‹ Le livre de Marco PoloChapitre 176 sur 357 · CLXII. — « Navigue · texte numérisé non relu

CLXII. — « Navigue

l'I.XIl. — (I) Cette île esl nommée par les historiens et géographes chinois : K ni Tchào ira (selon la prononciation du Fo-kien : Jiao) ; mais ce nom est souvent écrit par eux 1 koùa-wà, j»ar suite d’une première erreur de lecture; Se caractère initial du premier nom, n'ayant qu’un trait de moins, est, en chinois, celui des ongles, tandis que le caractère initial du second, qui a un trait de plus, signifie courge; ce qui a fait dire au P. Aniiot {Hem. sur les danois, t. XIV, p. 101) « que les Mon-

* gols avaient donné à cette Ile le nom de Koua- ■ oun, qui signifie son de courge, parce que le « son de voix des peuples de ce royaume ap- " proche beaucoup de celui que rend une courge « sèche, quand on la frîtpjw ou qu’on la fuit

* rouler par terre. »

Voilà comment beau coup de personnes font des étymologies absurdes et ridicules sur des données souvent erronées. En adoptant même la seconde lecture, le* termes Koûa-wd, en leur donnant un sens, au lieu de les considérer simplement comme l’expressiou phonétique d'un nom étranger, signifiera icnl sous harmonieux et lascifs de la courge! ce qui serait passablement étrange.

Le nom de Java n’a pas été donné par le* Mongols à l’ile de ce nom ; elle le portait déjà hirn des siècles avant. « L'origine et la signification d c Java, dit M. Dulaurier {Journal asiat., année 1817, t. !, p. 244, dans ses notes sur un chapitre d'ihu-liatootalij , sont connues; c'est le sanskrit java, « orge, » nom imposé à cette île, parce que scs hululants faisaient leur nourriture de ce grain, lorsque les premières colonies indienne* vinrent se fixer parmi eux. La date de Ces immigrations doit être fixée à une époque plus re-

culée qu'on ne l’a cru jusqu’à présent, car la dénomination *ïa .GzZivj (en sanskrit yavadvtpo, a l’ile de l’orge »)se trouve dans Ptolémée, qui vivait vers le commencement du deuxième siècle de notre ère, et qui l'a tirée évidemment d'une source indienne, puisqu'il en donne très-exactement la signification : ’lxSorêiov o err,|juuvit xpt- Of,; vr,*o;. »

Ihn-Uatoutah , voyageur aralx* presque contemporain de Mure Pot , nomme cette île :

»jl?‘ J— H oui Djàsva « DjAwa la primitive ■ {Foyages cités , t. IV, p. 239), pour la distinguer de l’autre Ile du même nom que Marc Pol, au chap. 105, nomme - Java la Meneur » , qui est file de Soumatra.

Selon la Géographie impériale de la Chine (« Pays étrangers >• : Küûa-iva pour Tchào-cva), ce pays se nommait anciennement Toû-p‘J (■ double porte des matrones »); il se nomme encore P*ou-liadoung{+ Para-longan »), et aussi 'Hi-kiang (« passage ou goulet inférieur », le détroit de la Sonde). Du temps des Mongols, on changea ces noms pour donner à ce pays celui de Tchào-ccd. C’est le passage obligé de tous les pays étrangers du sud-ouest.

■ On lit dans le Supplément de Ma-touan-lin : a Tchào'wà est rapproché à l’orient de l’ancien « royaume des femmes » (Aïir jfu lotie) ; à l’occident, de Sdn-fo-thsi (la » Réunion des trois Bouddhas «, qui est une partie de l’ile de Soumatra). Au nord esl Tchen-tching (la Cochinchine), et au midi l'ancien royaume des Tà-chX (les Arabes). C’est un pays situé au-delà de la mer (de Chine) ; c'est encore bien au-delà de l’endroit on (eu mer) ou a eu vue Tchen-tching . En partant de Thsimian {Ztitoun de Marc Pol) sur un bâtiment, et en naviguant au sud, ou arrive dalxud à Tchen-tching , et eusuite à ce royaume. »

rinicrs de celte partie dient que c'est la greigneur isle qui soit

ou monde. Car bien a de tour .v.m. (cinq mille) milles. Elle est à

(C’est justement là l'itinéraire suivi dans cette circonstaucc par Marc Pol).

Les rédacteurs de la Géographie impériale citée font, à ce sujet, cette réflexion :

h On lit, dans l’histoire des Yuen (Mougolsj, que, la 29* année tchi-youan (1292), l’expédition (coutrc Java), partie de Tluiouan-tchcou à la 12e lune, avait atteint ce royaume l'année suivante (1293) à la 1" luue,; la distance des deux pays n’étant que d’environ un mois de liavigalioii, il semble, eu effet, qu’il n’est pas bien éloigné.

