‹ Le livre de Marco PoloChapitre 196 sur 357 · CHAPITRE CLXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE CLXVIII

de char et de lait, et ont vin de ces arbres que je vous ay dit autrefois. Et si ont de bresil moult le meilleur du monde.

« Les nururs et coutumes (de ce royaume) sont les mêmes que celles des Po-'o-mcn (ou Brahmanes); mais ils pratiquent avec un grand zèle la loi de Fo (ou Bouddha). Ce fut dans les années i- ht de Xgan-ti (405-419 de notre ère) que des ambassadeurs furent envoyés pour la première fois (eu Chine) pour offrir une statue de Fo, en pierre de yu (ou jade) , haute de quatre pieds doux dixièmes, brillant de cinq couleurs différentes. Sa forme était si bien exécutée, qu'on ne l'aurait pas crue Ficuvre d'un artiste. Pendant les deux dynasties Tçin et Soung (397-477), elle se trouvait dans le temple JfVkouân (du ■* maître de la poterie •) de Kicnkang (aujourd'hui Riang-ning -fou, ou A 'ankmg).

« La cinquième des année* youan-kia de Wenli des Soung (428 de uolre ère) , le roi de ce royaume , nommé Tcha-tcha Mo-ho-ndn (le Radja , «Roi», Ma/ta - ndma ( « nommé le Grand » ) envoya un ambassadeur offrir un tribut. La première des années tn-thoung de Wouti, de la dynastie des Liang (eu 529), un roi postérieur : Kia-ye Kia-lo-ho-li-yt (Kirli Seua, de 523 à 532) envoya aussi un ambassadeur offrir un tribut.

« La troisième des années tsoung-tchang des Thâng(C70), un ambassadeur fut encore envoyé pour apporter un tribut. Dans le rommeneement des années ihien-p*ao (en 742), Chï-lomi-kia (Silo ou Çt/amégn, fils du roi Aggrahodhi, qui s'était révolté contre son père, régnant depuis 729, et qui lui succéda eu 709), envoya de nouveau un ambassadeur offrir des tributs consistant en grosses perle*, en pierres précieuses, en franges de filigranes d'or, en dents «1 éléphants et en étoffes de fine laine blauelie. »

Les communications de Ceylan avec la Chine, rapportées par Ma Touan-lin dan* la notice qui précède, sont confirmée* par le* histoires officielle*. On lit dans les « Fastes universel* » (Li toi ki ne i ùen p*ao , k. 40, fol. 30), sous l’année 428 de notre ère :

« Sie-tse , « Royaume de* Lions ». Le roi Tcha-li Mfa-ho( le • Kehatriya Maha », le même roi que ci-dessus, mais dont le nom a été altéré)

envoie un ambassadeur présenter une supplique et apporter un tribut aux Soung. — Cette même année, le roi du royaume l>oudd!iiquc de Kia-pi-li (Kapila), dans l’Inde, nommé Yue-ngni (le bicn-aimé de la lune, Tchandra-nanda ou Tchandra-iri) envoya aussi un ambassadeur offrir une supplique et apporter un tribut aux Soung. » (/A., fol. 35 v*.)

Ce* relations, toutefois, entre le* rois de Ceylan et le* empereurs de Chine étaient plutôt religieuses que politiques; c'était leur communauté dans la croyauce bouddhique qui les faisait naître.

On trouve dans la « Géographie générale historique de Siu » (k. 3, fol. 10 et 1 1) la notice suisanle sur Si -/du ou Ceylan :

» Sï-làn est située nti stul-esl du Vin-tou (Inde méridionale) ; c’est une ile au milieu de la nier, qui a mille li (100 lieues) et plu* de circonférence. Dans le milieu de celte ile, il y a une chaîne de montagnes dont un pir est fort élevé. Elle s’abaisse beaucoup en se rapprochant de la mer. I.e climat est sujet à de graudes pluies et à de nombreux orages mêlés de tonnerre. Les montagnes et les rivières y sont d'une beauté extraordinaire ; les fleurs et les arbres y abondent et forment partout comme des broderies. La voix des animaux, qui les peuplent, y est comme joyeuse et agréable à entendre. L’air y est si pur, si brillant, qu'il porte à la mollesse et au repos. Dans les forêts il y a beaucoup d'éléphants ; les habitants du pays s'en servent pour monture, comme de bumfs et de chevaux. Toute la population pratique la religion de Fô (Bouddha). Ou dit que FÔ est né dans cette contrée, et qu’il y passa une grande partie de son enfance.

