CHAPITRE CLXV
sont si prcudommes gens ' ; et sont ydolastres Hz s'appellent pour le grant Kaan. Et vous conterons une mauvaise coustume que ilz ont. Car quant aucuns d’eulx est malade, si envoient querre leurs enchanteurs. Et ceulx leur demandent se le malade doit guérir’ ou non de celle maladie; et se ilz dient que il doit guérir, si le laissent jusqties à tant qu’il soit guéris. Et se il doit mourir si comme ilz devinent, si envoient querre hommes, qui sont juges, à mettre à mort ces malades qui soutjugies par enchanteurs qui doivent mourir ; et viennent ; et mettent au malade tant de robes sur la bouche qu’ilz l’esteignent *<. Et quant il est mors, si le font cuire; si s’assamblent tous les parens au mort et le menguent. Et si vous di que ilz succent les os si bien qu’il n’y demeure pas un grain de mouelle ne d'autre graisse dedans, pource que ilz dient que, se aucune substance demouroit dedans les os, que elle feroit 5 * vers ; et les vers mourraient par delïaulte de mengier. Ilz dient que de la mort de ces vers l ame du mort en seroit chargiée ; si que, pour ce, ilz menguent tout. Et quant ilz ont ainsi mengié, si amassent les os, et les mettent en belles arebes ,0, et les portent, et les pendent
1 Le même ms. porte : « et si sont moult sauvages gens. • Les mas. A. B. portent pre udommes. — u Ms. À. i file s. Ms. C. rdres. — v Ms. B. garir. — * Ms. À. morir.
*3 Quérir. — *•* L’étouffent. — ** Produirait, engendrerait des vers. — *6 Coffres , boites; du latin area.
à plusieurs : tous «'accordèrent que ceste isle contient en soy .xxiiij. islcs toutes solempuelles et bien habitées ; et si y a .liiij. roys couronne/. »
A quelques variantes près ce récit est bien le meme que celui de Marc Pol, et il parait bien s’appliquer au\ mêmes habitants de l’ile de Soumatra. Si le frère Odcric ne disait pas que tout ce qu'il raconte» il l’<i vu de ses propres yeux, on pourrait supposer que les faits racontés par lui ont été puisés dans un des manuscrit'! du Livre de Marc Pol, qui étaient en circulation à l'époque où le livre des pérégrinations dudit frère Odcric fut rédigé en latin (en 1330), et du latin translaté en françoispar Jehan le Longdict et né d’Yppres (en 1351), comme il est dit dans le préambule (lieu cité, feuillet 53 v°). Ce récit coulir-
mc donc d'une manière surprenante celui de Marc Pol, quoique ce ne soit peut-être pas la même population qui soit décrite. On ne doit donc pas supposer, comme l'a fait Marsden (qui dit n'avoir pu découvrir aucune autorité pour confirmer le récit de Marc Pol), que ce voyageur si véridique a été abusé ( misfrd) pur >• une de ces n histoires merveilleuses à l'invention desquelles « ce peuple est si adonné ( note 1223). » Il est assez probable que ces usages étranges n’existent plus de nos jours; mois il serait téméraire, croyonsnous, de soutenir qu’ils n’ont pas existé du temps de Marc Pol. Les cruautés et les barbaries plus atroces dont nous sommes encore témoins chez des nations dites civilisées, cruautés et barbaries qui n'ont pas pour excuse un sentiment religieux, nous font assez voir ce dont V humanité est capable.
EK LIYHE DE MAKC POL.
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aus grans cavernes des montaignes, en tel lieu (|ue beste ne autre chose ne les puisse toucliier. Et sachiez que, se il prenoient aucun autre honune qui ne feust de leur contrée, et ne se peust racheter par nionnoie, ilz l’occirroient et le mengeroient maintenant17. Si que ce est une moult mauvaise coustunie et moult périlleuse.
Or vous ai conté de ce royaume; si vous dirai avant des autres, si comme vous pourrez oyr.
El quant l’en se part de ce royaume, si treuve l’en l’autre royaume qui a nom Lambry ( 1 3). Hz s’appellent pour le granl Kaan, et sont ydolatres. Ilz ont canfre assez, et autres espiceries de toutes maniérés. Si ont bresil (i 4) à grant foison. Et vous di que ilz le semment1; et quant il est creus 18 si comme petites vergettcs, si le esrachenl et le mettent en autre lieu 3o ; et illeuc le laissent croistre trois ans; et puis l’esrachent atonies les racines 3l. El sachiez que ledit niessire Marc l’ol apporta la semence du bresil, qui semoit', jusques à Venisse; et la fist semer; et n’en crust riens; et je croy que ce fu pour le lieu qui est froit.
Encore sachiez (pie en cest royaume de Lambry si a hommes qui ont queues bien du long d'une pausme, et 11e sont point peines. Et
y Le ms. C. dit ceci du camphre; c’est une erreur. — 1 Ms. C. que ceulx sesment.
*7 Aussitôt. — ,8 11 a poussé. — *9 Arrachent. — 3o Ils le repiquent. — h Avec toutes ses racines. Le ms. B. écrit : rachines.
(13) Marsden ne sait trop où placer ce royaume de Lambri ; il serait porté à f identifier avec le pays où coule la rivière de JamAi , au sud du royaume précédent ; mais il y trouve toutefois dos difficultés. Dans l'état actuel de nos connaissances de cette grande île de Sou ma Ira, la position précise du royaume de I^imlui, de Marc Pol, ne peut pas être exactement déterminée ; mais l'existence de ce petit État n'en est pas moins historiquement certaine. SI. Dulauiier, dans ses » Eludes sur la Relation des Voyages faits dans l'Inde et à la Chine «* ( Journal asiatique t année 184G, p. 73), dit que le» royaume de Lambri - de Marc l’ol , est la contrée appelée ^c, t.nmbriy par l'auteur malays du Sc/tee/jarel-AJa-
layntt, ch. vin, p. 73 », qui la place sur la côte nord-est de l'ile. Cette situation concorde parfaitement avec celle que lui donne Marc Pol, dans l’ordre deson énumération, après le royaume d ’Angrinan ou lnJragin, dont la situation sur la même côte nord-est de l'ile sc trouve bien déterminée.
(14) l-e » bois de brézil » ( ctetalfùnia sappan de Linné) a déjà été mentionné précédemment. La tentative que fil Marc Pol de l'introduire en Europe devait nécessairement échouer; car il lui faut un climat placé sous l'équateur, comme à Souniat ra ou au Brésil, pour qu’il puisse végéter. Cette tentative de uotre voyageur n’en est pas moins remarquable.