CHAPITRE CLXXVII
Cy devise du royaume de Melibar.
Melibar (i) est un grant royaume vers ponent; e ont langage par eus. Et sont ydres 1 . Il ont roy et ne font treu à nullui *. Et de
*4 Us sont exposés à beaucoup de dangers sur les plages. — ,5 Tigres. — *6 Féroces. CLXXVII. — « Idolâtres. — * Ne payent tribut à / personne .
CLXXVII. — (I) Ce nom est dérivé de* terme* sanskrit* rutila qui veut dire « montagnard », et de ràra, « porte , passage » ; il signifierait donc: côte des « passages pour se rendre chez les montagnards ». En effet, la longue chaîne des Gâths, qui borde celte côte à une faible distance, depuis le cap Coiunriu jusqu'à Sourate , et qui pa conséquent est habitée par des montagnards indigènes, peut avoir donné naissance à ce nom. Quoi qu'il en soit, le géographe arabe Kaswini, mort en 1283 de notre ère, décrit le Mélibar en ce* termes {apud Gi Idrmeisler , Scriptorum Àrabum de Rebus Indien loci et o/niscula , p. 214) :
« j LJU Malibàr ampla India; regio, urbibus frequens, in qua piper crcsrit. Est arbor alla, quæ semper aquam subler se babel ; uvas fert, super quas rcstu solis aucto frondes se contrahunt prius quam sol eas attigit, Arlwr romiuunis juri* est ; postquam veutus uvas ejus in aquam dejecit homines eas colligunt, unde rug* fiunt. Piper ab extremo oriente ad exlremum orciden'-ra quoquoversuspropterutilitatemsuam expc aiur; a Francis per mare Mcditerraneum in occidentem vehitur. »
Aboulféda, contemporain deMarcPol, nomme la même région Manibàr (/é., p. 39-
40 du texte), ce qui est moins conforme à l’étymologie. Ibn batoutali (édit, et trad. eite'es , t. IV, p. 71 et $q.), tout en écrivant, comme
Kaswini, Malibàr , dit que l’on doit prononcer Moulaibar. « Ce pays, dit-il, produit le poivre. Il s’étend en longueur l'espace de deux mois de marche sur la côte de la mer, depuis Sendàbour jusqu’à Caoulem. Pendant toute celte distance le chemin passe sous l'ombrage produit par les arbres ; à chaque demi-mille il y a une maison de bois, où se trouvent des estrades sur lesquelles s’asseyent tous les voyageurs, musulmans ou infidèles. Près de chacune de ces maisons il y a un puits où l'on boit , et à la garde duquel est préposé un idolâtre.
« La coutume des idolâtres dans le pays de Malabar, c’est qu’aucun musulman n’entre dans leurs maisons, ni ne mange dans leur vaisselle. Dans le cas contraire, ils brisent le vase ou le donnent aux mahométans. Quand un de ceux-ci entre dans une localité de ce pays, où il ne se trouve aucune maison appartenant à des musulmans, les infidèles lui font cuire des aliments, les lui servent sur des feuille* de bananier, et versent par-dessus des condiments. Dans toutes les stations du chemin qui traverse le Malabar, il y a des maisons de musulmans chez lesquels logent leurs coreligionnaire*, et qui vendent à ceux-ci toutes les choses dont ils ont besoin.
- Sur ce chemin dont nous avons dit qu’il s’étendait l’espace de deux mois de marche, il n’y a pas un emplacement d’un palme ou davantage qui ne soit cultivé ; chaque homme a son jardin