‹ Le livre de Marco PoloChapitre 165 sur 357 · CHAPITRE CLVIIt · texte numérisé non relu

CHAPITRE CLVIIt

chans qui là voisent *, pour ce que c'est si loings de la terre ferme \ Si que pour ceste raison leur habonde l’or oultre mesure *.

Et vous conteray une grant merveille du palais du seigneur de ceste isle. Sachiez qu’il a un grant palais qui est tous couvers d’or fin, en la maniéré comme sont couvertes nos églises, de plomb * ; si que ce vault tant que à paines le pourrait on compter Et encore tuit li pavement du palais et des chambres sont tuit d’or, de pierres de taille espesse 3 bien deux doic4, et les fenestres aussi si que cest palais est de si desmesurée richesse que nulz ne le pourrait croire (a). Ilz ont gelines rouges qui moult sont bonnes à niengier; et si en ont assez; et ont aussi assez de pierres précieuses \

* Ms, C, Les mss. À. et B. portent ; terre saincte ; ce qui est une erreur évidente. Le texte français de la S. G. porte aussi terre ferme. — «* Le ms. C. ajoute : « Qu’il n’en scevent que faire. • — • Ms. A. plane. — { Le ms. C. ajoute : « Ne il n’est nulz ou monde qui le peust raimbre. » — K Le ms. C. porte : « Et plus encores : tout le pavement dudit palaiz, et de toutes les chambres d’iccllui , sont pavees de fin or Unit de grosses tables {plaques) et grana; et ont bien .iij. doiz d’espesse {d'épaisseur) et pareillement toutes 1rs fenestres qui y appartiennent sont de fin or aussi. • — h Le même ms. porte, comme le texte de la S. G. : «Hz ont grant plante de pierres; et si ont perles qui sont rouges, et sont moult belles il 'de grant vaillance; et qui bien valent autant comme les blanches. Et sont moult grosses et rondes; et si en ont grant habondance. Et si ont moult grant habondance de pierres précieuses Elle est moult riche isle. »

* Aillent là. — 3 Épaisses. — 4 Doigts.

(2) Le Japon est très-riche en mines d'or; ce métal y était encore si abondant il y a quelques années , que sa valeur , par rapport à l’argent , était comme 8 à 1 . Aussi lorsque, par suite des derniers traités, le commerce du Japon fut ouvert aux natioas étrangères, la demande de l’or, de la part des négociants anglais et américains, fut telle, 1 cause de son bas prix, que, selon le ministre anglais sir Rutherford Alcock, à peine si une année entière eût suffi à un lion mathématicien pour calculer toutes les demandes !

Tout les peuples chez lesquels l’or a été abondant l’ont prodigué outre mesure. On a déjà vu précédemment (p. 417) que le roi de Mien ou d’Ava avait des tours couvertes de ■ plaques d'or » ; les temples et les palais des souverains de l’Inde en étaient également remplis. On sait que lorsque les Espagnols firent la conquête du

Mexique, ils trouvèrent les temples et les palais des Incas couverts aussi de » plaques d'or ». Mais cette grande abondance du métal précieux a toujours été fatale à ses possesseurs, et souvent aussi à ceux qui le convoitèrent.

On lit dans le Soit Hien-wén ihoâng khào ( « Supplément à l’Encyclopédie littéraire de Ma Touan-lin, » cité dans la Géographie impériale art. Ji-pen, fol. 3) ; « La ville où réside le souverain est près d’un lac qui baigne le pied d'une montagne. Ses murailles sont construites de manière à former quatre divisions. On la nomme « l'enceinte de la joie et de la satisfaction réunies a ( Tsiù kouài Id youén). Chaque ville séparée (par 1rs divisions) a trois ou quatre li de circonférence. Un rocher très-élevé, qui a aussi trois à quatre li de tour, les domine. La rivière qui baigne la ville est large de plus de 20 te/aiog

LE LIVRE DE MARC l’OL.

