CHAPITRE CLXV
ces hommes demeurent es monlaignes, et sont ainsi comme gens sauvaiges; la queue”*est bien si grosse comme celle d’un chien(i5). Hz ont unicornes assez; et ont chassoisons et venoisons assez.
Or vous ay ore conté de ce royaume de Lambry. Si treuve l’en un autre qui a nom Fansur (16) ; et sont ydolastres; et s'appellent pour le grant Kaan. Et croist en ce royaume de Fansur le meilleur canfre du monde , qui est appelle canfre Fansury. Et est si fin bb que il se vent à pois 31 d’or fin. Hz n’ont point de froment “ ; mais ris que euLx menguent avec lait et avec char. Et si ont du vin des arbres que je vous ay dit. Et si vous conteray une autre merveille moult grant. Car ilz ont maniéré d’arbres qui font farines, qui est moult bonne à mengier. Ces arbres (17) sont moult gratis et moult
,a Mss. B. C. Le ms. A. quelle, — M» Ms. A. si fine. — cc Ms. B. fourmeni. Ms. C .f tournent. Poids.
(15) Marsden pense que ce qui a pu (tonner lieu à la fable des hommes à queue, que rapporte Mare Pol , est le Fait qu’il existe réellement dans l’intérieur de Soumatra deux espèces d'indigènes visant au milieu des linis, et exilant toute coimuuuication avec les autres habilauts. Ils sont appelés Orang Kulu et Orang fiugu. Les premier» sont dits assez nombreux, principalement dans cette partie du pays située entre PaUmbang et Jambi. Ils ont un langage qui leur est tout à lait particulier, et ils mangent indifféremment tout ce que les forêts qu’ils habitent leur fournissent : comme cerfs, éléphants, rhinocéros, chiens sauxages, serpents, singes. Les Gugu sont beaucoup plus rares, et different trèspeu, si ce n’est dans l'usage de la parole, de Y Orang-outang de Bornéo, leur corps étant couvert d’un long poil.
(16) Fansour , en arabe, dans la Relation des voyages du marchand Soleymati, et dans la Géographie d'Aboul-féda , qui dit qu’au midi de Java (la mineure, ou Soumatra) est la ville de Fantour, qui donue son nom au camphre appelé fansourien : « In australi hujus insulte « plaga est urhs Fansur, a qua nonieu habet cam- • phora Kansureusis. » (Trad. de Reiske, p. 277.) « Ce nom de Fansour, dit M. Dulaurier (lieu cité, p. 66), s'applique à la contrée de Soumatra,
nommée Pasouri par l’auteur de la
Chronique malaye , intitulée ShcJjaret Matayau. » Notre mot canfre ou « camphre » pour désigner la sulxstance en quesliou. vient du mol latin camphora ; mais re dernier dérixe lui-même du mot sanskrit itnrpoüra, qui désigne le même produit. Celui de Soumatra est effectivement le plus renommé, et, selon Marsden, celui qui sc vend le plus cher sur les marché* de l’Asie.
(17) l.’arhre en question est le Sagou ou «arbre à pain » que les Malais nomment, selon Marsden, fuiiin sagn. n Cet arbre admirable, dit Poivre ( Voyage d'un philoiophe), est 1111 présent de la nature , bien fait pour des hommes incapables de Iraxail. Il ne demande aucune culture ; c’est un palmier qui croit naturellement dans les forêts à la hauteur d’eux iron vingt-cinq à trente pieds. Il dcxicut quelquefois si gros qu'un homme a de la peine à l’embrasser. Il se multiplie luiinéwe par ses graines et ses rejetons. Son écorce ligneuse a environ un pouce d'épaisseur, et couvre une multitude de libres allongées qui, s'entrelaçant les unes dans les autres, enveloppent une masse de farines gommeuses. Dès que cet arbre est mûr et prêt à donner sa substance, il l'annonce en se couvrant , à l'extrémité de ses palmes, d’une poussière blanche qui transpire à travers des pores de la feuille. Alors le Malais
gros ; et si ont l'escorce moult soulil33 ; et dedans si sont moult plains de farines. Et vous di encore que ledit messire Marc Pol , qui tout ce vit, conta comment pluseurs fois ilz orent 3* de celle farine, et fu pestrie et fu, le pain, moult bon à mengier.