« Dans les années youan-kia de H’en-ti des Soung (du Nord, de 121 à 154 de notre ère) ou commença à avoir des communications avec ce royaume ; ensuite elles furent rompues jusqu'aux années tchun-hoa des Soung (990-994) pendant lesquelles le roi de ce royaume : Muu'ô-tehà ( Mdya-Jjaya , des souverains hindous) envoya un ambassadeur à la cour apporter un tribut ; il en vint encore dans les années ta- ko non (1107-1110).

- Dans les années tchi-youan de Chi-tsou des Yuen (Khouhilaï, de 1204 à 1294), une grande expédition militaire fut envoyée pour roiiiltattre le souverain de ce pays. Malgré tous ses efforts, cette expédition ne put s'en rendre maître.

« Ce royaume est divisé en deux États: celui de l’Est et celui de l’Ouest. Sous le règne des Ming, dans les années houng -wou (1368-1397), chacun des rois envoya un amlnissaiKur apporter un tribut. Dans les années young-lo (1403- 1424), l État de l’Est fut détruit par celui de l'Ouest. La 7* année hiouan-te (1432), il viut un tribut de ce pays; ce tribut était accompagné d’une lettre (du roi; qui portail que « il y avait 1370 ans que sou royaume avait commencé à être fondé. Depuis les années houng -tchi (1504), des ambassadeurs porteurs de tributs sont arrivés rarement de ce pays. »

L'identité du T chào-wà ou Koùa-wd, des géographes chinois, avec l'iie de Javva de Marc- Pol, ne peut être douteuse. Les « Fastes universels » de la Chine rapportent ainsi (h. 98, P 21) l'expédition euvoyée par KJioubilai pour s’en emparer :

« La 29« année tchi-youan de Chi-tsou à la 2r lune, I-he-mi-chi, S se- fi et Kao-lting, qui étaient tous trois « gouverneurs * et « administrateurs » de la province «le Fd-kien, prennent le commandement d’une armer, pour allrr attaquer Tchào-wd.

« Le roi de cet Etat, lorsque précédemment l’envoyé de l'empereur, kleng-ki, y fut arrivé, le fit marquer au front avec une encre indélébile ( khiug / et le reuvoya ainsi. L’eiupcreur en fut Irès-irrité. Il ordonna à I-hi-mi-chi, S se- pi et autres de se mettre à la tête de 30,000 hommes et d'aller puuir ce roi d’une manière exemplaire. A cette époque, le souverain de TehsuHvd avait clé tué par celui de Ko-lang, royaume voisin (au nord-ouest de Java même). Le roi alors régnant (à Tchào-wa) : Tou- ‘han-pi-tou-ye (Tauduran Pati?), qui était le gendre du précédent, envoya au-devant i\eSse-pi, pour lui demauderde l’aider à venger l'assassinat de sou beau-père. Sse-pi et ses compagnons acceptèrent la proposition, forcèrent ensemble le roi de Ko-lang à se retirer (de Tchaoi vd, dont il s'était emparé). Tou-' han-pi-tou-ye (uuc fois rentré en possession de son royaume) se révolta (contre ceux qui le lui avaient fait recouvrer). Sse-pi et ses généraux lui livrèrent plusieurs combats, mais ils furent repoussés et obligés de se rembarquer. Ils perdirent plus de 3,000 hommes, lis avaient fait un butin en objets précieux, estimé à plus de 500,000 (otircs d'argent) ; mais l’empereur avait formé de trop grandes espérances, pour être satisfait de si peu. il ne leur pardonna pas d’avoir négligé de punir Tou-1 han-pi-tou-ye lorsqu’il était en leur pouvoir de le faire. Sse-pi et I-he-mi-chi eurent le tiers de leur» biens confisqués ; il n’y eut «pic Kao-hing «pii lie subit aucune puuitiou. » (A’ou Thoung-kien kang mou, k. 23, P* 38.)

khoubilai-kha&u étant mort eu 1294 , une nouvelle expédition ne fut pas teutée contre Tchào-wd. On voit métue que les relations entre les deux pays se renouèrent, car, eu 1298, Gnnndn (le Toung-king), Tcuao-wà et *Ki/Hchi (les a Dents d'or »), envoyèrent des ambassadeur» porter des tributs au nouveau souverain. Tchào-nà eu envoya encore, en 1320, 1325,

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