‹ Le livre de Marco PoloChapitre 163 sur 357 · CHAPITRE CLVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE CLVII

.1. et lx. chambres là où demeurent les marchans à grant aise'. Et si ont un timon et quatre arbres ; et ont encore aucunes fois deux autres arbres qu’il mettent et oslent à leur voulenté. Et sont ces nefs clouées" de bons clous" de fer. Elles ont deux estaiges l’un sur l’autre ; et ne sont point empoiées ' ; car ilz n’ont point de pois’; mais de chanvre et d'uille 3 d’arbre ' meslée ensamhle * les oignent, et tiennent moult fort (a). Et sachiez que, en chascune des grans nefs convient bien .ii. cens mariniers. Mais elles sont moult grans ; car elles portent bien .v. mille ou .vi. mille charges de poivre ”. Et si vous di que elles vont à avirons quant elles n’ont vent. Et ont si grans avirons qu’il y convient à chascun quatre mariniers au ramer1. Et a, chascune grant nef, deux barges < apres lui ; de

« Ms. A. aaise. — d Id. dores. — • Id. dops. — f Ms. C. ardr *. C'est sans doute la résine,— i Le ms. C. porte : « Et sont ehauclees (les nefs) détiens et dehors; elles ne sont pas empechices (empoissées) pour ce qu’il n’ont nul pech (poix)^ mais il les oignent d’une chose que je vous diray, qui vault bien autant ou plus que la poir,. Ilz prennent chaulx vive et cavene (chantre) pétri menu, et la meslent avecques In chausine ensemble. » — h Mss. A. et B. Ce mot manque dans le ms. C. — ' Ixi ins. C. porte : « Et si vous dy que elles vont aussi arrives (à rames) quant elles ont besoing; et ont si grant rius (rames) que chascun riu vcult avougier les quatre mariniers. • Cette rédaction du ms. le plus récent est peut-être plus technique; mais, dans tous les cas, elle est moins claire et moins française.

CLVIL — 1 Km poisser s. — * Poix. — 3 Huile. — 4 Barques.

peu en Kurope, à cause de sa beauté. Le sapin existe aussi en Chine, où il est nommé clan , soung, etc. Les Intiment» dont il est question pouvaient donc en être construits.

(2) « Les jonques chinoises, dit G. Staunton, dans sa Relation de t ambassade de lord Macartney (tr. fr.t t. II, p. 341), sont basses, simples et grossièrement faite», mais fortes et spacieuses. La cale de ces jonques est divisée en une douzaine de compartiments formes avec des planche» de deux pouces d’épaisseur, dont les joints sont enduits d’un ciment de chaux , préparé de manière à les rendre imperméables. Ce ciment est composé de chaux et à' bail* , On y met aussi quelques râclures de bambou, comme on met du crin dans le plâtre en Angleterre. Cette composition devient très-dure, très-tenace.

et résiste au feu. Si, malgré l’huiie qu'elle contient, elle est en efTet incombustible, il n’y a pas de doute qu’elle ne soit préférable au goudron, à la poix , au suif, objets dont on ne se sert jamais dans la construction des vaisseaux chinois, ni pour le bois, ni pour les cordages. »

Les bâtiments dont parle Marc Pol, qui faisaient le commerce entre l’Inde et la Chine , étaient probablement construits, pour la plupart, dans ce dernier pays, car la description qu’on vient de lire le ferait supposer. Les Chinois sont très-habiles dans ce genre de constructions.

Le ciment en question, dit Charpentier-Cossigny (Voyage à Canton, p. 244), est la gallegalle de Surate, composée de chaux vive réduite en poussière, et d'huile, dans laquelle on a fait foudre du brai sec.

quarante ou de cinquante mariniers, en chascune, qui vont à avirons; qui aident à traire3 * 5 * * la grant nef ; et bien .x. bateaux qui font la pourveance de la grant nef : si comme d’ancrer, de prendre poissons, et de pourvoir à la nécessité de la grant nef*. Et quant la nef va à voile, si se loient " ces petis bateaulx l’un à l’autre à la nef. Ainsi les ennnaine apres elle; mais les deux barges ont leurs voiles pour singler et ce que niesticr leur est, ainsi comme la grant nef k. Et sachiez que quant ces nefs s’appareillent, c’est, chascun an, une fois ; il les enforcent d’un ays ' bien blavée 8 et bien ointe, et adjontié 9 aux autres, selon la maniéré que les premières ays furent premièrement ensamble conjointes et liées ; et aux barges aussi qui ont, à part eux, voiles pour singler, comme dit est, et ce que ineslier l’en est, ainsi comme la grant nef. Et sachiez, que ceslui enforcement qu’il font, chascun an, en les nefs, es lieu oii il a nécessité, ne se fait que par certains ans ; et ce est jusques à six ays. Car, oultre, il ne les renforcent plus par celle maniéré “. Mais puis 10 qu’elle aura six ays l’une sur l’autre, ilz ne la tnainent pas en haulte nier ; ains 1 1 s’en aident es basses eaues, tant comme elles pevent durer; et puis la deffont (3).

Or vous ay conté des nefs qui vont par la mer occeanne, et par les isles d'Ynde ; si dirons avant des merveilles du pays d'Ynde

j Celle dernière phrase manque dans le ms B. — k Manque dans le ms. B. — 1 Ms. C. table. Ce sont des planches. — «Le ms. A. est plus concis pour cette dernière partie. Il porte : « Et ainsi le font chascun an, et y adjoustent une ays jusques à six ays. ■ — ■ Le ms. C. a cette conclusion plus développée; il reproduit le texte de la S. G.

— 7 Se lient , s'attachent. — 8 Rabotée, unie. — 9 Jointe. —

5 Remorquer. — Ser\‘ice.

*° Depuis. — 11 Mais .

(3) On voit, par ces détails, que Marc Pol

avait dû naviguer beaucoup dans les mers de

l'Inde, pour le service de Khoubilaï-KhaAn , et

que ce n’est pas par ouï-dire, mais de visu, qu’il

parle avec tant d'intérét de ces contrées et des

populations qui les habitent. Quoique ses récits aient plus de oâO ans de date, ils nous apprennent encore aujourd'hui plus de choses intéressantes et curieuses que la plu|>art des voyages modernes.

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