‹ Le livre de Marco PoloChapitre 211 sur 357 · CHAPITRE CLXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE CLXIX

ont chevaus assez, et autres pluseurs provinces, et d’autres pars aussi ; si que il/, les portent ou " régné de ce roy, et de ses autres quatre freres qui sont roys, si comme je vous ai dit (il). Car un cheval leur est bien vendu cinq cenz pois d’or, qui valent plus de cent mars d’argent, et leur en vendent1’1’ moult grant quantité chascun an. Et en veut bien, ce roy, chascun an, plus de deux mille; et ainsi en veulent ses autres quatre freres qui roys sont. Et la raison pourquov il veulent tant de chevaus, chascun an , si est pour ce que touz les chevaus que il achatent muerent avant le chief de l’an ; et c’est de male garde , car il ne les sevent tenir ne garder. Et aussi n’ont il nul/ mareschaux". Et les marcheans qui leur mainent les chevaus ne leur en mainent, ne n’y laissent aler nul/ mareschaux, pour ce que il ne perdent la vente de leurs chevaus ; dequoi il gaaigneut moult grant avoir chascun an. Et leur portent ces chevaus par mer en leurs nefs.

Il ont en ce royaume un tel usaige comme je vous dirai. Car quant aucun homme doit inorir pour aucun mal qu’il aura fait ; si dit que il meismes s’occirra pour l’onneur de cel ydole (12) ;

ss Ma. A. el. — M Id. rendent. — Ms. B. Le ros. A. porte nus marcheans.

cher ; on les achète d'ordinaire cinq ou six cents écus. Le climat n'est pas favorable h ces animaux ; il faut des soins infinis pour les conserver ; il n’y a point de jour qu'il ne leur faille donner quelque drogue... Au lieu d'avoine on leur donne une espèce de lentilles qu’on fait cuire. »

(11) Le même fait est rapporté dans la géographie arabe d'AhouIféda (p. 2? 1 , traduction de Reiske) : « Ejusdem provinciæ (Maahnr) metropolis est Birdawal , et soties simul principis el Mabari, fftto pervthuntur undccunque terra mm equi. » « Li cavalli (dit Barlto&a, cité par Marsden) « costano da trecento lin a mille ducati... V»- « vono poco tempo questi cavalli e non nasconn « in questo paese : ma tutti vengono coudutti « dai regni d'Ormuz c di Camhaia ; per la gran « nécessita che banno di quelli nella guerra va- « gliono tanli danari. w

Le* - chevaux «* que l'on transportait de diffé-

rents côtés dans l'Inde, ne venaient pas tous de Perse et d'Arabie; il en venait aussi des provinres méridionales de la Chine en passant par le royaume d’Aii-uam (le Toung-king et la Cochinrliinc), comme Marc Pol le dit lui-même au eh. cxxvn (p. 427-420), eu parlant de la « province d'Aniu -, qui est le royaume d'An-nam, ainsi que nous l'avons démontré.

(12) On lit dans l’ouvrage déjà souvent cité : * Relation des voyages arabes dam l’Inde et à la n Chine, au neuvième siècle de notre ère * (t. I, p. 1 2 1 ), le récit d’un usage semblable, mais complètement volontaire de la part du patient . « Lorsqu'un homme , dans le royaume du Balhara (et dans le Maalwir), a pris la résolution de se briller, il se présente à la porte du gouverneur el lui demande la permission de se détruire ; puis il parcourt les marchés. Pendaut ce temps, on allume un bûcher d'un bois sec et pressé, et plusieurs hommes sont occupés à le faire brûler, jusqu'à

et la seigneurie le veust assez bien. Si le prennent, s parent et si ami ”, et le mettent sus une charrete, et lui donnent douze coustiaus , et le portent par toute la cité ; et vont criant et disant : « Ce vaillant homme ci se veust occire pour l’amour de cel ydole. » Et quant il sont venuz au lieu où la justice se doit faire, si prenl un coustel et s’en donne par mi le bras, et crie : « Je nt’occi pour l'amour de tel dieu ! » Et puis prent l’autre coustel et s'en donne par mi l’autre bras; et puis un autre coustel et s’en donne par mi le ventre; et ainsi se donne tant qu’il se tue". Et quant il est mort, si parent prennent le corps et l’ardent à grant joie et à grant feste. Et encore y a plusetirs femmes qui, quant leur mari est mort et l’en le met ou feu pour ardoir, si s’ardent avec lui. Et les femmes qui ce font, si sont moult loées 1‘* de touz (t3).

ii Le ras. B. ne donne que la dernière partie de cette phrase.

” Ses parents et ses amis ; forme picarde.

ce qu’il soit devenu semblable à la cornaline pour l'incandescence cl les llammes qui en sortent. Alors l'homme se met à courir dans les marches ayant devaut lui des cymbales, et entouré de sa famille et de ses proches. Quelqu'un lui place sur la tète une couronne de basilic dans laquelle on a entrelacé des rharlwns ardents ; en même temps, on lui verse de la sandaruque, qui, mcléc au feu, produit l’effet du naphlc. L'homme marche la tète eu feu ; on seul sur son chemin l'odeur de la chair qui brûle, et pourtant il marche comme si de rien n’était, et on if aperçoit sur lui aucun signe d’émotion ; enfin il arrive devant le bûcher, et il s'y précipite ; bientôt il n’esl plus que cendres.

« Un voyageur (Maroudi) dit avoir vu un homme qui, au moment de se jeter dans le bûcher, prit son khandjar ( large poignard ), le plaida au-dessus de son ccrur , se fendit de sa main jusqu’au dessous du bas ventre. Ensuite, il introduisit sa main gauche dans l’ouverture, et, ta dirigeant vers le foie, il tira tout ce qui se trouva à sa portée ; pendant ce temps il conversait comme à l’ordinaire; puis il coupa avec son khandjar un morceau de son foie qu’il jeta à son

— *3 Ja brûlent. — *4 Louées.

frère ; il voulait montrer par là son mépris de la mort et son insensibilité à la douleur. Enfin il se précipita dans le bûcher et se rendit dans le sein de lu malédiction divine. »

Dans le récit de l’auteur arabe, le suicide volontaire de l'Indieu semble être plutôt un acte d'ostentation stupide que tout autre chose ; dans celui de Marc Pol, au contraire, on voit une intention louable : celle de sauvegarder l'honneur d'une famille.

(13) Cette coutume, en usage dans l'Inde dès une haute antiquité, a été définitivement défendue, dans ces derniers temps, par les autorités anglaises. Les Hindous éclairés comme Hammohun Hoy, qui est venu mourir à Londres en 183?, lui étaient opposés, et ne manquaient pas de bonnes raisons, tirées des Ecritures sacrées , comme les Védas et les Lois de Manou, pour soutenir leur opinion coulre les partisans et les avocats de la con crémation (acte des veuves qui se brûlaient vivantes sur le bûcher de leur mari mort) et de la post-concrcmation (acte des veuves qui se bridaient apres la mort de leur mari décédé éloigné d'elle), qui recouraient aussi à l'autorité des Vcdas et à celle d'Anggira pour appuyer

Page 1