‹ Le livre de Marco PoloChapitre 208 sur 357 · CHAPITRE CLXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE CLXIX

cres ; et entrent île leurs grans nefs en leurs petites barges1. Mais sachiez que il seront pluseurs marcheans qui feront compaignie ensemble. Et leur convient trouver pluseurs hommes à gages ; si que il les paient d’avril jusques à la mi may . Et si donnent avant au roy, pour son droit, la disieme partie ' de tout ce qu’il prennent. Et si leur convient aussi donner aus hommes qui euchantent les grans poissons que il ne facent mal aus hommes qui vont souhs ’ l’eaue pour trouver les perles*, le ,\x‘. (20') de tout ce que il prennent. Et nomment ces hommes qui enchantent ces poissons : Abrivatnan' (3); et leur

f Ms. A. la rlismc— dixmc. — 8 Ms. A. sus iyaue. Ms. B. sur . Ms. C. sotibs. — Ms. A pelles. — • Ms. C. abri\'amain . Ms. B. nbnvaman.

Bateaux à fond plut.

lâivar, le long des côtes, pendant 300 farsangs (1500 kilomètres). Sa largeur est la même. Il possède beaucoup de villes et de villages, dont un petit nombre est connu. Le roi de ce pays est appelé Dc\var, terme qui, dans la lingue Maal>ar (le Tamil), signifie « le maitrr ou seigneur de la richesse ». De grands navires appelés Juuks (jonques, du mol chinois tekouen) y apportent des marchandises de la Chine et de Màtdàn (la « grande Chine -, le Mangi de Marc Pol). Le pays produit des rubis cl des plantes aromatiques ; et dans la mer sont des perles en abondance. Le Maabar est, comme autrefois, la rlef de l'Inde. Dans ces dernières années (*), Sindar Ltdi (il faut lire Suridar JJandi ) était Dcwar, lequel, avec ses trois frères (**), était parvenu à régner dans différentes directions (sur différentes provinces). Mélik Taki Ouliali, frère du Cheikh Djcmal-ed-din, étant sou militaire et son conseiller, il lui avait assigné le gouvernement de Fatan, Mali t’a tan et Bàvral. Ensuite, parce qu'il n’y a point de chevaux dans le Maabar, ou plutôt que ceux qui s'y trouvent y perdent promptement leur vigueur, il fut convenu

(*j lUtbiil-cii-din naquit m 64S de l'béftre. o« 1*47 de noire ère, et il irrnana u grande Imita r* : fair.iriAA.

l'en 710 II. ou ilia. Il fut inmiiM Yitir, ou premier miinilre d* CliAukn-Khsn, en 1197 de noire ère, et fut maintenu dent *ea fonction* par Oeldjajtou, frare et «uccrwur de GUàiànkbin. Voir ei-devant, ch. XVIII, p. 19.

(**] Lur«|u« R-cl.Ul-ed-dlu ér rivait, vrrt 1 Joo, l'un de* fin? firrt» n'nbUII prolMlrlrmrnt plu*.

entre eux que , chaque année , Djcmal-ed-din Ibrahim enverrait au Dêtvar 1400 chevaux arabes provenant del’ile de Kais (ou Quis)e t 10,000 autres chevaux provenant de toutes les îles du Fars, telles que Katif, Lahsa, Dahrein, Honnuz Malkât, etc., chaque cheval devant valoir 220 dinars d’or rouge courant.

« Dans l’année 002 de l'Hégire (1202 de notre ère), le- DrWar mourut, et le Cheikh Djémalcd-din, qui lui sucréda, obtint, dit-on , un accroissement de T ,000 charges de bceufs, de joy aux et d'or; et Taki-ud-diti, d'après une convention antérieure faite entre eux, devint son lieutenant. Malgré son immense richesse, il établit un règlement qui lui réservait le droit de préemption sur toutes les marchandises importées, et, quand il avait fait son choix, ses sujets pouvaient alors acheter le restant des marchandises pour les transporter ensuite par bateaux , ou avec des hé tes de somme, dans les contrées de l’est et de l’ouest, d'où il» pouvaient rapporter des marchandises de consommation dans le Maabar.»

Celle concordance remarquable des historiens chinois, arabes et persans, avec le récit de Marc Pol, ne peut pas être plus frappante.

