CHAPITRE CLXIX
pois’, se l’en ne les treuve et Irait celeenient Et ce fait il pour ce qu’il les veult toutes pour lui ; si que il en a tant que c’est merveilleuse chose à croire. Et encore que eliascun an pluseurs fois il fait crier sou ban par tout son royaume, que qui aura aucune perle ou pierre qui soit de grant value, qu’il l’apporte", et il lui fera donner deux tans ’5 que il ne li cousla ; si que chascun li aporte volentiers, et il amasse tout, et paie chascun.
Encores sachiez que ce roy a bien cinq cens femmes ; car tantost comme il sait*’1’ une belle damoiselle, il l'espouse. Et si fait une si male chose comme je vous dirai. Car il vit à son frere une belle mollier '* ; si li tolli par force, et la retint pour li. Et son frere n’en fist nul semblant ; ains s’en passa outre comme sage.
Ce roy a moult d’enfans. Et si a aussi pluseurs barons qui servent le roy, et chevauchent avec lui, et li sont entour “ ; et ont grant seigneurie par le rogne; et s'appellent feels ,8 du seigneur (8). Et si sachiez que quant le rov muert, et l’en le met ou feu pour ardoir *9, si comme est leur usage , ses feels se getent 44 el feu ** avec lui, et li sont entour", et se laissent ardoir. Car il dient qu'il ont esté ses compaignons en ce siecle, si le doivent estre aussi en
* Ms. C. plus rte quatre pois. Le texte fi*, de la S. G. porte : ■ da dimi saies en sus. » — aa Manque dans le ms. A. — Ms. B. sret. — Le ms. C. porte : « et sont environ lui. » — dd Ms. B. jectent. — •• Ms. A. — ,f Id.
»4 Secrètement. — l5 Deux fois autant. — ,fi Épouse ; du latin mu/ier. — *7 Enle iw, du latin tottrrt , — ,8 Féaux. — » *9 Brûler .
« beaucoup de soin de leur chevelure, lueurs « oreilles sont percées ; ils ornent aussi leur nez
* (sic) el ont de grands yeux. »
(8) Le texte de la Société de Géographie porte (p. 201) : feoilz t/ou seingnor, comme dans noire rédaction ; mais les auteurs des premières versions latines, italiennes et autres , ayant cru que le mot français feoilz , ou feelsf de la rédaction originale, signifiait fils , l’ont traduit ainsi. I.a version latine de la Société de Géographie porte (p. 453) : • Item isle rex habet multos fin Uojy qui sunt magni baroties ; et quando rex
* equilat, isli «lu fi/ii semper vadunt juxla eum. h Kt quando rex est mortuus, corpus suum com- « Imritur, et omnes isti fi/ii comburantur prwter
■ majorent qui deliet rrgnare. » La version italienne, ms. de la Crusra, porte aussi (p. 171, édit. Baldclli Boni) : « Ancorasappiotechequesto
■ re ha molli figlioli che sono grandi Baroni... • e quando lo re è morto e lo corpo mio s’arde,
■ e tutti qnesti figlioli s’ardono, salvo il inag- « giorc , che dec regnare. » Nous avons eneore ici une preuve bien frappante que la première rédaction du Livre de Marc Pol fut faite en français , et que les premiers traducteurs qui mirent cette première, rédaction en latin ou en italien , n’ayant pas bien compris certains mots français, commirent d'assez nombreux cont résous, comme celui qui est relevé ci-dessus ; ce qui témoigne suffisamment de leur postériorité.
l’autre, et faire lui conipaignie (9). Et quant le rov est mort, nul de ses enfans n’ose touchier son trésor. Car il client : « De puis que « notre pere gaaingna ce trésor et amassa, nous y devons autre- « tant™ aussi amasser. » Si que en ceste maniéré y a moult grant trésor en ce régné.
En cest régné ne naist nul cheval ; si que la greigneur part de leur trésor se degaste51 en achater chevaus; et vous dirai comment. Sachiez que les marcheans de Quis, et des Horines et Dufar(io)
*° Tout autant. — 11 Se dépense.
(0) Celle coutume est totalement étrangère à la civilisation ancienne de l'Inde dans laquelle on ne trouve que le sacrifice vulontaire de la femme sur le Inichcr de son mari; ce qui toutefois pourrait être un reste du grand sacrifice royal dont parle Marc Pol, et qui, prescrit, dans quelques parties rituelles des Védas (que 11. -H. Wilson croyait être des interpolations postérieures, contrairement à l'opinion de Colebrooke), remonterait à la eouquéte de l’Inde par la race Aryenne. Comme ou a maintenant des preuves no ml j mises philologiques d’une ronquéte antérieure de l'Inde par des peuples d’urigiue Mythique, qui auraient été refoulés dans les moutagnes de la péninsule méridionale, par la race Aryenne à civilisation brahmanique , le sacrifice volontaire de la femme, sali, sur le bûcher de son mari, a pu être adopté dans uu but politique, par les Aryens ; tandis que le* sacrifices de toutes les personnes attachées au souverain et à sa maison sont uu usage d'origine toute scy I bique, décrit déjà par Hérodote (liv. IV, T I), et qui s'rst conserv é eu grande partie jusqu'à nos jours, chez tous les peuples ou souverains d’Asie qui descendent de la même souche (voir ci-devant, p. 154, note 4 et p. 503 , note 10). Il nous parait donc évident que l'usage barbare dont parle Marc Toi dans ce chapitre était un reste de l'ancienne civilisation scythique dus premiers conquérants de l'Jude , conquis à leur tour, plus de mille ans avant notre ère, par la race Aryenne, et dont les langues dravidiennes de la péninsule méridionale portent d'incontestables témoignages.
On lit dans la Relation du marchand aral>e Soleywan {/ieu cité, I, I, p. 120, Irad. de M. Rei-
naud) : » Parmi les rois de l'Inde, il y en a qui,
« lorsqu'ils montent sur le trône, se fout cuire « du riz, et à qui uu sert ce riz sur des feuilles • de bananier. Le roi a auprès de lui trois ou « quatre, cents de ses compagnons, qui se sont « attachés à sa personne volontairement et saus « y être forcés ; après qu’il a mangé du riz, il en n présente à ses compagnons : chacun d'eux « s'approche à sou tour, et en prend une petite m portion qu’il mange. Tous ceux qui ont mangé ■ de ce riz sont obligés, quand le roi meurt, ou « qu'il est tué, de se brûler jusqu'au dernier, « le jour même où le roi est mort ; c'est un de- « voir qui ne souffre pas de délai, et il ne doit « rester de tous ccs hommes, ni la personne, ni « des vestiges. »
Ces compagnons du roi , au nombre de trois ou quatre cents, sont évidemment les mêmes personnages que les /tels, ou - féaux » dont parle Marc Pol. Le roi dont il est question était sans aucun doute celui qui régnait dans le Maabar, peu de temps avant l'époque où écrivait Abou- Zcid, l'auteur de la rédaction arabe, c’est-à-dire dans la première moitié du ueuvièiue siècle de notre ère ; car c'étaient les blats maritimes de l'Inde dont les Arabes navigateurs avaieut surtout connaissance, et qu'ils fréquentaient.
(10) Ports du golfe Persique et de la côte d'Arabie dont il sera parlé plus loin. Voir aussi pour llormes le ch. xxxvi, p. 84.
» Les chevaux qui naisseul dans le pays, dit le P. Debourze ( Lettres édif., t. XII, p. 90) sont petits, faibles ; mais ou les a à hou marché. Pour ceux dont on se sert dans les armées, on les fait venir des pays étrangers, et ils coûtent fort