CHAPITRE CI.XV
tous noirs comme corbeaux ; et sont moult grant oysel et l>ons pour oyseler. F.t si vous <li que ceulx qui aportent les petis hommes et «lient qu’ilz sont d’Inde : c’est grant mensonge ; car ilz ne le sont inie ; ains sont singes petis qui sont en ceste isle % et vous diray comment ilz en oeuvrent ».
Il a en cesle isle une maniéré de singes qui sont moult petit, et ont le visage autel lo comme un homme. Si les prennent et les poillent " tous, fors que il leur laissent du poil à la barbe et au poinil ". Puis les laissent secliier, et les appareillent r de salTren et d’autres choses ; si que il samble que ilz soient hommes. Ht ce n’est une vérité. Car en toute Ynde, ne en autre pays plus sauvaige, ne furent oneques telz hommes veus.
Nous ne vous dirons plusdecesl royaume de Basman. El vous dirons cy avant des autres l’un apres l’autre.
Or sachiez que quant l’en se part du royaume de Basman on treuve un royaume qui a nom Samara (9), qui est aussi en ceste
“ Ms. • «|ui sont contrefait (c.-à-tl. arranges, préparés) en ceste isle. » — ° Ms. C. I*nylzzi pubis. — r Ms. C. adoubent .
9 Font i de ouvrer, faire. « — 10 Semblable. — 11 Epilent.
dernière espèce que parle Mare Pol , en disant qu’iV# ne tant pas de f Inde, tuais de Vile de Soutnatra; ce qui coueorde avec le dire des voyageurs indiens.
(0) Marsden dit (h. 1211) que la place qui répond le mieux à Samaro> est Sama-langa, située entre Pédir et Pasey, sur la même côte nord, et décrite dans les livres malais comme ayant l'avantage de posséder un ancrage trèsabrité. Le Sama-langa des .Malais devait être alors Ir port dans lequel débarqua Ibn lhitoutah, et qu'il nomme Sarha, situé à quatre milles de la ville de Somnthra (ou Somuatra) , laquelle ville était le chef-lieu d’un État inahoméUu dont le sultan Almalic Azzahir était alors le chef. (Voyages d'Ibn-Hatoutah, traduction citée, I. IV, p. 230.) C’est évidemment là le royaume de Samara de Mare Pol, où il nous dit qu’il sé‘journa cinq mois à cause du mauvais temps qui l’empêcha de continuer sa navigation.
Plusieurs commentateurs de Marc Pol, cuire
autres M. Hugues Murray, prétendent que le « royaume de Samara » ne peut pas être placé sur la côte nord-ouest de Soumatra, parce «pie Marc Pol dit que, non-seulement I’- Etoile polaire, • mais encore la * Grande Ourse -, y sont invisibles; et M. Murray, partant de là, soutient ( T rave h of Marco Polo, p. 284) que Samara est la b baie de Samangka à l'extrémité sud de file, suivant son système de placer tous les Liât* déjà décrits sur la côte méridionale de l’ilc , qu’aucun fait historique n’autorise.
Ilaldellt Boni (// Milione, etc ., t. I, p. 162) avait répondu d’avance à l’objection tirée de l’invisibilité de la » Grande Ourse -, en disant que ce n’est pas celte constellation qui est désignée dans le texte de Marc Pol. Voici ses paroles :
<• Quant o a ciô che esso roz/amenle (vulgairement) appella Stella del Maestro a parère del Chiaro Padre Ingbirami sombra che voglia siguilicare il Caro di l’oote (le Char du Bouvier) eh*
isle nieismes ; ouquel rojaunie uiessire Marc Pol démolira .v. mois pour le temps qui ne le laissoit aler avant. Et si vous di encore que l’estoille de la tremontainne ne celle du maislre 11 n’y aperent riens'3, llz s'appellent aussi pour le grant Kaan. Demeurant ledit messire Marc Pol en ceste isle pour le mal temps'5 cinq mois, si descendirent à terre des nefs, et lirent cliasteaulx de fust 16 et forteresses là où ilz demouroient pour doubtance '7 de ces hommes liestiaulx qui menguent les gens (to). Il y a poissons assez, les meil-
•* l' étoile polaire . Arcturus, ou l’étoiU* que l’on nomme le Bouvier , et non YUrsa major, — JV*> apparaissent aucunement. — lh se réclament aussi du. — Ma mai s temps.
