‹ Le livre de Marco PoloChapitre 152 sur 357 · CHAPITRE CLIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE CLIV

Car je vous di qu il vont tousjours occiant hommes, et boivent le sang ; et puis le mengueut (a).

Or vous lairons de ce pour conter autre chose.

Sachiez que quant on (est) aie six journées, apres ces trois que je vous ay dit, on treuve la cité de Quelifu (3), qui moult est grant cité et noble. Et sont au grant Kaan. Hz ont monnoie de charte; et sont ydolatres. En ceste cité a .iij. (trois) pons de pierre, les plus beaux que l'en sache ou monde. Et ont de long chascun bien une mille; et large bien .xx, (vingt) piés. Et sont tous de marbre

à coulombes belles et riches (4).

(2) Cria pouvait exister jusqu'à un certain point du temps de Mare Pol, parce que cette province venait de soutenir une longue résis* tance contre les armées mongoles, et que les habitants étaient encore animés de ces haines terribles que les montagnards conservent longtemps contre ceux qui veulent les opprimer. Aujourd'hui, il n'en est plus de même. Il est donc souverainement ridicule de voir des écrivains ignorants, et à systèmes préconçus, invoquer ces paroles de Marc Pol, pour soutenir que la Chine, au treizième tiède , était encore tellement barbare que les habilauts se nourristatent de chair humaine! Et on ose communiquer celte grande découverte à l’Académie des sciences de Paris!

(3) , Kien-ning-fou, chef-lieu du département de ce nom, de b province de Fo-kien (lat. 21° 03' 36" ; loug. 116* 07' 65"). Sous les Mongols, l’année 1280, celle ville fut -élevée au rang de « Circuit » du même nom, dépeuplant alors du « Gouveraenn-ut » de Kidng. tchè. Sa population était de 127,264 portes ou feux, et de 600,026 bouches ( Yuert-jte, k. 62, fol. 14).

La ville actuelle de Kien-ningfou est , sans aucun doute, celle que Marc Pol nomme Queii/u, par une bonne raison : c’est qu’elle se trouve située précisément à l’endroit qu’il lui assigne, entre les villes de Tchou -ichêou, dans la province de Tchè-kiàng , et Fuu-tcheou dans celle de Fo kten. Mais, de plus, une autre raison qui doit lever tous les doutes, s’il pouvait encore en exister , c’est que le second des ca-

ractères chinois avec lesquels on a écrit le nom de cette ville ; ^ , ni" g, se prononce lin g

ou lin dans le dialecte de la province de Fo-kien (voir Medhurst : A Dietionary of ih * Hok-keen dialect of the Chines r langue ge , Macao, China, 1832, in-4°, p. 460). Nous avons ici une nouvelle preuve de l’exactitude avec laquelle Marc Pol transcrivait les noms, comme il les entendait prononcer. C’est ce que nous ne pouvons trop souvent faire remarquer.

La ville actuelle de Kien-ning-fou a 2,070 tch'ang (7,055 mètres) de circonférence, et neuf portes. C’est une des plus graudes villes de la province. Lorsque les Tartarcs-Mandchoux, qui régnent aujourd'hui en Chine, firent la conquête de cette province, Kien-ning soutint deux sièges. Après le second, qui dura longtemps, les Tartares la prirent, la brûlèrent, et tirent passer le plus grand nombre des habitants par les armes. La ville a été rebâtie depuis, mais elle n’égale pas rancieune pour la beauté de ses édiüces.

