‹ Le livre de Marco PoloChapitre 175 sur 357 · CHAPITRE CLXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE CLXI

Ire vingt) ans de Crist (5), fut messire Marc Pol en reste contrée ; et à celluy temps avoit li roys .iii. cens .xxvi. enfansque masles, que

« sécs et grant planté de concubines. I.c roy a .« bien quatorze mille elephans privez, lesquel* » il faiet nourrir et garder par gens de ses villes.

« En ce pays treuve on grande merveille ; car « toute maniéré de poisson qu’on trouve en la « mer, trouve on en la mer qui vient en ee « pays; si que on ne voit riens eu celle mer fors >• poisson ; et vient chascune pieee de poisson à « part luy et demeure trois jours droicl à la rive, « et puis s'en vu celle maniéré de poisson. Puis « vient une aultre génération ( espèce ) et faict ce

• mesmes. Et sic de alu s , jusque* à tant que » tous y sont venus une fois eu Tau seullemcnt.

« Et quant on dcmaude à ceulx du pais dont ce « vient, et que c’est mente {mensonge) , ilz dient « que ces poissons viennent faire liumwaigc et

• rrverence au roy de celuy pais.

« En ceste contrée veiz je une limace qui « esloit plus grande que le clocher Saint-Mar- « tin, se il estoit ainsi tourné comme est la mai- « son de la limace. Quant aulcun meurt en ce « pays, on ensepvelist sa femme avecques luy; « car ilz dient que droicl est qu’elle demeure « avecques luy en l’autre siecle. »

Cette histoire des poissons, racontée si naïvement par le frère Oderic, expliquerait peut-être l'origine du nom de Cyamba ou Ciampa donné à ce pays, car, dans la langue tcliiigaua, de la côte du Coromaudel, le poisson se nomme Champa.

(5) Les manuscrits et les diverse» éditions du Livre de Marc Pol varient beaucoup sur celle date, comme au reste sur presque toutes, parce que le système de uumération que l'on pratiquait alors en Europe était encore bieu peu fixé, les copistes ne faisant usage que des chiffres romains entremêles de nombres exprimés par des mots, et non en chiffres arabe», ou plutôt indiens, car c’est à ce» derniers que les Arabes les avaient empruntés, comme M. Wcepche l'a établi dans plusieurs savants mémoires publiés dans \nJour~ nal aûaùque de Paris (années 1802-1803).

Dans le cas dont il s’agit ici, nos wss. A et B portent : M. ii. cens .iiij. et .xv. = 1295. Cette date est évidemment fautive, puisqu’il est dit au chap. XVlll, p. 33, que ce fut celle auuée-là même que Marc Pol arriva à Venise avec son

père et son onde, après avoir conduit en Perse la fiancée d’Argoun. Notre ms. 0. porte : mil .ij. quatre rings et cinq ans de Crist (1285); le texte français publié par la Société de géographie porte : 1285; la version latine ; « Anno Uni M CCLXXXVlll • ; le texte italien de la Crusra : « Negli anni Domini mille dugento ottantneinque (1285)»; celui de Bamusio (éd. de Baldclli Boni, p. )?&) : * EM. Marco Polo ncl 1280 fti in questo luogo. • Cette date est la véritable ; car, en faisaut concorder les données des chap. CXI et cxvu, qui déterminent le (tassage de Marc Pol dans les pays qui y sont décrits , à l'année 1280 (voir p. 387, note 1), se rendant en mission, de la part de khoobilaï-Khaàn , dans un pays situé au midi de la Chine, et qui demandait six mais de marche pour y arriver (voir le ch. xv, p. 23) , il n'est pas douteux que ce pays ne soit Cyamba ; la concordance des dates, des lieux et des événements, dans le rérit de Marc Pol et les Annales chinoise» , est tellement frappante que l'on peut considérer le fait comme acquis à l’ histoire, et la Lettre de soumission du roi de Cyamba à Khoubilai-KIiâàn, comme un document au thentique que le Livre de Marc Pol a peut-être seul conservé.

C’est donc k tort que Baldelli Boni fait, sur la date de 1280 donnée dans le texte de Bamusio, l'observation suivante : « lui spedizione di Soin, « in quelle parti, accadula nrl 1282, dimostra « errata quesla data, e che debbe leggersi 1285 « corne nel uoslro testo (celui de la Crusea « cité), e corne fu detto Délia dichiaraxione al « secondn Lihro, nella quale si spiegano i motivi » di questo v iaggio del Polo. »

Selon la Géographie impériale (•• Pays étrangers- TcilKS-TCHINf.), ce pays produit de Vor; il y a des montagnes que l’on nomme d’or {Km c/uin, en cocli. kim son); toutes les pierres eu sont de couleur rouge. On trouve l’or dans leur intérieur ; l’or, de uuit, apparaît aux yeux comme de* mouches phosphoriques. 11 y a aussi de» ■ perles de feu - ( ho tchoù ; des rhinocéros dont les grands pèsent jusqu’à 800 lût (480 kilogramme*}, de* éléphants, de Yebène {où moith; coch. t>-nidc) f Valois ( k'itt-tiàn-htàng ) , de

femelles. Et en y avoit bien cent et .1. qui povoient porter armes.

