CHAPITRE OLXVIII
leur isle que soit ou monde, de sa grandesce. Et sachiez que elle dure bien deux mille quatre cens milles. Mais anciennement estoit greigneur, car elle duroit bien environ trois milles (milles', selon ‘ ce que les bons mariniers dient de celle mer. Mais le vent de tramontainne 1 y vente si fort qu’il a fait aler une grant partie de celle soubs aigue 3. Et celle est l'aehoison 1 pourquoy elle n’est si grant comme elle fu jadis (a). Mais sachiez que de là où le vent à tramontainne' vient, est l’isle moult basse et toute plaine. Et quant l’en vient de haulte mer atout aucune nef, l'en ne puel veoir la terre devant ce que ou est dessus 5.
Or vous conterons des fais de ceste isle. Hz ont roy que ilz appellent Sendemain (3); et n’en font treuage à nul. Hz sont ydolas-
h Ms. B. selonc. — c Ms. C. de tramontane. Le « de noire texte est pris dans le sens des particules a , ab, latines.
* Du nord. — 3/é l'a submerger. — 4 Raison. — ,J Avant qu'on soit armé sur ses côtes.
le Sidath San gara, va, a C.ramnmr of the Singhalesc long nage , translated inlo rnglish !>jr James de Atwis, Colombo, 1852, p. H). Dans le « Mahaw unso », traduit du cinghalais par M. G.
Turnour {Ceylan, 1837), il est dit (p. 47) : • O
- prince (Widjayo) débarqua dans la partie noiu-
- mée Tambapan'tt'i ( Tàiuraparn’in ) de cette « terre de Lanka, le jour même que le succes-
- scur (du premier Bouddha) se relira sous Par- « hre sala ( shorea robusta, Wilson) pour obte-
- nir le « nibhauaw •• ( nirevàn a, p- exlincliou • finale des douleurs terrestres »).
« Widjayo, le fils de Sihahâhou («liras de lion »), roi de la contrée de La la, accompagne de sept cents compagnons, est débarque à Lankà. •»
Comme ce prince indien était fils d’un roi que l’on nommait « bras de lion », et que ce priucc tua lui-méuie un lion que l’on disait être son pere , il fut nommé Si/tala (eu cinghalais Siba/d, « le tueur de lion »), et l’ile dont il dcvint le souverain fut nommée, depuis sa conquête par les habitants du pays : Si/tala, en sanskrit :
Sinhalti, » l’ile du tueur de lion », d’où est venu le nom de .Seila», Ceylan, et ses u ombre uses variantes.
(2) Cette opinion d’une diminution d’étendue de l’ile de Cey lan, par les envahissements de la mer, n’est pas «culemcnt propre aux navigateurs
ou mariniers dont parle Marc Pol ; elle se trouve consignée dans les livres liixtoriqucsdr Ceylan qui fout remonter cet envahissement, ou plutôt la submersion par la mer, d’une grande partie de l’ilc, 2387 ans avant notre ère. « Antérieurement à cet événement, dit le major Forbrs ( EUven yenrt in Ceylon , London, 1840, t. Il, p. 257), Lankâ est dite avoir 5 1 20 milles de circonférence ; et il s’ensuivrait, dapres celte assertion, que l’ilc aurait été alors réduite à 2002 milles. Par de nouveaux envahissements de la mer, sous le règne desPâtiduvâs (ou fils dePnndnu, fondateurs du royaume des Pandioiis, qui réguèrentdc 504 jusqu’à 474 av. J.-C.), et ensuite, par une calamité plus grande qui arriva sous le règne de Dewenipialissn {dans le troisième siècle avant notre ère), Ceylan fut réduite à 928 milles de circonférence, que les ouvrages topographiques cinghalais assurent être l’étt ndue actuelle de Pile (la circouférence de Ceylan est d’environ 800 milles). On peut induire, de certains passages du Rauiàyana, que Pile de Mainarn , à Pouest de Mâuar, est descendue au-dessous du niveau de l’Océan, ou a été submergée avant même Père de Rama , mai» que la tradition avait alors conservé le nom de cette ile ainsi que le sort qu’elle avait subi. •
(3) Le roi qui régnait alors à Ceylan était, selon les livres cinghalais (extraits par G. Tnr-
très et vont tous nuz fors qu'il/, cueuvrent leur nature. Hz n'ont nulz blés, niais ris et susenian 6, de quoy ilzfont liuylles. Hz. vivent
