‹ Le livre de Marco PoloChapitre 174 sur 357 · CHAPITRE CLXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE CLXI

roy de Cyamba. Et commença, cil baron, à faire moult grant guerre au roy et à sa contrée. Le roys estoit de grant aage. Et, d’autre part, il n’avoit mie si grant povoir de gcnt comme cil baron. Et quant li roy \ il que eelluy baron deslruisoit son régné, si en ol moult grant douleur. Si fist appareillier ses messaiges et les envoya au grant Kaan. Et lui dirent1' : b Notre seigneur li roys de Cyamba a vous salue, comme son lige seigneur [3) ; et vous fait assavoir a qu’il est de grant aage, et que loing temps a tenu son régné en a paix Et vous mande par nous qu’il vuelt estre votre bomme d ; « et vous donra *, cliascun an, treu * de tant d’oliplians comme il « vous plaira. Et vous prie doulcement et vous crie mercy, que « vous mandez 3 * à vostre baron et à ses gens que ilz ne gastcnl a plus son régné, et qu’il se partent de sa terre laquelle sera, puis o en vostre commandement comme vostre , que il la tendra 5 b de vous. »

Et quant le grant Kaan oy ce que le roy li mandoit, si en ot 6 pitié, et manda à son baron et à son ost qu’ilz se partissent de ce régné, et alaisscnt 7 en autre pays pour conquerre. Et ceulx, des maintenant qu’ilz orent le commandement du grant Kaan, si le firent. Si que cilz roys devint bonis8 du grant Kaan eu ceste maniéré ; et lui fait, chascunan, treu de .xx. olipbansles plus beaux et lesgreigueurs que il puet avoir en son pays.

Or vous lairons à conter de ce; si vous dirons l’affaire du roy Cyamba.

b Ms, A. et U (fuirent. — « Ms. B. Ms. A. pais. — d Ms. C, Les mss. A. et B. portent : vos bonis. — « Ms. C. treuaçe — trtbut.

* Donnera. — - 3 Mandiez. — I Dorénavant . — 5 Tiendra , — 6 Eut, — 7 Allassent. — 8 Tassai.

(3) On a vu précédemment (note 1) dans ta

traduction des Annales chinoises queuous avons

douuéc, sous l'année 1282, qu’il y est dit préci-

sément la même chose. La lettre de soumission du mi de Cyamba , reproduite ici par Marc Pol,

est évidemment ta traduction fidèle de celle

meme lettre portée à khouhilai par un ambas-

sadeur cochinchinois, dans l’année 1278, et dont Marc Pot dut d’autant mieux avoir une parfaite connaissance, que ce fut lui que khoubilai-khaân avait envoyé eu mission près du roi de Cjmuba, celle même aimée 1278, comme il nous ledit luiméme plus loin dans ce chapitre. La concordance parfaite de ccs faits est très-remarquable.

Sachiez que en ce régné mille femme ne se puel marier se li roys ne l’a veue devant ; et se elle lui plaist, il la prent à femme ; et se elle ne lui plaist, il lui donne du sien, tant que elle se puisse marier (4). Et sachiez queen l’an mil .ii. cens .iiii.xx. (deux cens qua-

(4) Ce singulier usage semble confirmé par ce qui est dit du roi de Tchen-tching dans la Notice chinoise sur ce royaume insérée dans le Supplément k l'histoire de la dynastie mongole de Chine (k. 42, fol. 32-3 G), et dont nous avons déjà donné un extrait précédemment (note I). Cette notice, que nous regrettons de ne pouvoir traduire ici en entier, a été évidemment composée, comme on pourra en juger, sur un ou plusieurs rapports détaillés des fonctionnaires chinois ayant résidé quelque temps dans ce pays, à l’époque dont il est question dans ce chapitre.

- Le royaume de Tchen-tehing n’a ui villes ni bourgs entourés de murailles, ni soie ni vers à soie. 11 y a du mt du millet , des fèves et du chanvre. Chaque année, quaud le ri/, est môr,

•le roi en va lui-mème couper une poignée, suivi par U troupeau de ses femmes (kiun foù-niu, a grex femiiiarum »), qui causent beaucoup de dommages dans tous les champs. Ce roi, tantôt fait de son fils aîné un ■ roi assistant » ( fou wàng), tantôt de son fds cadet il fait un roi de second ordre ( tsé wdng). Ce même roi a établi des hauts fonctionnaires, au nombre de huit, entre lesquels il a partagé l'administration de ses Étals : deux dans chacune des provinces de l’est, de l'ouest, du nord et du midi. Il n’alloue aucun émolument aux fonctionnaires locaux ; l’usage est que ceux qui sont riches le leur donnent, en y contribuant chacun séparément. Il a établi des fonctionnaires des lettres (*vén li) nu nombre de cinquante; ceux-ci ont de* conseiller* au dehors, qui leur signalent le* lettrés de mérite et de talent, auxquels les administrateurs locaux distribuent tout ce qui est nécessaire â leurs besoins et aux commodités de la vie.

- Il y a aussi des Directeurs des greniers «le résers c pour les malheureux (les invalides, 1rs infirmes, etc.) , au nombre de douze. Les officiers qui commandent l’armée sont au nombre de deux cents environ ; il est donné à chacun d’eux des tortues et du poisson pour leur nourriture ; ils sont employés, avec la troupe, à

garder les frontières seulement ; leur supérieur est d'une famille que l’on qualifie de Po-lô-men (* brahmanique »). L'armée est composée d’environ dix mille hommes; on donne à chaque homme, par mois, deux ho (coch. hôc) contenant chacun cinq boisseaux = 10 boisseaux) de ri/ commun. Chaque année on leur donne aussi de trois à cinq pièces d’étoffe.

a Le roi, quand il sort, monte dans une litière ou palanquin que portent quatre hommes ; dix autres porteurs, ou plus, suivent (pour prendre leur place au besoin). Un homme, tenant à la main des noix de bétel, est en avant, conduisant un corps de musiciens qui ont de* instruments à cordes, à vent, et des tambours, dont quelque* uns sont très-gros. Il y a aussi des danseurs avec le corps de musique.

<• Les armes de guerre sont le sabre, la lance, l’are, les flèches et le bouclier a main. Pour se reposer la nuit, il n'y a que le roi qui ail uu lit; tous ses ministres couchent par terre sur des nattes de roseaux.

n Le 15* jour delà IIe lune, qui arrive l'hiver, est l’époque de se faire des présents. Le là* jour de la 12e lune, on offre un sacrifice au Ciel (ssè-thién) ; des pièces de bois, fortement liées ensemble, forment des temples ou pagodes ( thâ ) ; le roi, de même que les populations, y font toutes sortes d’offrandes. «

Lemoine franciscain Oderic Matlhiiissi, de la provinre de Frioul, contemporain de Marc Pol, qui arriva dans l’Inde en 1322, se rendant en Chine, décrit ainsi un royaume, qu’il nomme Campe ( voir Y Histoire merveilleuse du grand empereur de Tu r tarie, nommé le grand Can , etc., Paris, 1529, gothique, feuillets 59-GO) :

« Auprès de l’isle Mathan (nultrement nommée n C-damast; est ung mv anime qui a nom Campe , « et y « très-beau pays; car on y trouve toutes - maniérés de vivres et très-grand huhondaucr n de biens, l-e roy qui en ce pays regnoil quant o je y fil/., avoit bien deux cens enfans, que fil/, ■ que filles, car il avoit plusieurs femmes espou-

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