Il v a olipbans assez en ce régné. Et si ont grant bois d'un fusl noir <pie l’en appelle ybenus », de quoy on fait arches '°. Mais autre chose n'y a qui à conter face; si irons avant.

9 Ébène. — 10 Coffre , coffre»; du latin arctt. Le ms. C. dit : dont l'en fait tes esehiez (échecs) noirs.

nombreuses autres plantes odoriférante#, etc.

Ou voit que Y éléphant dans le régne animal, et le boit d'ébène dans le régne végétal, cités par Marc Pol, sont dis produits naturels de Tchentching, ou la Cocbintliiue, dans laquelle Cyaiuba était compris.

On pourrait être surpris que Marc Pol uc parle pas du Toung-king, en décrivant la Cochinchine qui en est limitrophe. Ce n'est pas une omission de sa part. Marc Pol, ainsi que uous l'avons démontré précédemment (p. 42" ctsuiv.), a parlé du Toung-king sous le nom de province d'Aniu, parce que ce pays se trouvait alors dans sou itinéraire. Ce qui confirme notre opinion, c’est que, dans le texte italien deRamusio, on trouve, entre le chapitre sur la mer de Chine ( Del mare detto Ci»' et celui sur le pays de Cyarnhn, un petit chapitre intitulé : Del golfo detto Cheinan (de Pile de /fai-ndn), lequel ne se trouve pas dans notre rédaction, et où il est dit : « Il quai (golfo) • per tuto confina verso scirocco cou la pro- « vincia di Mangi, r dall’ altra parle con A nia « e Toloman , e moite altre provincie di quelle « di aopra nominale. » Les provinces d'Aniu ou A nia, et de Toloman , de Marc Pol, sont donc bien réellement où nous les avons reconnues (voir les notes du chap. 127), et non dans l’empire Birman, comme Marsden et d’autres commentateur# de Marc Pol l'avaient supposé.

La crainte d’augmenter encore ces notes, que l’on trouvera peut-être déjà trop longues (comme en beaucoup d’autres endroits de cet ouvrage) nous a empêché de donner ici sur la Corhinchine une foule de renseignements précieux que nous avons lus dans plusieurs ouvrages chinois. Nous avions pensé trouver ces renseignements dans une publication spéciale et récente sur la Cochinchine, intitulée :

« Tabi.f.ad dk la Cocmimcmm;, rédigé sous les auspices de la Société d'ethnographie, par

MM. K. Cortambert et Léon de Rosny , etc., Paris, 1802. » I.a première partie de cet ouvrage , qui est 1p travail de M. K. Cortambert , contient un résumé de la géographie de la Cochinchinc, de ses productions, etc. La seconde partie, qui est le travail de son collaborateur et qui a la prétention d'élrc « l'histoire de la Co- « chinchine, des races et de la langue de cette « contrée, puisée aux sources originales, » est, nous regrettons de le dire, une pure déception, qui ne peut en imposer qu'aux personnes étrangères aux langues et à l’histoire de l’extrême Orient. L'auteur donne avec beaucoup d'apparat, et en plusieurs pages, une liste d’ouvrnges chinois cl japonais (dont plusieurs sont des recueils très-considérables et de plusieurs centaine# de volumes), qu’il prétend avoir mis à contribution pour rédiger son travail. Nous pouvons assurer qu’il n’y a pas une ligne tirée directement de ces ouvrages chinois et japonais, l'auteur ayant sans doute trouvé plus facile de les citer que de les traduire. Une notire sur le Laos , annoncée dans la première partie comme traduite pour la première fois de la grande Encyclopédie japonaise, et insérée dans la socoudr partie, est tirée d’une notice de Cutzlaff, sur le meme pays, publiée dans le Journal de ta Société de géographie de Londres (vol. IX, part. I) et d’autres ouvrages sur le même sujet. Le peu qui y est dit de l’histoire de la Cochinchine et de sa langue est emprunté aux Mémoires des missionnaires, à la grammaire et aux dictionnaires cochinchinois de MM. les évêques Pigneaux et Tabcrd , publiés en 1838 à Scrampoure, auxquels on se garde bien de renvoyer le lecteur. Cela n’a pus empêché des critiques abusés ou romplaisanls de présenter ce travail au public comme un prodige d'énidiliott. C’est, de part et d’autre, sc moquer un peu trop de ses lecteurs.

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