6 Sésame.
nour, dans son Epitome of the Httlory of Ceylan) était Kaliknla Safiilya Snrgwnjnya. Il commença son régne Pan 1 800 de Père bouddhique de Ceylan (1267 de noire ère). Il compléta la conquête de Pile; mais, la 1 1' année de son règne (en 1277), Pile fut envahie par une armée de Javakou (appellation générale des Malais' , sous le commandement de Trhandrahanou, lesquels furent repoussés par Wirahahou, parent du roi. Celui-ci attira dans Pile le célèbre prêtre iHHiddltique Dliariuarkirtti, de Tambaratta. Il fonda la ville de Siiuardanaponra, dans les Sept Korlis, et y fit transporter les reliques de Dadala. Il améliora le* communications intérieures de Pile, en construisant beaucoup dcjwmts qui sont tous nommés : le plus grand ayant deux cent quatre-vingts coudées (58 mètres) de longueur, pour communiquer avec Sàlâguina ; le second en grandeur jeté sur le Kallnu-ganga, de quatre-vingt coudées de long (40 mètres), sur la route qui conduit du l'ie-d'Adam à Heutotte. Tchaudrubauou envahit une seconde fois Pile de Ceylan , mais il essu)a eucore une défaite signalée.
Sous le régne de ce priuce, la grande chronique connue sous le nom de •• Mah/ivanso » fut continuée par Dliarmakirtti, du règne de M.dia Sen jusqu'à cette époque.
Le nom de Snndemain (comme il est érrit dans nos trois mu.) parait être une épithète ou appellation, (comme Soiidhamma , «de grande vertu») de Sargwadjnya l’un des noms du roi qui régnait alors.
Ou a vu ci-dessus que le Bouddhisme avait été introduit dans Pile de Ceylan, avec un conquérant bouddhiste, des l’année 543 avant notre ère. Comme celte religion originaire de l’Inde fut aussi introduite en Chine dés le milieu du premier siècle de notre ère. Pile de Cevlan fut connue des Chinois de très-lionne heure, par les relations des jièlerins chinois bouddhistes qui visitèrent celte contrée. Fa-bien s’y reudit vers Pau 100 de notre ère; il lui a consacré un assez long chapitre de sa Relation , traduite par M. Abel
Rémusat ( Foë kouë ki , ou Relations des Royaume t bouddhiques, Paris, 1836, in-4°, p. 38), où Pile est nommée : le - Royaume des Lions — Nous avons traduit nous-méme et publié dans le Journal asiatique de Paris (année 1836, t. I, p. 400 et suiv.) une Notice sur le même pays, tirée du grand ouvrage de MaTouan-lin (I Vin liièn thvùng khâo ; k. 338, fol. 2G), que nous croyons devoir reproduire ici, à cause des faits liialoi iques qui s’y trouvent consignés.
| -J • p| Ssé tsë kouë, le - Royaume des Lions ou du lion ». Ce royaume a été connu pour la première fois du temps dcsTçiii orientaux (de 317 à 420 de notre ère). C’est un royaume qui n’est pas éloigné du Thien-tchu (ou de l'Inde). Il est situé au milieu de la nier occidentale ; son étendue du nord au sud est d’euvirou deux mille U (ou 200 lieues de 25 au degré). Il produit uu grand uombre de choses précieuses qui procurent beaucoup de profits à ceux qui les exploitent. Il n’y a aucune différence entre l’hiver et l’été. On y sème les cinq sortes de grains, sans avoir besoiu de se conformer à des saisons prescrites et limitées.
« Ce royaume n'était pas anciennement habité par des êtres humains ; il n’y avait que des démons et des génies (ou des esprits en général); «les dragons ou grands serpents y faisaient leur séjour. Les marchands des autres royaumes entretenaient avec eux un commerce d’échange, sans qu’ils pussent voir leur figure. Seulement, des pierres précieuses étaient mises en évidence comme équivalent (k*dn) du prix que les génies attachaient aux marrhandises. Les marchands, d’accord sur le prix (/ kiâ\ les recevaient (en échange de leurs articles de commerce).
« Les habitants des autres royaumes entendirent parler des délires de relie terre ; c’est pourquoi ils s’y rendirent en foule pour s'en emparer. Quand il y en eut un nombre suffisant, le pays devint uu royaume puissant ; les habitants purent alors apprivoiser les esprits et se débarrasser des lions. C’est de là que lui est venu son nom d’ile « du lion tué a ( Si n ho ta , ou Singhnla).