹ Le livre de Marco PoloChapitre 140 sur 357 · CHAPITRE CL1I · texte numérisé non relu

CHAPITRE CL1I

Et puis que je vous ay dit du sel, si vous diray des autres choses et des marchandises; du droit qu’elles paient au grant Kaan. Sachiez que ont fait moult grant planté de sucre en ceste cité, et es appartenances. Et aussi fait on es autres .viij. (huit) parties de ceste contrée; si que, je croy qu’en tout l’autre monde, n’en fait on autant comme on fait en ceste contrée ; non la moitié, se dient pluseurs gens en vérité. Si paient au grant seigneur (pour) cent pesant, trois pois; et de toutes marchandises aussi; et de tous mestiers ; et du charbon, dont il y a grant quantité; et de la soie dont il y a si grant habondance que c’est merveilles : de chascun cent on paie dix pois au grant seigneur *. Si que ces choses montent

«Ms. B. — • h Le ms. C. est plus explicite. Il ajoute: «Et toute/, espiceries si paient .111. (trois) et tiers par sentenars ( pour cent); et toutes marchandises aussi ; et du vin qu’il font du ris et d'espices; et du charbon se paie aussi moult grant droit; et de tous mestiers aussi, dont il en y a si grant quantité que ce est merveilleuse chose; et se paie .X. (dix) par sentenars. • Il en est ainsi du texte de la Société de Géographie , que le ms. C. parait avoir suivi.

ou quantité de dix mille. Or, selon Mare Pol lui-méinc, un lomman d’or valait soixante et dix mille « saies (for » , lesquels, multipliés par quatre-vingts tommaru, donnent un produit de 5,600,000 saies ou poids d’or ; ces saies ou poids d’or valant plus d’un florin d'or, il s’agit de déterminer cette dernière valeur.

« 11 fiorino, dit 4e comte fialdelli Boni {Il

■ âJitione di Marco Polo, t. I, p. 144), era la « moneta d’oro che batlevano i Fiorentini, e che

■ avea corso in tutta Europa e Levante, com- « minciô il comunc a battere detta moneta

• nel 1252. La bonté ddl’ oro cra a ventiquat- « tro carali ed il peso d’ogni fiorino cra di un'

• ottavo (fonda ». Et ailleurs (t. II, p. 342, n. 636) : « Il fiorino è lo xecchino veneto, od « anche per ducato dee intender&i lo stesso zec- « cliiuo. -

Le aequin vénitien actuel vaut 11 fr. 10 c. Le saie, dans l’italien saggio , est nommé saïga dans la loi salique. En comptant le saie ou saggio à 1 1 fr. 70 c. de notre monnaie, chaque toman de saies d'or équivaudrait à 819,000 fr. ; et les 80 tomdns, i 65,520,000 fr. ; ce qui ne différerait pas beaucoup du chiffre donné par les An-

nales officielles de la dynastie mongole, traduites ci-dessus ; chiffre qui est de 50,400,000 francs. 11 est plus que probable que cette différence de 15,120,000 fr., trouvée en plus dans l'énumération de Marc Pol, provient uniquement de l’évaluation du saie (t or, que nous aurons portée trop haut; il ne faudrait l'évaluer qu’à 8 fr. 92 c. 85 w. pour obtenir, des 5,600,000 saies d'or , la même somme de 50,000,000 fr., produit annuel de la vente du srl dans le gouvernement de Hàng-tcheou , du temps de Marc Pol. Dans tous les cas, la concordance des laits rapportés par notre voyageur, avec les Annales officielles des Mongols de Chine, est on ne peut plus remarquable ; et elle prouve que Marc Pol n’en a pas imposé à ses lecteurs en disant « qu'il « fut plusieurs fois envoyé par le grant Kaan « pour voir (ou vérifier) le compte des recettes n (en impôts de diverses natures) que cette pro- « vince de Udng-tcheou rendait annuellement « au trésor. » Le fait ne peut pas être maintenant douteux. Aucune preuve plus frappante de la véracité scrupuleuse de Marc Pol ne pouvait être fournie, et nous sommes heureux d'avoir pu la produire d’une manière aussi authentique.

en si desmesuré nombre de monnoie, que c’est impossible chose à croire, combien ceste .ix'. (neuvième) partie de ladilte contrée du Mangy vaull chascun an (a).