— «6 Halo talions de bois fortifiées i blockhau
nci luoghi uve si nascondc solto l’oruzonle trainonla verso la parte di Maestro. Esso non vedendo delta costellazionc, dimoslra che si trovava ucl Reaine di Samarrha (ou Samara) nel tempo in cui quest a costellazionc pcrcorre nella notte la parte inferipre dcl suo arco diurno, e percio in quei climi dnvea trovarsi nella notte solto l’orizzonte. »
Il est vrai que quelques traductions latines, comme celle de Grynams, reprotluite par André Muller, portent : « In hoc regno ncc Ursa minor, nec major, quant vulgo Currum maguimi vocaut, apparet, « Mais c’est là, croyons-nous, une mauvaise interprétation du texte primitif français. Celui de la Société de Géographie porte : * Et encore vos di que f rttoillesdou iîeistre ne apareut ne pou ne grant (p. 193). « La version latine publiée par la même Société dit : «Item Tramontana non apparchat ibinec steUte. Ma gis tri (p. 145). - Enfin l’ancien texte italien de u la Crusca », antérieur à 1309 et traduit du français, porte : « E encore la Tramantana non si vedeva, ne le stelle del Maestro. » (Edition Baldelli Boni, p. IG2.) Il s'agit donc de savoir ce qu'a voulu exprimer le rédacteur primitif par Y est ville du Maistre. H parait bien évident qu’il a voulu désigner ainsi la constellation du Bouvier qui conduit son attelage, plutôt que la grande Ourse, • l’rsa major », comme l’ont interprété Ica traducteurs latins postérieurs, ainsi que Hamusio, qui dit : - la Tramoutana quivi ancora non se vede, ne si veggouo am o le stelle ebe sono nel Carro. »
f> que dit Marc Pol des habitants de ce pays
i. — *7 Crainte.
qn'« ils se prévalaient de la protection du grand Kaàu », n’est pas une pure supposition de sa jurt ; l'histoire officielle de la Chine le confirme. On y lit qu’en 1282, des ambassadeurs de Sonmou- ta et de Soti-mou-toti-ld, considérés comme deux royaumes distincts de Soumalra, arrivèrent à la cour de Kboubilaï Khaàu ( Li tai bisse, k. 98, fol. 6 v-*). En 128G, dix royaumes maritimes de l'archipel des Indes, ou Malaisie, au nombre desquels étaient Siu-men-na , Seng-khi liy Kén- » voudi, Ma-lan-tan , Ting-ko-rh , Mn-jm-rh et Sou-mou- ton-la ( Soumalra' , envoyèrent des tributs au souverain mongol (ib., fol. 12). Cela se passait du temps de Mare Pol. Il était donc bien autorisé dans son dire.
(10) La rédaction italienne de Ramusio est plus développée et plus explicite sur ce point que la nôtre , elle porte : « E cosi stando delto « M. Marco tanto tempo iu queste isole, discese
* in terra con circa duemila uomini in sua coin- « pagina. E |»er paura di quelle genti bestiali, « che volent ieri prendonn gli uomini, e gli amaz- « zano, e gli mangiano, fece cavar fosse grandi « verso l'isola intorno di m*, i capi delle quali m finivano sopra il porto del mare dall una parle, «• e dall'altra : e sopra le fosse fece far alcuni « edifizi, ovvero baltrcsclie di legname, e rosi n slette siruramente cinque mesi in quelle for» « lezze con la sua gente, perché v’è moltitudine « di legname , e quei ddl* isola contratlavaiH» o con loro di vettovaglie, e altre cote, perché si
• fidavano. » (Edit. Raldelli Boni, p. 395.)
C’est là évidemment un développement posté-