(3) Le uom d' Abriraman , Abrivamaia, etc., est une transcription corrompue (selon la prononciation des habitants de la côte méridionale de l'Inde) du mot sanskrit Urabmaua ou « Brahmane -, dérivé de celui de « Brahma », l’Llre suprême des Indiens. Les Bràhmanc* Tonnent la

enchantement dure celui jour seulement. Et sachiez aussi que ces Abrivumans sevent enchanter les bestes et les oiseaux , et toutes choses qui ont âmes *. Et quant les hommes sont es petites barges, si se getent en yaue et vont soubs yaue jusques au fons 3, où il y a eaue de quatre pas1 jusques à douze ; et tant demeurent là aval comme il/, pevent Et treuvent les coquilles là où sont les perles. Et sont ces coquilles si faites comme les oistres " ou les crapes * de la mer. En ces coquilles treuve l’en perles grosses et menues et de toutes façons, car ces perles sont fichées en la char de ces coquilles. Et en ceste maniéré pesche l’en les perles en grant quantité ; car de ci issent 4 les perles" qui s'espendent 5 par mi p le inonde. Et sachiez que le roy de cest régné a moult grant droit de ces perles et moult grant trésor. Et sachiez que sitost comme passe demy may , il ne treuvent plus de ces coquilles là où l’en treuve ces perles. Bien est voir 6 que Joins de ci, bien à trois cens milles, les treuve l’en aussi ; mais c’est de septembre jusques à mi octembre’ (4).

Sachiez que en toute ceste province de Maabarr n’a maislre tailleur ne cousturier de robes pour taillier ", ne pour coustre robes ; pour ce qu’il vont toujours touz nuz. Mais il cueuvrent 8 leur

i Ms. A. armes. Le ms. C. dit : « et tous les autres aniinaulz *. — k Ms. B. dix . — 1 Ms. À. ptieent.— “ Ms. C. ostrigues == huîtres. — » Ms. B. chapes. Ms. C. capes . — • Ms. B. Le ras. A. pelles partout. — P Ms. B. p artout . — *1 Id. octobre. — r Ms. B. Le ms. A. porte ici Manibar.

3 Fond. — 4 Sortent . — 5 Se répandent. — 6 Frai. — 7 Couper. — * Couvrtnt .

première des quatre castes de l'Inde, celle qui possède la science religieuse et profane, et à laquelle les trois autres castes doivent être soumises. Cette caste, venue du nord (la population du sud, étant d'origine pastorale et agricole scythique, est de la troisième caste ou des Faisjas ), a employé là, comme ailleurs, tous les moyens de dominer les autres, et elle n'a pas dédaigné la magie.

« La magie, dit l’abbé J. A. Dubois [Moeurs et « Institutions des peu/des de f Inde, t. Il, p. 53), ■ cet art qui donne tant d'ascendant sur l'esprit « des sols à ceux qui ne te sont pas , semble

• avoir établi son domicile de prédilection dans

* la presqu'île de l'Inde. Certes, ce pays n’a rien « à envier, sous ce rapport, à l’antique Tlies-

« salie, ni à celte Colckide rendue si fameuse « par les enchantements de Circé et de Médée. ■ Il est vrai qu’il n’est pas à ma connaissance « que les sorciers indiens aient conservé le pou- « voir de faire bon gré mal gré descendre la lune « du haut du firmament ; hors cela, il n’est rien « dont ils ne soient capables. »

(4) C'est au cap Comorin que commence la côte dite de « la Pêcherie » , si renommée par la pêche des perles. Elle forme une espèce de baie qui a plus de quarante lieues de développement, depuis le cap Comoriu jusqu’au golfe de Manaar, où File de Ceylan est presque unie à la terre ferme par une chaîne de rochers que l’on a surnommée le u pont d’Adam. »

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nature d'un pou de drap ; et aussi les hommes comme les femmes, et les poures» comme les riches. Et ainsi va li roys‘, sauf que il porte tel chose comme je vous dirai.

11 a au col tout environ un fresiau " qui est tout plain de pierres précieuses qu’il porte à son col. Ce sont rubis, saphirs10, esmeraudes et autres pierres ; si que ce colier vaut un grant trésor. Et si a aussi, devant le piz ", du col jusques aval, un fd soubtil de soie qui a .c. et .iiij. (cent quatre) grosses perles (5). Et si a aussi plusieurs autres rubis. Pourquoi, si comme il dient, il porte celui cordon atout 11 cent et quatre perles grosses et rubis : si est pour ce que il li convient dire chascun jour cent et quatre oroisons de

* Ms. B. te Roy . — 1 Ms. A. sans ce. — ° Les mss. À. el b. fresiau (fraise ?). Le ms. C. frémnu.

*j Pauvres. — 10 Ms . B. sa fiers. — 11 Sur ta p oitrine . — ** Avec,

(&) La version latine publiée par la Société de Géographie porte quatre cents : « Item pen- « det ad colluoi ejos una corda de serico subtilis

■ qtne descendit inferius unum pnssum ; et iu

■ isla corda sunt inter perlas grossas et ruhinos

■ circa quatuor centum. ■ (Page 452.) C’est une erreur que cette version seule parait comporter. Celle de G rj meus, reproduite par A. Muller, porte : « Peudct quoque in collo ejus chorda « qua'drtm se rira , cui innectuntur centum et

■ quatuor pretiosi lapides, margarita* scilicct « grandiusculse, quæ eum admoueant centum et « quatuor orationum quas quotidie in honorent « deorum suorum mauc et vesperi ohmurmu- « rat. » Le texte italien de Ramusio ajoute cette particularité curieuse : « L’orazione che dicono « ogni giorno sono quesle parole . pacauca, « pacauca, pacauca ; e le dicono cento, e quat- « tro voile. » (Ed. Baldelli Boni p. 410.)