(2) Selon l'histoire ofTicielle de U dynastie mongole de Cbine (k. 74, fol. 5-7), les droits sur les produits provenant « des montagnes, des

• forêts, des rivières, des étangs; sur l'or, l’ar-

• gent, les pierres précieuses, le cuivre, le fer, « le vif-argent, le cinabre , certaines pierres ■ précieuses, le plomb (yuên), l’étain (jf», l’a- « lun (Jan ), le nitre (si do), le salpêtre (Adn), le » bambou et le bois, ainsi que d’autres matiè- « res analogues que le ciel et la terre prndui- « sent naturellement, doivent rapporter tm

• certain prolît à l’Etat ; mais toutefois il en « est parmi eux qui doivent être abandonnés « en propre à la population soufTrantc. »

Les historiens officiels entrent ensuite dans les détails des différents droits imposés sur ces matières, avec indication des localités qui les produisent ; nous ne pouvons les traduire ici intégralement. Nous dirons seulement que ces droits varièrent très-souvent , selon les ministres des finances en fouetions, lesquels cherchaient ordinairement à faire produire à l'impôt le plus qu'il pouvait produire, sinon au delà. Aussi ces historiens officiels, moins favorisés que Marc Pol, disent-ils qu'ils ne peuvent donner le monlaut du produit annuel de ces impôts, les Pièces et Registres leur faisant défaut (/£., fol. 0, v*), que pour la lr* année thien-li (1328 de notre ère) seulement, lorsque Marc Pol avait quitté la Chine depuis trente-sept ans.

Ce» droits n'étaient pas considérables, mais il y avait beaucoup d’autres branches de revenus pour le trésor. On a vu ci-dessus le uioutant annuel de Vimpdt en nature prélevé dans les divers gouvernements de l’Empire ; le produit eu argent du s cl, pour le seul ■ Gouvernement de Ktdng-tchè », porté à plus de 50 millions de francs; et (page 4Ü4) celui du « Gouvernement des deux Hoaï », porté à 48 millions. Nous avons fait connaître aussi (p. 343) le produit annuel de l'impôt sur les boissons, qui était de plus de 35 millions de francs ; et celui sur le thé (p. 344) qui s'éleva successivement jusqu’à plus de 21 millions de francs. Voici rémunération des autres impôts.*

Selon l’Histoire officielle des Mongols de Chine ( Yuen-sse , k. 93, fol. 2), les branches d’impôts et objets divers, produisant un revenu |>our le Trésor, étaieut au nombre de dix-neuf, classées ainsi :

1* Cote foncière (king-ù) ;

2° Culture des terres et des mûriers (jtoùng-

•Sng) ;

3e L’impôt eu nature et en argent ( c/uiuî -

HSng) J

4° L’impôt pour les examinateurs publics ( bd-tchâî ) ( voir page 513) ;

5° Transports par eaux (hii-yûn) J

C® Papier-monnaie ( tchâo-Ja ) ;

7° Produits divers annuels (ion-Po) ;

8® L’impôt sur le sel (jin-Ja) ;

9® L'impôt sur le thé (tchâ-ja) ;

10* L’impôt sur les boissons (tsieou-iiiï-A‘6) ;

11° L'impôt sur les marchandises (change c/ioûï) ;

12'* L’impôt sur les marchés et les navires qui abordent aux ports maritimes ou qui en sor„ lent (douane») ( chi-pë ) ;

13° L'impôt prélevé en dehors des taxes lues

(ghë *aî hfo) ;

14° Les dons annuels (sôuï-tsé) ;

15e L'impôt en nature pour les émoluments des fonctionnaires ( foûng-tcln ) ;

16” L’impôt pour l’entretien des greniers publics destinés à uiainteuir l’égalité des prix ( tchdng p*ing * (lisait g) (voir p. 345, note I);

17® L’impôt pour l’entretieu des pharmacies à l’usage du peuple (voir p. 340, note 1);

18° L’impôt sur les marchés et magasins

(ehUthié) ;

19° L’impôt pour les secours à donner aux malheureux ( tchin-siüë ).

Nous ne pouvons entrer ici dans les détails de l'organisation de Ces impôts qui comprennent les livres 93-97 de l'ilistoire officielle citée ; il faudrait plus d’un volume pour en donner uue traduction complète, laquelle toutefois ne serait pas la partie 1a moins curieuse de l’histoire de la dynastie mongole.

Dans le chapitre consacré à la culture J es

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