‹ Le livre de Marco PoloChapitre 214 sur 357 · CHAPITRE CLX1X · texte numérisé non relu

CHAPITRE CLX1X

quant leur nonnains de leur moustier veullent faire fesle à leur ydole si envoient querre toutes les damoiselles offertes (ai). El quant elles sont venues, si chantent et dancent devant leur idole; et soulacent, et font grant feste, et portent viandes, et donnent à inengier à leur ydole ; car il lui mettent à mengier devant elle; et la laissent une grant piece 36 ; puis l’ostent et dient que

rrr Ces mois manquent dans le ms. B. — sss Le ms. B. ajoute : « qui est à leur moustier . • — ^bh Ms. B. Le ms. A. porte : et karolcnt et soulacent et font grant feste.

ton giemps.

12 1) « Les courtisanes ou danseuses attachées « cela une jolie fille, elle la conduit au DodJa, à chaque temple, dit l'abbé Dubois (BIttuts et « nom de l'idole qui est adorée dans le pays, et Institutions îles peuples de f Inde, t. Il, p. 353), « elle lui voue sa fille. Ensuite elle loue, pour sa

viennent en seconde ligne (apris les prêtres of- « fille, une maison dans le marebé ; elle susficiants). Ces femmes prennent le nom de deva- « pend à la muison un voile, et elle fait asseoir dassys (servantes ou esclaves des dieu* ; correc- « sa fille sur un siège de manière qu'elle se traient : dèv,t-dàsi)\ mais le public les désigne « Ironie sur le passage, soit des indigènes, soit sous le nom plus énergique de prostituées. En « des étrangers, dont la religion ne condamne effet » elles sont juridiquement tenues, par leur « pas ces sortes d’actions. Tout homme, pour profession , d'accorder leurs faveurs , si faveurs « une somme déterminée, a pouvoir sur cette il y a, à quiconque 1rs en requiert moyennant « femme; mais, à mesure que celle ci a amassé finances. Il parait que, dans le princijK*, elles ■ quelque argent, clic le remet aux ministre* de étaient exclusivement réservées à servir de passe- « l'idole pour être employé aux frais de l'eutretemps aux hrahines. « tien du temple. »

« Ces femmes débauchées, qui fout publique- Il résulterait de ce passage qu’à l'époque où la ment trafic de leurs charmes, sont pourtant con- relation fut rédigée , vers le milieu du neuvième sacrées d'une manière spéciale au culte des dieux siècle, les bouddhistes n 'avaient pas encore été de l’Inde. Chaque pagode un peu notable en a à expulsés de l'Inde, et que leur culte était encore son service une troupe de huit, ou davantage, en vigueur daus la péninsule.

Leurs fonctions habituelles consistent à danser et On lit aussi dans la Relation d’Alid-er-razzak, à chanter deux fois par jour, matin et soir, dans envoyé vers 1440, comme ambassadeur par le l’intérieur des temples, et, de plus, dans toutes les sultan Chah-Rokh près du roi indieu de Ridja* cérémonies publiques. Elles s'acquittent «les pre- uagara {Notices et F.Jtraits des BIss ., t. XIV, mièresavec assez de grâce, quoique leurs attitu- p. 455) : « Si ce que l’on dit est vrai, le nomdes soient lascives, cl que leurs gestes manquent « hre des khatoun (femmes du roi) et des ronde décence. Quant à leurs chants, ce sont près- ■ cubincs s'élève à sept cents. Dans chacun des que toujours des pièces de poésies obscènes, où « harem, un enfant parvenu à l'âge de dix ans sont décrites quelques-unes des fredaines (sic) de « cesse d'etre admis. Dés qu'une belle fille existe leurs dieux. » « dans quelque partir du roy aume, après avoir

On lit dans la » Relation des voyageurs arabes » « obtenu le consentement du père et de la mère,

(trad. de M. Reinaud, t. 1, p. 134): « Il y a n cm conduit cette jeune fille en grande pompe « dans l’Inde des courtisanes qu'on nomme : les « au harem. Des ce moment personne ne la « courtisanes de Dodda (Bouddha). Quaud une « voit; niais elle jouit de la plus haute cuusi- « femme a fait uu vau, et qu’il lui uail après * dération. »

l'ydole a pris la substance de la viande el puis nienjuent. Et ainsi font les dauioiselles par plusieurs fois, chascun an, jusques à tant que elles soient mariées.

Or vous ai conte le fait de ce royaume, qui est en la province de Maabar ; si que des autres royaumes qui y sont m’en passerai outre , car assez vous conterai de leurs maniérés.

Page 1