CHAPITRE CLXVIII
pour le plus grant dieu que ilz aient. Et si comme il/, dient fu faite pour cestuy la première ydole p que les ydolastres n orent oncques ;
P Ms. A. idte. — i Mss. A. el B.
« Mille cl une Nuili », pour le plaisir et l’cdifiration de scs trois ou quatre cent millions de sectateurs asiatiques. Notre inonde occidental n’en est pas encore là. Il est vrai qu’il n'est pas si vieux.
Il y a cependant une idée morale, profonde au fond, dans cette légende des naissances successives de Bouddha; c'est qu’avant d'établir sa doctrine et de la propager dans le monde, il voulut expérimenter la vie dans toutes ses conditions, sous toutes ses formes, du haut jusqu’en bas de l’échelle des êtres. Et cela est triste à dire : « celui qui arriva à la connaissance de toutes choses » ( tel est le sens du mot sanskrit bouddha , dérive de boudh , connaître) ne trouva d’autre solution au problème de la destinée humaine que celle de se rendre digne dans cette vie, par la pratique de toutes les vertus et l’exercice de la méditation, de devenir soi-méiueun « bouddha « parfaitement accompli. Mais auparavant, il faut que l’homme subisse une longue série d’épreuves successives, pendant de nombreuses existences; et c’est lorsqu’il a traversé toutes ces épreuves, qu'il a obtenu par ses mérites d’ètrc délivré de la transmigration, qu’il entre dans le Nirvftn'a, c’est-à-dire, selon M. Eugène Burnouf, dans l’anéantissement complet, où a lieu, suivant la plus ancienne école, la destruction définitive du corps et de l’âme !
C’est là le summum bonum de In doctrine )>ouddhique, parce que c’est la délivrance de tous les maux qui affligent l'humanité , y compris les « maladies », la « vieillesse », et la « mort »; c’est aussi la délivrance de ces transmigrations par lesquelles l'homme doit passer jusqu'à ce qu’il se soit dépouillé de tous ses vices, de toutes ses imperfections ; épreuves redoutables qui, en effet, peuvent faire considérer l'acquisition du nirvdi/a ou de « la cessation de tout souffle », de toute vie (car c'est là le vrai sens du mot), comme un bien suprême. Mais il n’est pas bien démontré que ce soit un ■ anéantissement complet du corps el de l'âme ». N'est-ce pas plutôt une « libération » qu’une « extinction », une r délivrance » qu'un « anéantissement » ? Rien ne s’anéantit
daus le monde. Nous ne pouvons croire que depuis prés de deux mille cinq cents ans, plusieurs centaines de millions d’élrcs humains pratiquent avec tant d'ardeur et de zèle une religion qui ne leur offrirait pour toute consolation après leur mort que le « Néant • !
Nous trouvons notre opinion conGrmée par un homme qui avait étudié le bouddhisme sur les lieux, le major Forbes, lequel dit dans un excellent ouvrage que nous avons déjà cité ( F.lrvtn ytars in Ctylon , London, 1840, t. Il, p. 207) :
■ Les ouvrages qui contiennent les principes du bouddhisme ont été dernièrement découverts (par M. Turnour), dégagés de tous les commentaires et discours, qui ne paraissent être le plus souvent que des histoires insipides et monotones (comme celles qu’on nous a fait connaître jusqu’ici), des visions confuses de quelques cerveaux fêlés d’ermites, qui ont persuadé aux autres, et peut-être à eux-mêmes, que c'étaient les résultats des révélations et d’une expérience acquise dans de premières transmigrations. Il me paraît, à moi, que c'est une injure faite au bouddhisme, et contraire au sens commun, de supposer que des milliers d'années d'épreuves et d’expiation devaient être récompensées par le moins satisfaisant de tous les résultats : l'« Annihilation » ; cependant tel est maintenant le sens que l'on soutient être celui du mot « Nirvàu'a ». Non-seulement les Européens, mais encore les premiers écrivains bouddhistes, ont pu sc tromper en employant un mot trop défini pour représenter le sens d’une expression mystique appartenant à une langue qui avait probablement cessé d’être parlée , avant que la doctrine de Bouddha eût été rédigée par écrit. Il est aussi incertain si nous avons de justes équivalents eu anglais (comme en français et dans les autres langues européennes), ou les bouddhistes dans leurs différentes langues indigènes, pour tiaduire exactement l’expression subtile de ■ Nirvân'a », qui a pu être destinée à resler un mystère de la doctrine bouddhique. Par la comparaison des nombreuses épithètes différentes employées par les bouddhistes connue étant synonymes Je Nir-
si que depuis sont descendues de cestuy toutes les autres ydoles Et ce fu en l'isle de Sedan en Ynde (i i ).
