CHAPITRE CLXXH
marcheans du monde et des plus véritables d, car il ne diroit mensonge pour riens du monde. 11 ne menguent char, ne ne boivent vin, et vivent moult de honneste vie; ne ne font luxure, fors avecques' leurs moulliers 1 ; ne ne toldroient 3 riens de l'autrui pour nul chose du monde ', selonc leur loy. Et touz portent un fil de coton devant le piz 4 et derrière les espaules pour estre congneus s.
d Les mss. B. et C. portent: les meilleurs et les véritables. — • Ms. B . fors que aveuc.
— f Le ms. C. ajoute : ne n occerdient (ne tueraient) nul animal; Hz ne feroient peschie pour riens du monde.
* Leurs propres femmes i épouses : du latin millier. — 3 Déroberaient , du latin tollere.
— 4 Sur la poitrine. — 5 Reconnus.
yaC* , Barigasa, dans l'Indo-Scythie (liv. VII, 1 , 62), par 22° de lat. nord ; mais bien à la contrée que le même géographe nomme ’Apiaxtjç laitvwv , dans laquelle il place £tp.'j)kXat 4pxôptov xal axpa (liv. VII, 1,6),- le port et le promontoire de Simutla, qui est le port et la ville de Seimour des géographes arabe» mentionnés ci-dessus ; les r et les l dans les langues dravidiennes de la péninsule de l'Inde se prenant constamment l'une pour l'autre, comme dans les langues du nord de l'Asie (dans le chinois en particulier) avec lesquelles ces langues, ainsi que nous l'avons déjà dit, ont une grande affinité.
Cette contrée de VAriaké, a tiré son nom de Yaréca ou arèqjie, sorte de palmier dont la noix se mange avec le bétel, et dont les indigènes de cette partie de la péninsule font un grand commerce.
D'Anville ( Antiquité géographique de l’Inde , p. 115) identifie le Laè de Marc Pol (Lar dans nos trois mss, , dans le Codice. Riccardiano, dans le Magliabechiano II , selon Baldelli Boni, cl lar dans celui de la Crosca) avec la nation que Ploléiuée nomme Àfot, ou Aii, dont la métropole était Kovviépa, Cottiara , ville placée par d’Anville sur la réte du Malabar, vers le 10* degré de latitude; mais cette région ne serait pas située au couchant de Saint-Thomé (qui est par 13" de lat.) comme l'indique Marc Pol. Marsden (note 1334) voit dans Lac ou Lar , comme ce nom est écrit dans Hanmsio, le territoire de - Conjeveram » et - d’Arcol », au sud-ouest de Madras ; les autres commentateurs n’ont pas d'opinion propre. Nous croyons qu'il est impossible de faire concorder l'ensemble des faits rapportes
dans le chapitre de Marc Pol qui nous occupe avec les données de d’Anville et de Marsden, tandis que les nôtres en rendent parfaitement raison.
(2) Nous avons ici dans l'orthographe du nom Abramains, que l'on a déjà vu précédemment, une nouvelle preuve de l'exactitude avec laquelle Marc Pol reproduisait les noms propres et les noms de lieux, non comme on les trouve écrits dans les livres, mais comme il les entendait prononcer par les indigènes. Ainsi le mot Abramain est un nom qui, eu sanskrit, s’écrit Bràhmana , mais qui, dans les langues du sud de l'Inde, habité, comme nous l’avons déjà dit, par une race d'origine scythique ayant sa langue propre, a été altéré, de même que les autres mots empruntés au sanskrit, la langue des Bréhmanes, surtout par les écrivains bouddhistes et djainistes jaloux de l'influence brâhmanique, en se conformant, toutefois, aux règles euphoniques de leur propre langue. -Ainsi, dit M. (ialdwell {Draridian comparative Grammar, p. 56), le mot sanskrit loin, -le monde», est changé, daus le Tamil, en u! a gu ; radja, ■ roi », en ara/u, par suite de celte loi euphonique d'attraction des langues tartares qui impose des voyelles préfixes ou suffixes, ouvertes ou fermées, à certains dérivés, de la même nature que celle des mots dont ils dérivent. Ainsi l'a initial d' Abramain, dérivé du sanskrit bràhmana , « brahmane », est uu produit de Cette meme loi, comme brahmin, brahmet que l'on trouve ainsi écrit dans !>eaucoup de livres de voyageurs uu de missionnaires dans la péninsule de l’Inde , en est une autre confirma* lion.
il ont roy riche et puissant, et achate volentiers pierres et perles' grosses et de grant vaillance ; et envoie ces Ahramains niarclieans partout le inonde pour qu'il li portent toutes celles qu’ils jiueiit avoir1; et il leur donne deux tans6 que elles necoustent. Si que, pour ceste achoison ", en a moult grant trésor (3).
