‹ Le livre de Marco PoloChapitre 161 sur 357 · CHAPITRE CLVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE CLVI

fait moult d’escuelles et de pourcelainnes qui sont moult belles. Et en nul autre port on n’en fait, fors que en cestuy ; et en y a l'en moult bon marcliie. Hz ont en eestecité deTyunguy un autre langaige par eulx (5). Et vous dy que le grant Kaan a bien aussi grans drois, et aussi grans rentes de ce royaume de Concba (6), et plus encore qu’il n’a du royaume de Quinsay.

Nous ne vous avons conté des .ix. (neuf) royaumes du Mangy (y) que des trois : c’est Quinsay, Yanguy et Fuguy. Des autres .vi. (six) royaumes vous en sarions nous bien conter ; mais trop seroit longue la matière ; si nous en tairons atant

Et vous avez bien tout entendu le fait du Catay, et du Mangy et autres contrées maintes, si comme dessus est contenu; et des maniérés des gens, et des marchandises ; de l'or, et de l’argent ; el

4 J Vous nous en tiendrons là , à ce point.

ils la font brûler pendant trois jours, puis ver* sent l’eau par dessus, et le tout devient poussière ou une terre qu'ils font fermenter. Celle dont la fermentation a duré un mois entier, mais pas plus, donne la meilleure porcelaine ; celle qui n’a fermenté que pendant dix jours en donne une de qualité inférieure à la précédente. Im porcelaine en Chine vaut le même prix que la poterie chez nous, ou encore moins. On l’exporte <)ans l’Inde et dans les autres contrées jusqu’à ce qu’elle arrive daos la nôtre, le Maghreb. C'est l’espèce la plus belle de toutes les poteries. »

Le marchand aral»e Soleyman, qui visita la Chine vers le milieu du neuvième siècle de notre ère, parle ainsi de la porcelaine de Chine : « 11 y a dans ce pays une argile très-fine avec laquelle on fait des vases qui ont la transparence du verre ; l’eau se voit a travers. » (Trad. de M. Reinaud, p. 34.)

(5) Le dialecte de la province de Fo-kien f sous le rapport surtout de la prononciation des caractères chinois, diffère considérablement de la prononciation du centre, et surtout du nord de la Chine, à tel point que les habitants de ces pays se comprennent difficilement entre eux. D'un autre côté, elle a beaucoup de rapport avec

celle de la province de Kounng-tchèou (Canton), du royaume d'An-nâm, ou de la Cochinchine, et même de la prononciation japonaise des caractères chinois. Cette ressemblance est due à ce que la langue chinoise fut introduite dans ces contrées sous la dynastie des Thsiu et sous celle des Han (255 avant et 220 après notre ère), et qu’elles ont conservé, à quelques altérations près, la prononciation chinoise de celte époque. Le trait le plus caractéristique de ce dialecte, c’est que tous les mots qui, dans la prononciation mandat-inique, sont au ton bref, ou rentrant (/'/), se terminent, dans les dialectes méridionaux, par une consonne. Ainsi Fou, * heureux », premier mot de Fou-bien, nom de la province, s’y prononce : Uok ; Koüe ou Koiio , - royaume », s’y prononce kok. C’est pourquoi on écrit ordinairement le nom de la province : Fo-kien, nu lieu de Pou-kien.

En outre, chaque département, chaque canton, a encore ses locution* particulières. Le bourg de Trk-kona (Tyanguy), où se trouvait une fabrique de porcelaine qui réunissait des ouvriers de différentes localités de la Chine, devait, à plus forte raison , offrir une grande diversité de langage.

(G) Voir la note 2 du ch. CLV, p. 52G.

(?) Voir lauo/e 12 du ch. CLI, p. 500.

île toutes les autres choses que l’en y treuve. Et pour ce que le livre ne est mie encore acompli de ce que nous y voulons mettre : car il y fault tout le fait des Yndiens, et des grans choses d’Inde, qui bien sont choses de raconter ; car moult sont merveilleuses. Mais c’est des choses toutes véritables, sans nul mensonge. Et nous les mettrons en escript, ainsi comme Messire Pol le raconta , qui bien le sçot ’, car il demoura tant en Ynde, et tant encercha et demanda de leurs maniérés et de leurs condicions que je vous di que oncques un homme seul ne sçot tant , ne lie vit tant comme il fist (8).

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