Ce nom de pacauca est le sanskrit bhagavat, •< le bienheureux , l’accompli », l’un des noms de S'akya-Mouni Bouddha, que ses sectateurs répètent constamment, avec )>raiiroiip d'autres, dans les oraisons en forme de litanies qu'ils lui adressent.

- I.cs Bouddhas, dit M. Spence Hardy [A Ma* nual of BuJdhLsm, p. 359), sont considérés par

leurs adhérents comme les plus grands de tous les êtres. Les hymnes qui leur sont adressées sont de la plus extravagaute espece; et toutes les supériorités que l'imagination la plus fertile a pu inventer leur sont appliquées, en célébrant la beauté de leur personne, la distinction de leur attitude, la hicnveillauce de leurs sentiments et la grandeur de leur puissance. La première phrase dans tous les livres bouddhiques écrits à Ceylan est la suivante : « Namô tassa bhagawatâ « arhahald sam ni A sambhuddassa. » Bhagaivatô, • le vertueux, celui qui est plein de mérites » ; arhahatu, « le parfaitement pur, pour avoir surmonté , vaincu toutes les impressions des sens • ; somma, •• d'une manière parfaitement convenable » ; sambhuddassa , « celui qui , par l’intuition, a acquis la connaissance certaine des quatre grandes vérités •» ; tassa , « à lui » ; namô , « louange, adoration • !

Les bouddhistes chinois récitent ces formules sacramentelles sans les comprendre ; de même que, dans l'Eglise catholique, les personnes qui ne savent (tas le latin récitent des litanies sans les comprendre également, el souvent en prononçant les mots latins d’une manière peu correcte. C’est ainsi que [tacauca est écrit pour bhagavat. Il équivaut à : Domine ! miserere nabis,

ses ytloles. Car ainsi est leur loy (6) et leur maniéré ; et ainsi le firent luit' les roys ses ancestres. Et ainsi li laissèrent' que il le deust faire.

Et encore porte, ledit roy, par ses bras, trois braceus ’ d’or tous plains de perles d’or de grant vallue ; et aussi en porte aus jain-

T Ms. B. tous. — * Id, laissent. — y Id. braceaux — bracelets.

(0) Cette loi, c’était le • bouddhisme » ; le collier ou chapelet l»ouddhique •• , que portail le roi de Maahar, en est la preuve ; car ce collier, porté au cou et pendant sur la poitrine, ou tenu à la main, comme un « chapelet », est le signe caractéristique du bouddhisme, et porté encore actuellement par les sectateurs de Bouddha, dans toutes les contrées de l’Asie où sa doctrine est en vigueur. Seulement le - collier » ou « chapelet bouddhique • doit avoir aujourd’hui cent huit graius , divisés en quatre compartiments de vingt-sept grains cbacuu , au lieu de cent quatre que porteul tous les manuscrits et les éditions connues du Livre de Marc Pol. Ce nombre 108, comme on le verra plus bas , est celui des perles qui ornent la tète de Bouddha , et que l’on voit figurer aussi dans toutes les images qui le représentent. Le collier en question est devenu en quelque sorte un ornement obligatoire de tous ceux , hommes et femmes , qui font profession de la religion bouddhique.

Mous donnons ci-contre la gravure du collier bouddhique », non du roi Pandion Sonder Bandi Davar , près duquel Marc Pol fut envoyé par khoubilaï Kha&u, mais celui de l'empereur actuel de la Chine, dont plusieurs e.\emplaircs sont venus en Europe depuis l'expédition francoanglaise de I8G0. Celui qui est représenté ricontre est tiré d’un ouvrage chinois en I ü vol. itt-4*, publié à Pé-king en |7ô9, par ordre de l'empereur Kien-loung , et intitulé : Jivatigtchào li Is/ii thoù chi; c’est-à-dire : « Types ou « modules figurés des effet» d'habillements, de « costumes, instruments de musique, ustensiles « employés dans les sacrifices, armes, etc., pres- « crits par les réglements rituels de la dynastie • turtare régnante ». (Voir p. 474-47S une citation du même ouvrage sur les « canons ».)

Colla r bouddhique des empereurs de. Chine , de la dynastie ta r tare mandchoue actuellement régnante (k. 4, fol. 13).

« On remarque respectueusement ( disent les •• rédacteurs du texte chinois : le ministre des « Rites, membre de l’Académie des Han-lin , et ■ autres grands lettrés fonctionnaires publics) « que la dynastie régnante a déterminé la forme - du collier de perles de la cour. On y emploie » des perles orieulales au nombre de cent huit, « destinées à rappeler à la pensée le nombre de « jw' ries qui ornent la tète de Fo ou Bouddha.

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