* Ms. À. Si que de cestuy sont puis descendu et toutes les autres ydres.
van’a ( telle , par exemple , qu'amomta , que Clougli, dans son Dictionnaire cinghalais, dit signifier immortel , impérissable , qui ne se flétrit pas ; délivrance de la mort; t émancipation finale de r âme du sein du corps ; ce mot signifiant sinplemeut en sanskrit : sans forme visible , de a privatif «et moùr’a, » forme ») , je suis de l’opinion que l’expression : « ayant atteint le Nirvàu'a » signifie que non-seulement l’esprit, des ce moment même, est émancipé de tout lien avec la chair, mais encore que l’esprit lui-même , ayant été gra luellement et finalement purifié , est devenu enfin dans un état qui n’est plus troublé par aucune passion ou aspiration ; qu'il est alors, et pour toujours, une essence de pureté et de vertu.
n Comme Gaùtama Bouddha , dit eucore le major Forbes {fieu cité, p. 197), résume ainsi ses admirables et simples lois morales : « Abstienstoi de tout péché, acquiers toute vertu, mailrise ton propre crcur », il est tout naturel d'en conclure que le système actuel si compliqué et si confus du bouddhisme ressemble à de vieilles nippes accumulées en tas par une grande fabrique de religion en décadence. Un système qui dissuade la satisfaction des passions animales, qui défend de trafiquer des êtres humains ( l’esclavage) , qui renforce la stricte moralité par une conduite toute pacifique, et dénonce les potentats qui aiment la guerre et les individus querelleurs, ne se serait jamais répaudu si rapidement et étendu si largement sur l’Asie, si ses doctrines n'avaient pas été claires, ou tout au moins intelligibles; mais, comme les autres religions, sa pureté a été gâtée par les controverses, les commentaires, les actes et les écrits de ceux dont le devoir était de les conserver d'une manière inviolable. »
Nous ne devons pas dissimuler toutefois que l’un des philologues actuels les plus versés dans la langue et les écritures des bouddhistes deCeylan, M. James Alvis, le traducteur anglais du Sidath Sangarawa , n Grammaire indigène de la liiuguc cinghalaise » (Colombo, 1852), dans deux
n lectures » sur le « Bouddhisme , son origiue, son histoire et ses doctriues » (Colombo, 1862, p. 28), dit : « L’existence, aux yeux du Boud- « dhisme, n’est rien que 1a misère. Elle est asso- « ciée à - la douleur, aux lamentations, à U « peine, aux angoisses, au désespoir et au désap- « pointement ». Elle ressemble à un feu de a ilamme qui éblouit uos yeux, mais qui nous ■ tourmente par scs effets. Il n'y a rien de réel n ou de penuaucut dans tout l’univers. • Toute « chose périt. »
« Il ne restait doue rien à imaginer comme étant uue délivrance de ce inal (l’existence) que la destruction de l'existence elle-même. C’est là ce que les Bouddhistes appellent le N'irvada. »
« Autant que je puis comprendre celle doctrine abstraite, ce n’est pas une « Absorption ». Vu sous tous les aspects sous lesquels le sujet peut être cousidéré, et appuyé sur toutes les définitions et les arguments contenus dans les Livres Canoniques du Bouddhisme, le N'ibban (en cinghalais, Nirvana en sanskrit) est le Nihilisme, l'annihilation de l’existence, la même chose que l'extinction du feu. Que tel soit le fait, cela est démontré aussi par la Pradjna paramita (l’un des principaux livres bouddhiques du nord) , et les ouvrages métaphysiques de Kasyapa. 11 est prouvé, de plus, par les épithètes que les Brahmanes appliquent aux Bouddhistes leurs adversaires, c'est-à-dire Ndslikas , « ceux qui soutiennent la destructiou ou le nihilisme, - et Sun) avadins, « ceux qui maintiennent qu’il y a un vide universel. »
Cette dernière raison est loin d’être décisive. Selon Colcbrooke, qui est assurément une des plus hautes autorités que l'on puisse invoquer sur toutes les grandes questions qui se rattachent aux doctrines philosophiques et religieuses de l'lude, le mot ndslikas (dérivé de la particule négative na, et de asti, « est, ■ suffixe ka) signifie n ceux qui nient l’existence d'un être suprême ou d’un autre monde. » (Voir notre traductiou des Essais de Colcbrooke sur la Philosophie des Hindous, « Secte de Bouddha », p. 221.) « Dan-