Et si vous dy que pour la grant richesse, que on conta à Cublav Kaan, qui estoit en ceste isle, se pensa il de faire la prendre. Si y envoya deux de ses barons atout grant quantité de navie ' ; et grant planté de gent à cheval et à pié. Et nornmoit on l’un des barons Abacan\ et l’autre Jousainchin k (3). Ces deux barons estoient

» Ms. B. naviere. Ms. C. navires. — j Ms. C. Abachan. — • 1 Itl. Jousanttayin.

(73 mètres). Dans l'intérieur il y a un grand édifice avec galeries, à neuf étages, tout couvert sT ornements d'or jaune ( t chouan g hodng k(n). Le rez-de-chaussée renferme plus de cent appartements différents, dans lesquels le souverain va reposer chaque unit, en passant de l'un à l'autre, Selou son chois. Les serviteurs eux-mêmes ignorent dans lequel de ces appartements le souverain repose. C’est par précaution et pour éviter des dangers qu'il agit ainsi. »

(3) L’expédition que Khoubilaï-Khaàn envoya contre le Japon, l’année qui correspond à 1381 de notre ère, étant un fait historique important, nous avons cm devoir reproduire ici les relations qu'en ont données les historiens chinois et japonais, afin que l’on puisse les comparer au récit de Marc Pol, avec lequel, comme on le verra, ils s’accordent d'une manière remarquable sur tous les points essentiels.

Ce contrôle d'écrivains ayant puisé à des sources diverses sera un nouveau et frappant témoignage de la véracité de Marc Pol.

Il est dit dans la Géographie historique de Siu, déjà citée (k. 1, fol. 17-18) « que le Japon commença à avoir des relations avec la Chine sons le règne de la dynastie des Han (203 av. à 220 après notre ère). Ils lui empruntèrent les « Cinq King » ou Livres canoniques, et la religion de Fo, sous les Wei et les Tcin (221-420). Dès cette époque la religion des Cha-men envahit tout l'empire. Sous les Tliàng, dans les années tebing-kouan (027-040) , les Japonais envoyèrent plusieurs fois des délégués pour s'instruire (dans la civilisation chinoise). Au commencement de la dynastie des Soung (000) , le Japon envoya à l’empereur un prêtre bouddhiste pour lui offrir un tribut. L’empereur Taï-tsoung lui donna en présent un vêtement de pourpre, et le retint à sa cour. Ce prêtre raconta que le

royaum du Japou existait depuis soixante-quatre générations écoulées (1920 ans, à 30 ans par génération). ■

On lit aussi dans l'histoire officielle des Mongols (Yuen-ste, k. 208, fol. 20) que dans les années tchi-youan de l’empereur Cbi-tsou (Khoubilaï, 1204-1204), un exprès nommé Ti-hé fut envoyé de la Corée au Japon pour informer le souverain de ce pays des événements qui venaient de t’accomplir en Chine Le Japon ne voulut pas le recevoir. Par suite de cela, il fut ordonué à Tcbao Liang-/n\ inspecteur des livres mystérieux, de se rendre au Japou. Le Japon, alors, se dérida à envoyer un ambassadeur, le ministre Ya-si-nS, qui vint à la cour (de Khoubilaï). Liang-pi retourna avec lui une seconde fois au Japon. Comme la première fois, il n’épargna aucune démarche pour voir le premier ministre, mais il ne put arriver jusqu’à la capitale où réside le souverain.

En 1274, il fut ordonné au conseiller Violon et autres d'embarquer sur trois cents navires une armée de quinze mille hommes pour aller attaquer le Japon. L’armée débarqua et mit en déroute l’armée ennemie; mais, leurs flèches s’e tant trouvées épuisées, les troupes (mongoles) furent obligées de revenir. En 1281, ordre fut donné à Fan Wen-hoti et A-lhd-'hui de se mettre à la tète d’une armée de cent mille hommes et de s'embarquer sur neuf cents Intiment* de guerre pour aller attaquer le Japou. Ils arrivèrent à l’ile PUng-bou (île de FiranJo ). Une grande tempête submergea les vaisseaux chargés de troupes. Jf'en-hou et d’autres généraux remontèrent sur les vaisseaux dont U solidité avait pu résister à la tempête, et s’en retournèrent, abandonnant plus de cent mille hommes au pied des montagnes. llieulôl épuisées de besoins, ces troupes furent presque entièrement détruites par les Ja-

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