CHAPITRE CLXXII
servent à leurs ydoles". 11 vivent moult, car il vivent .c. et .1. (cent et cinquante) ans, ou .ij. cens, chascun (l’eus. Et menjuent moult pou, mais bonnes viandes’*; et usent moult char et ris et lait. Encore boivent °, cens, moult estrange buvrage ; car il prennent argent vif et souffre, et en font buvrages ; et niellent tout ensamble et le boivent. Et dient que il leur croist la vie, et le font deux foiz chascun mois. Et si usent ce buvrage des leur enfance (6).
Et si a aucun de ceste religion qui font la plus aspre vie du monde ; et vont touz nuz, et aourent le buef. Et les plusieurs ' si ont un petit buef d’arain ou de laiton, ou d’or, lequel il portent lié à leur front. Et prennent les os du buef, et les ardent ’5 et en font poudre; et de celle poudre si font oingnement et s’en oingnent à grant reverence.
Il ne menguent ne en escuelle, ne en taillouoirs ’ ; mais metent
n Mss. A. el C. ydres, — 9 Ms. A. menguent, — I* Ms. A. — 4 Ms. C. Le ms. A. porte toi tireur, et le ms. B. trencoir = plats , assiettes.
” Ici le mot viandes a le sens de nourriture . — » ,s Accroît. — *4 D'airain, — Brûlent,
avec ceux dont il vient d'ètre question. Ces Yoguis furent connus des Grecs, à l’époque de l’expédilion d'Alexandre, et ils les nommèrent rup,- « Gymnosophistes » , de yvpvôç, « nu », et de - sophiste • (Voir Plu-
tarque , Fie d’Alexandre , chap. LX1V). ■ Ces Gymnosophistes, dit Grose ( Voyages aux Indes orientales , traJ. franc., 17 SS, p. 280) n'étaient pas Bramiues comme l'ont avancé à faux plusieurs auteurs; ils étaient de U secte de ceux que l'on appelle à présent GiugUis , secte qui s’est corrompue à la longue par l'introduction de certains membres, qui y ont apporté l’hypocrisie et tous les autres abus : leur principe distinctif était la renonciation au inonde, la contemplation à sou plus haut période, la vie hércmélique, ou celle des voyageurs; enfin celte nudité entière d’où vient leur nom grec. Dans les postures où ils se martyrisent, ils ne prétendent pas insinuer que les toqrmenU de la créature soient agréables au Créateur, ils ne les souffrent que pour donmr des preuves de la profonde contemplation de la déité, dans laquelle iU sont plongés, et qui
leur fait faire abstraction des douleurs du corps. C'est aussi à litre de contemplatifs entièremeul absorbés dans leur objet, qu'ils affectent de paraître insensibles aux plaisirs ; ce qui n’est pas moins difficile que de résister à la douleur. Quelques-uns d’entre eux se mettent sur uu piédestal au bord de ces étangs, où les femmes des gentils vont faire leur ablution. Elles saluent avec beaucoup de bonue foi et de révérence ces hommes parfaitement nus, tandis qu'ils roulent les yeux d’une manière effrayante, sans laisser échapper aucune marque de sensibilité aux attentions de ces femmes, hiles s'imaginent qu’il y a une grande vertu prolifique attachée à ce singulier acte d’adoraliou... •
(6) La version latine publiée par la Société de Géographie porte (p. 4t»l) : - Isli vocantur « Cuigui. Dis omni mense mcdicamcu quoddam « suinunt sic factum ; quia tollunt mercurium a et sulfur, et mUceut sirnut cum polu, el bibunt « el dicunt quod istud tenet cos sanos et prædi- « tus juvénilité, ht ouuics qui hoc^uluntur vi- « vuiit plus quam alii. »
leurs viandes sur fueilles 16 d’arbres de pommier de paradis (7), et sur autres grans fueilles aussi ; mais non mie vers ; mais seielies '. Car ils dient que les vers ont ame *. Et seroit pechiez *. Et avant se laisseraient il morir qu’il feissent 18 chose qu’il cuidassent qu’il fust pecliie selonc “ leur loy. Et quant aucun leur demande pourquoi il vont touz nus, et que il n’en ont nulle honte ; si dient : « Mous « allons nuz pour ce que nous ne voulons nulle chose de cest sie- « cle, et que nous venismcs *9 touz nus en cest monde. D’autres « part, que nous sommes justes sanz pecliie, et que nous ne faisons « nul pechie de notre vilain membre ; si que pour ce le povons « aussi bien monstrer que nul de nos autres membres. Mais vous a autres, qui faites le pechie de luxure, si avez vergoigne, et le « portez couvert (8). »
r Ms. A. sechez. — » Mss. B. C. Le ms. A. arme. — ‘ Os mois manquent 'dans le ms. B. — “ Ms. B. contre.
*6 Feuilles. — *7 Vertes. — ,8 Fissent. — *9 Vînmes.
(7) C’est selon Marsden, l’espèce de plantain nommé par Linné : musa paradisiaca , primitivement appelé pomum paradisiacum , « pomme de paradis -. 11 est remarquable par la grande dimension de ses feuilles, dont quelques-unes atteignent jusqu’à dix pieds de longueur sur deux de largeur. Ces feuilles sont d’un vert tendre, lisses et comme satinées en dessus. Les Indiens se servent communément d’une partie de ces feuilles, comme d'un plat pour y placer leur nourriture.
(8) La version latine publiée par la Société de Géographie a rendu ainsi ce singulier passage (p. 462) : » Quando petitur ab aliis cur vadant i midi, dieunt, quia nichil sccum portât homo s nascendo et uichil secum portai moriendu ; et
non babcmus verecundum ostendere nudarn « ualuram , quia non peccamus cum ea ; et ■ propter hoc non pudet mugis de ca prodenda « quam de aliis membris. «
« Les principaux devoirs des ascètes djaïnas, dit J. -J. Bochinger (ta f'te contemplative ascétique et monastique chez les Indous. etc., Strasbourg. 1831, p. 234), sont : d’adorer les saints parfaits, les Djinas, comme les modèles de la per-
fection à laquelle on aspire ; de montrer la plus profonde soumission envers le père spirituel ou le gourou, qui enseigne les voies du salut ; d’étudier avec ardeur les livres sacrés qui contiennent les préceptes pour arriver à la perfection, de respecter la vie de toutes les créatures et de leur faire tout le bien possible, parce qu’elles sont toutes d’une même nature, capable de s'élever à l'état divin ; de vaincre ses désirs et ses liassions, et de s’élever à cette indifférence complète qui ne s’inquiète de rien, qui ne se réjouit de rien, qui n’est plus affectée ni parle plaisir ni par la douleur, ni par la crainte ni par l’espérance. Comme dans le bouddhisme, le respect pour la vie des créatures est poussé à l’extrême chez les djaïnas. Comme les ascétiques bouddhistes, ceux des djaïnas ne doivent pas boire sans avoir fait Gltrer l’eau, de craiute d’avaler un insecte.
« Komarpal, le dernier priuce Djaïn d’Anhulwara, se laissa battre plutôt que de faire marcher son armée dans la saison pluvieuse , où les feux des soldats auraient pu détruire les insectes qui fourmillent alors... Par la même raison les djaïnas rejettent l'autorité des Yédas qui près-