« Les produits de la terre ne suffisent pas pour nourrir les habitants, qui recourent pour leur subsistance aux différentes populations de l'Inde. I«e* montagnes produisent des pierres précieuses. Les eûtes de la mer produisent aussi dis perles d’un éclat très- pur. L’écorce du cannellier (kouri, cînnamomum ), qui y croit (la « cannelle » du commerce), est la plu* estimée de toutes, et est bien supérieure à celle de l'ouest de Macao.

« Ia*s P'oit-lao-ya (Portugais), s'étant emparés

Or vous lairav à conter de ces choses, et vous diray la plus precieuse chose cjui soit ou monde. Car sachiez que en ceste isle treuve l’en les rubis, et en nulle autre contrée * du inonde ne croissent, fors que en ceste isle. Et si y treuve l’en les saphirs aussi et les scopaces -, et les amastites 8 et de maintes autres pierres précieuses (4). Et si a, le roy de ceste isle, un rubis le plus bel et le plus gros qui soit ou monde ; et vous diray comment il est fait. Il est long bien une grant paume ", et bien gros tant comme est gros le bras d'un homme. Il est la plus resplendissans chose du monde à veoir ; et n’a nulle tache. 11 est vermeil comme feu. 11 est de si

d Ms. À. nul autre port. — • • Ms. B. paulme.

? Topazes. — 8 Améthystes.

d’une baie de cette ile (en 1505), y établirent >ui port de commerce (pou-thêou) ; mais les H titan (les Hollandais) le leur enlevèrent (en lG5t>).

« La première année kïa-king (l“96), les Yng-kï-tt (les Anglais) en chassèrent les Hô-la'n et accaparèrent toutes les cotes de l'ile. A cette même époque, un homme cruel et tyrannique ( thsdn-hoit ), qui régnait dans l’ile, avait perdu le cu;ur du peuple; sa capitale était sur le bord de la mer et se nommait Ko-iun-fto (Colombo). Les Yng (les Anglais) s'étant emparés successivement du gouvernement, ce chef se retira dans l’in teneur de l’ile et y mourut. Toute File alors devint la possession des Anglais (Yng). Ceux-ci fortifièrent l'ancienne capitale, qui a été le lieu choisi par eux pour y réunir leurs vaisseaux de guerre et leurs troupes. Klle se nomme maintenant Ting-ko-ma-ti (Trincomaly). *

Le lecteur aura sans doute remarqué la clarté et la précision de cette notice de l'écrivain chinois, sur un pays qui lui était étranger. Le dernier souveraiu de Ceylan dont il y est question se nommait Sri Yikràmâ Ràdja Sing/ia (« le lion roi puissant et vénéré ») , déposé |uir les Auglais en 1815, après divsept ans de règne, et mort en prison à Vellore, en 1832.

1-a Géographie impériale (section des « Pays étrangers -) donne aussi une notice sur Ceylan , que le défaut d’espace nous empêche de traduire ici. Il y est dit que 1rs habitants de celle ile

pratiquent la religion de Cite (S 'akya-mouni ou Itouddha) , qu’il leur est défendu de manger de la chair de Iwinf, que l’air y est constamment chaud ( tchéng choit) , et que le sol produit en abondance du riz et d’autres grains. Quant aux productions naturelles, les « perles -, le « eorail -, des «■ pierres précieuses de toutes couleurs », le « cristal », le « bois de sandal -, le « soufre », y sont énumérés.

(4) « Il y a aussi, dit Hiheyro ( Histoire de t ile de Ceylan, Irai, française, p. 9), dans les royaumes de Ceita-Vaea , de Dina-Yaca , de Candy , d'Uva et de Colla, beaucoup de mines très-riches; on en tire des rub'u, des saphirs , des topazes d'une grandeur considérable ; il y a Iwaucoup de cardamome dans le royaume de Candy ; il y vient si grand et si gras, que six cardamomes de Cananor n'eu égalent pas un de Ceylan. On trouve encore dans cette ile beaucoup de bois de brezil , que l'on appelle dans 1rs Indes snppart, et que l'on y estime extraordiuairement : on tire tous les ans du seul royaume de Colla plus de mille bateaux , chacun de soixante tonneaux, d'un certain sable dont ou fait un très-grand débit dans toutrs les Indes.

« On sait combien le Mogol, les rois de Pégu, deSiam, les autres rois des Indes, estiment les éléphants de Ceylan.

« Le poivre qui croit dans cette ile se vend beaucoup plus cher que celui des antres pays. »

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