‹ Le livre de Marco PoloChapitre 186 sur 357 · CHAPITRE CLXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE CLXV

ont convertis ceulx du pays à la loy Mahommet. Mais ce sont cil/, «le la cite, car ceulx des montagnes vivent connue bestes et menguenl cliar d'hommes, et toutes autres chars, et aourent diverses choses. F,t quant ilz se lievent le matin, la première chose qu’il/, voient, celle aourent il tout le jour1'.

Or vous ay conté du royaume de Fellec si vous contera y apres du royaume qui a nom Basmam ’.

Quant on se part du royaume de Fellec 1 si entre on ou royaume «le Basman (6) , qui est aussi royaumes par luy. Ilz ont langaige par culx, et sont comme bestes, car ilz ne tiennent nulle loy1, et s'appellent4 pour le grant Kaan ; mais ilz ne lui font nul treu 5, pour ce qu’ilz sont si loings". Uzontoliphans assez et unicornes (7) aussi

1» Ms. C. Les niss. À. et B. portent : • quant ilz se lievent au malin, la première chose qu'ils a nu mit , ils aourent erlltty jour. • — • Ms. B. Faire; ms. C. Fcrrielet. — i Ms. B. Basman. — 1 Ms. B. Faire. — 1 Le ms. C. porte : « il n'ont loy ne su ne. • — - m Le ms. C. ajoute ici : « Mais toulrsfoiz tous ceulx île cestc isle sont pour lui. Maiz se les gratis gros au grant Kaan y pouissent venir et nier, ilz les auroient tost mis dessonbz lui. Mais aucunes foiz lui envoient presrns de choses estranges. »

5 .-t tinrent. — 4 .S> réclament du. — s «Ve lui payent aucun tribut.

C Mnrsden (n. 1205} pense que Marc Pol désigne ici Pasey, écrit Paçem dans les anciens voyageurs, et situé sur la côte nord de l'tle, non Inin de la « Pointe du Diamant ■ on Perlac. Il s’appuie sur un passage de Jean de Barras, où il est dit : « Pêdir était la ville principale de rette partie de l’ile, avant la fondation de Malacra; mais postérieurement à cette fondation, et particulièrement après l’arrivée des Portugais, elle commença à décliuer, et Pacrm, située dans son voisinage, à s’élever en importance. »• {Décade 3 , fol. 1 15.)

>1. Dulaurier, par les extraits qu’il a donnés {Journal asiat ., année 1817, t. I, p. 125) de l'Histoire, écrite en malais, des rais de Pasey, concernant les règnes de Mclek-el-Saleh et Melek-el-Dhaher, dont le premier avait épousé la fille du rai de Perlac {Prrlec de Marc Pol), confirme la supjimilion de Marsden et le récit du voyageur vénitien , qui dit que ees deux royaumes sont limitrophes, puisqu’en - partant du premier on entre dans le sccnud. »

(7) C’est un fait bien constaté qu’il y a, ou

du moins , qu'il y avait autrefois dans l’ilr de Soutnalra des éléphauls et des rhinocéros. 1-e marchand arabe Solevman, qui visita l’Inde et la Chine dans le neuvième siècle de notre ère, et Ibn Datoutah, qui parcourut les mêmes contrées dans le milieu du quatorzième, cinquante tus après Mire Pol, disent tous deux qu'il y avait beaucoup d'éléphants à Sooinatra. « L’ile de Bamny (Soumatra), dit le premier (traduction de M. Bernaud, t. I, p. 7), produit de nombreux éléphants, ainsi que le bois de brésil {baccam) et le bambou. On y remarque une peuplade qui mange les hommes (les Battait . » — - H y a dans Kâkoula (port de Pile de Soumatra', dit Ibn Batoutah (traduction citée, t. IV, p. 2 H), beaucoup d'éléphants j ils servent à porter les hommes ainsi que les marchandises. Tout le monde attache ses éléphants à sa porte; chaque Imutiquier tient près de lui son éléphant , qu'il monte pour se rendre à sa demeure, et tous portent les fardeaux. »