8 Ms. A. petits. — h Ms. C. trouver.
6 Deux fois autant. — 7 Raison.
(3) ('es - Ahramains » ou « Br&linianes marchands » qui falsaiciit le commerce des perles et autres objets précieux, pour le compte des rois de la province de Lar, devaient déroger, puisque le commerce, d’après les lois de Manou (I. 1, slok. 90), est réservé aux Vaitju, et que Brahma donna en partage aux Bràhmanes (/£., slok. 88) l’élude et renseignement des Védas, * l'accom-
• plissement du sacrifice , la direction des sacri-
- fices offerts par d'autres, le droit de donner et « celui de recevoir. » Cependant ce sont bien des Brahmanes qui sont désignés dans notre texte; leur signalement semble ne laisser aucun doute à cet égard : - Le* trois premières des quatre tri- « bus ou familles, dit l’abbé Dubois (Moeurs, institutions et ceremonies des peuples de C Inde , Paris, 1825, t. I, p. 15), c'est-à-dire les brah-
• mes, les kchatrias et les veissiahs, ont pour « signe distinctif un cordon de fil suspendu en
• bandoulière de l'épaule gauche à la hanche
• droite ; cependant ce même signe étant aussi
• porté par les pantehalas ou cinq castes d’art i-
- sans, on est souvent exposé à s’y méprendre. •• I.e même missionnaire dit ailleurs (ib., t. 1,
p. 411) : • Beaucoup de hrahmes qui se livrent •* au commerce , surtout dans la province de Gu-
- rerate, passent pour des marchands très-intel- « ligents. Cependant ceux qui suivent ce gcuru
- de vie ne jouissent que de peu de considéra-
• tîon parmi les personnes de leur caste ; mais
- le mépris qu’elles leur témoignent ne vient « pas tant de la profession qu’ils exercent que
- du peu d’attention qu’ils apportent à l’obser-
• va lion des usages. Le commerce par lui- même
- n’a rien d’avilissant pour un brahme , et par-
- tout on en voit qui suivent cette carrière : « seulement, il y a uue foule d’articles que les
• hrahmes marchands ne peuvent vendre lirite-
• ment , et qu’ils sont par conséquent obligés
« d’exclure de leurs spéculations ; parmi ces ar-
- ticles, sont les étoffes ronges , la graine et
- l’huile de sésame, le riz pilé , les liquides de « tout genre, le sel, les parfums, les fruits, les
- végétaux, les poissons, le miel, le beurre, le • lait, le suere, etc , etc. »
Marsdcu (note 1338) a supposé qu’il n'était pas question, dans Marc Pol, des Brahmanes, mais bien des Banyans, qui est le nom que l’on donne, dans l’Inde, à ceux qui • se livrent au commerce - ; et il croit que B ramai ns, ou Abromains a été écrit, dans les textes de Marc Pol, pour Banyans. C'est une supposition tout à fait erronée. La plus ancienne version latine, publiée par la Société de Géographie, porte Blagmani , qui répond très-bien au mot sanskrit brahmane : « Et isli Blagmani su ni meliorcs homme* mer-
catores de mundo, et magis legales , etc. » (P. 460.) Le ms. de la Crusca porte Brrgomanni.
Le texte français, publié pap la Société de Géographie de Paris , renferme, dans le passage qui nous occupe, une particularité importante que nous croyons devoir d’autant plus signaler qu’elle ne se retrouve, à notre connaissance, dons aucun autre. Il y est dit (p. 211) : ■ El si va* « di qu'il ont (dans la province de Lar) roi riche « p poisant de trésors, c erstui roisacchatle mont « voluntieres perles et toutes autres pierrx pre* « si oses, e si a rstabli con luit les mereaant de sa « tere qe de toutes les perles qe il li «portent « dou rotâmes de b! a bar qe sapelent Soit, e ce « est la mcior provence e la plus jentilz qe soile •< en Yndie, e là où le mcior perles hi se trovent « qu’il en dura ( donnera ) lor deux tant qe il «e m l’acatent (les achètent). •
En rappelant, dans ce passage, que les perlis dont le roi Je Lar était le plus désireux, et pour lesquelles il promettait aux Ahramains de leur donner le double de ce qu’elles leur coûteraient,