Autre chose n’y a qui à conter face ; si que nous vous avons conté de ces .viij. royaumes les .vi. lesquelz sont de ceste partie de l’isle. Des autres deux royaumes de l’autre partie de l’isle ne vous conteray je riens, pour ce que ledit messire Marc Pol n’y fu point (18). Et pour ce lairons alant à conter de ceste isle meneur
55 Fine, déliée. — * ‘ Furent.
l’abat par le pied, et le coupe eu plusieurs tronçons qu'il fcud par quartiers. Il en tire la masse de farine qui y est renfermée, et qui est adhérente aux fibres qui l'enveloppent. Il délaye le tout dans l’eau commune qu’il passe ensuite au travers d'une chausse de toile fine pour en séparer les fibres. Lorsque cette pâle a perdu une partie de son humidité par l'évaporation, le Malais la jette dans des moules de terre de différentes formes, et l’y laisse sécher et durcir. Cette pâte est une nourriture saine. Hile se conserve ainsi pendant plusieurs années. •»
Le frère Odérie, en parlant de l’ile de Mathau près de Java, décrit (lieu cité, feuillet 50 v*) un arbre farineux qui donne une liqueur, laquelle, étant laissée exposée au soleil l’espace de quinze jours, se dessèche et se réduit en farine. « Après la lavent en eau doulre et lors en font une paste si très bonne que merveilles ; et de celle paste font pain et aultre viande [aliment) comme il leur plaist, selon la guise du pays. Et te, frere Odrie, meng.iv de ce paiu ; il me sembla treshou. Il est au dehors un peu noir, mais dedans est tresliel et Iresblatic. •
(18) Il est évident par ce passage que les - six royaumes », sur huit, de Soumatra, décrits par Mare Pol, à savoir : Pellcc ou Faite , Batman (Pjtsey), Sa nuira (Samalanga) , Angrinan (ludragiri), Lambry et Fansur> ne font pas été sur de simples rapports faits à Marc Pol par d’autres voyageurs ou des indigènes, mais apres les avoir visités lui-même. Et res six royaumes décrits étaient situés d'un meme côté de Pile (de cette partie) ; celui du détroit ; les deux autres, de P autre partie , c'est-à-dire du côté sud. Ou a
vu ci-dessus, en effet, que les renseignements qu’il a donnés sur ces royaumes sont confirmes par de nombreuses autorités. Nous eroyous donc que, dans ce chapitre, comme dans tous les précédents, la véracité de son récil ne peut plus, désormais , être suspectée.
Après avoir écrit rcs lignes nous avons trouvé dans le Journal of the Bombay B ranch of the Boy al mi a tic Society , juin 18C1, Appendix , p. Ixviii) une lettre de M. Kreiderich, datée de Ratavia, G octobre 1857, dans laquelle on lit :
•• Vous apprendrez peut-être avec plaisir que j’ai trouvé les an riens noms réels [the real o/d names) de Java et de Soumatra dans des inscriptions provenant de m deux îles. Ce qui avait été depuis longtemps soiiprouué et principalement indiqué par Marco Po/o, à savoir : « qu’il y avait deux îles appelées Java », est maintenant devenu une « certitude indubitable. »
« Dans la grande inscription de Pageo Rugung (Mciiang Rabin, Soumatra), celte île est appelée » Prathama Java » (la première Java).
« Dans une inscription sur plaque de enivre de la partie nord-est de Java (donnée par Rafflrs, planche 85), notre île est aussi appelée Java Dvipa. Maintenant nous pouvons comprendre comment Ptolémée a pu dire que Yava était riche en or. Soumatra a, en effet, une grande quantité de ce métal, mais Java n’en a point. Que toutes deux aient pu être appelées Intulœ hvrdei (eu sanskrit Tara, « orge •) peut être expliqué par leur extrême fertilité, et Yava» hordeum », peut être pris comme prototype de toute espèce de grain (hicalue). Marco Polo appelle Soumatra « liiava minore*, et cette expression