(4) La Géographie impériale énumère 16 ponts dans le département de Kien-ning. L’un d’entre eux que l’on nomme Ttï-ting-khiào, le • pont des Sept-Êtoiles », situé au midi du faubourg * Ao-aing , en dehors de la porte Kounng-te , ■ vertu étendue », a 10 piles du côté de la rive méridionale , avec les solives en pierre ; celte partie du pont a 32 tehfeutg (117 mèt. 824 c.) de longueur. Dans le milieu de la rivière Min, ou u formé une ile par l'accumulation de tables, de pierres et de briques sur laquelle ou passe à pied; cette voie a 22 tek' an g (81 mètres) de longueur. Sur la rive septentrionale, le pont a

Hz vivent de marchandises et de méstiers. Et si ont soies assez ; et gingembre, et gaingal (5) à grant planté. Et ont moult belles femmes. Et se y a une chose moult estrange qui bien fait à conter. Sachiez que ilz ont gelines5 qui n’ont nulles plumes, mais ont poil (6). Et si sont toutes noires; et font œuf comme celles de nostre pais ; et sont bonnes à mengier.

Autre chose n’y a qui à conter face; si compterons d'autre. Sachiez que es autres trois journées' oultre et plus .xv. (quinze) milles, treuve l’en une cité qui a nom Vuguen (7), en laquelle on fait grant planté de sucre'. Hz sont ydolatres et ont monnoie de chartretes.

« Ms. B. Le tm. A. cités. — •* Le tcxlc italien de Ramtisio porte ici cette addition curieuse : « Et prima che quesla ciltà fosse sotto il gran Can, sapevann, quelle genti, far « il zucchero bello, ma lo facevano 501111*6 schiumandolo {en Técumant ), e dapoi raf- « fredato rimaneva una pasta nera. Ma Yenuta ail* obedienza del gran Can si truovorno

• nrlla corte aleuni uomini di Babilonia, clie andati inquesta città, gl* insegnorno ad af- - finarlo con cenere di certi alberi. • (Édition Baldelli Boni, p. 35o.)

5 Poules , du latin galUna.

cinq piles, dont les solives sont aussi de pierres; cette partie a 10 ich'ang (36 uièl. 820 ceut.) de longueur. (Ta llui/tg i thoung Ichi, k. 267, fol. 24.)

Avant le siège fait par les Tarlares et le sac de la ville dont il a été question ci-dessus, ce pont était beaucoup plus beau. « Il était cou- « vert de côté et d'autre , dit le P. Martini « (Allai ùntnûs, trad. fr., p. 1 53) ; il y avait ■ des maisons et des boutiques; tous les piliers m étaient fort hauts et de pierres de taille, et « le reste de bois ; c’était par ce pont que l'on

• montait dans uu temple fort superbe, et bâti « sur l'autre côté de la rivière. »

(5) Gahutgal, nommé ru chinois : hàngkiâng , comme le « gingembre » : kiàng. « Il y a deux espèces de galangal, dit d'Acosta (traduction française d'Anthoine Colin ; Lyon, 1619, p. 91), qui est uu médicament fort nécessaire pour l’usage du genre humain.

•< La première est petite et odoriférante, laquelle est apportée de la Chine aux Indes avec la rhubarbe. L’autre est la plus grande, qui croit à foison en Java et Malabar. »

(6) Ce sont probablement les poules frisées (gallin* i criifta), introduites en Europe, et que l'on voit maintenant dans nos expositions d'agriculture, et chez les amateurs de gallinacés.

(?) ^7 Hou-kouan , nom d’un canton

ou district et de son chef-lieu, département de Fott-tchéou , dont il va être question. La Géographie impériale dit (k. 2CI, fol. 2 v*) que c’est un bourg situé à l’ouest, dans le voisinage de Fou-tchèou et qui en dépeud.

Sous les Han (avant notre ère), il y avait déjà la une sous-préfecture dépendant de la principauté de Hori-ki. Sous les seconds Han (dans le premier siècle de notre ère, on lui donna le nom de « séjour du prince de l’Orient - (toung hëoukoudn). Sous les Tcin (265-419) , on l’appela Hèou-kouàn. C’était, sous cette dynastie, le siège dn gouvernement de la • principauté tranquille « (*an kiun tchi). Sous les Thàng (618-906), ayant divisé en lùen ou « cantons » le pays de Min (selon la prononciation du Fo-kien, Bdn et Mail), on en fit le » canton de Hcou-kouan -, et selon la prononciation du Fu lien , Hoù-kouin

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