Le rhiuoréros est Punieorm* de Marc Pol ; la description qu’il en fait se rapproche de celle du

qui ne sont gaires grandes d’un oliphant ; et ont le poil autel 6 comme bulle, et les pies comme oliphant, et ont une corne enmv le front, blanche, moult grosse ; et 11e font nul mal de la corne, mais de la langue ; car elles ont la langue moult espineuse de grans espines et longues ; et si ont la teste autelle comme de sanglier et portent lousjours la teste enclinée vers terre. Elles demeurent voulen tiers entour lacs et plantains’. C’est une moult laide beste à seoir, et 11'est pas telle comme nous disons de ça qu’elle se prenl au giron d’une pucelle \ ierge ; ains est tout le contraire. Et ont singes (8) grant quantité de pluseurs façons. Et si ont ostours 8

6 Semblable. — 7 Pbtntations. — * Autours

i hiuocèros d’Asie par Buflun. « Après l'éléphant, dit le grand naturaliste, le rhinocéros est le plus puissant des animaux quadrupèdes; il a au moins don 4e pieds de longueur depuis l'extrémité du museau jusqu'à l’origine de la queue, six à sept pieds de hauteur, et la circonférence du corps à peu près égale à la longueur. Il approche donc de l'éléphant pour le volume; et s’il parait bien plus petit, c’est que sirs jambes soûl plus courtes à proportion que celles de l'éléphant ; mais il en diffère beaucoup par les facultés naturelles et par l'intelligence... »

Dans un curieux Mémoire accompagné de planches, publié dans le Journal of the Asiatic Society of Rengal (1862, n° 25, p. 151 et suis.) sur les espèces asiatiques du Rhinocéros , M. Ed. Blyth soutient que le Rh. Indiens et le RU. Sondai eus (tous deux de l’espèce uuicorne ) ne se rencontrent pas à Soumatra , mais bien le Rliiuocéros à deux cornes, Rh. Sumatranus.

La peinture que fait Ctèsias de Varie sauvage de l’Inde (qu’Ælien nomme uni corne : évoç povôxipta;) paraît se rapprocher en effet beaucoup plus de celle de Marc Pol. Ces « uuicoinrs» étaient d’une taille non inférieure à celle des chevaux. Ils avaient le corps blanc , la léte rouge, les yeux couleur d’azur, et portaient une corne au milieu du front , longue d'une couder et demie ; xcpa; 6 i èjreiv iit l tû pevctmu, v mfytwç tè péyîflcic xcdf.pfoto; npootTi, x. t. >. Ctésias ajoute que la partie de cette corue qui se rapproche du front rsl entièrement blanche , comme le dit Marc Pol.

; de a c erp f or, pour acrifMter.

C’était une superstition commune dans le moyeu âge, dit M. Thomas Wright (édition de Marco Polo, p. 308), et enseignée dans les traités sur l’Imtoire naturelle de celte époque (les » Bestiaires, « routine on les appelait) que le seul moyeu de prendre l 'uuicorne était de placer une jeune vierge près de l'endroit que la hèle fréquentait d'habitude. On croyait qu'à sa vue l’auiuial devenait si apprivoisé qu’il s'approchait â l'instant de la jeune fille et plaçait sa tête sur scs genoux ; les chasseurs s’approchaient aussitôt cl tuaient l'unicorne ainsi dompté. C’est celle croyance que réfute Marc Pol, connue celle des petits hommes empaillés dont quelques marchands trafiquaient en Europe, et qui ii 'étaient que les petits singes de Soumatra préparés ainsi.

(8) Dans les « Olm-rva lions d’un voyageur »■ (par Foucher d'Ohsonville, Paris, 1783}, l’auteur décrit cinq ou six espèces de singes de diverses parties de l’Inde. Il dit que ceux qui sont les plus communs ont le poil du corps d’un gris sale,* terreux , etc. ; deux autres races sont distinguées par la barbe et la chevelure, qui entourent leur face comme d’une sorte d’auréole... les babouins à courte queue, dont le séjour ordinaire est dans les rocher* cl les bois isolés., comme les précédents. Une cinquième espèce, au corps svelte, a la queue très-longue. En outre, des voyageurs indiens informèrent l’auteur que dans quelques cantons de la presqu’île il en existait encore deux autres, dont la plus petite parvient à peine, debout, â la hauteur d'une coudée. C’est prolwiblerocnt de cette

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