CHAPITRE CLXXVIl
cest royaume ‘ pert 3 plus l'estoille île trainontaine, qui pert plus haute que l’yaue deux coûtes 4 (a). Sachiez que de ce royaume de
CLXXVIl. — • Ms. B. itlc.
3 Apparaft. — 4 Coudées.
séparé, et sa maison au milieu de ce jardin. Le tout est entouré d'une enceinte de planches et le chemin passe à travers les jardins. Personne ne voyage dans ce pays avec une monture, et il n'y a de chevaux que chez le sultan. Le principal véhicule des habitants est un palanquin porté sur les épaules d’esdaves ou de mercenaires; ceux qui ne montent pas dans un palanquin, quels qu’ils soient, marchent à pied... Je n'ai pas vu de chemin plus sûr que celui-là ; car les Hindous tuent l'homme qui a dérobé une noix. Aussi, quand quelque fruit tombe par terre personne 11e le ramasse, jusqu’à ce que le propriétaire le prenne...
« Il y a dans le Malabar douze sultans idolâtres {hindous) , parmi lesquels il s’en trouve de puissants, dont l’armée s’élève à cinquante mille hommes, et de faibles, dont l’armée ne monte qu’à trois mille hommes. Mais il n’y a parmi eux aucune discorde, et le puissant ne convoite pas la conquête de ce que possède le faible. Entre les Etats de chacun d’eux, il y a une porte de bois sur laquelle est gravé le nom de celui dont le domaine commence en cet endroit. On l’appelle « la porte de sûreté » de N. Lorsqu'un musulman on un idolâtre s'est enfui des Etats d’un de ces princes, à cause de quelque délit, et qu'il est arrivé à la porte de sûreté, d’un autre prince, il se trouve, en sécurité, et celui qu'il fuit ne peut le prendre , quand bien même il serait puissaut et disposerait de nombreuses armées.
« Les souverains de ce paysdà laissent leur royauté en héritage au fils de leur sœur, à l’exclusion de leurs propres enfants. Je n’ai vu personne qui agisse ainsi, excepté les Mcssnûfah, porteurs du lit/idme (voile qui couvre la partie inférieure du visage). Lorsqu’un souverain du Malabar veut empêcher ses sujets d’acheter et de vendre, il donne ses ordres à un de ses esclaves, qui suspend aux boutiques un rameau d’arbre muni de ses feuilles. Personne ne vend ni n’achète tant que ces rameaux restent sur les boutiques. »
Ces observations curieuses d’un voyageur arabe, qui visita le Malabar environ cinquante ans seulement après Marc Pol, nous ont paru mériter d’être rapportées ici. On voit qu’à cette époque (vers 1345), les Etats du Malabar au nombre de doute, étaient encore gouvernés par des princes ou Rddjas hindous ( qu’Ibn Batoutah appelle toujours « idolâtres •), et que les sultans mahométansdr Oehli n’en avaient pasenrore fait la conquête. On sait au surplus que cette contrée péninsulaire, défendue contre la conquête, du côté de l’est , par celte longue chaîne de montagnes qui n'offre à une armée envahissante que d'étroits passages, et lui oppose des obstacles naturels formidables , resta indépendante jusquVu 17C0, époque à laquelle elle fut attaquée et partiellement soumise par Haïder Aly, qui s’empara du Maissour (le Mysore). Son snreesseur Tippou sultan résolut de convertir de force toute la province au mahométisme. A cet effet, il l’envahit en 1788, avec une nombreuse armée, et força un grand nombre de hrâhmanes et de naïrs (délégués primitivement par les souverains pour percevoir les revenus de leurs Etats, et qui insensiblement s’étaient rendus indépendants) à se faire circoncire. Cette mesure révoltante occasionna une insurrection générale qui fut promptement étouffée par le sultan Tippou, lequel poursuivit les Râdjahs, et fit circoncire de force tous ceux qui lui tombèrent sous la main.
(2) On ne doit pas prendre à la rigueur les observations de Marc Pol sur la latitude qu’il indique de certains lieux par la hauteur de l’étoile jioluire, parce que, de son temps, les navigateurs ne se servaient pas encore des méthodes et des instruments que l’on a inventés depuis. Si l’on se servait déjà de l’astrolabe et de la boussole, on ne connaissait pas la déclinaison de l’aiguille aimantée. Nicolo de Conti, qui fit le voyage de l’Inde vers le milieu du quinziéme siècle, dit, à propos de la navigation dans ces parages ( Ramittio , t. 1, fol. 379) : « 1 naviga- « tori dcH’ India si govemano colle stelle de l
Melibar, et d’un autre qui a nom Gazurat, issent 5 chacun an, plus de cent nefs, lesquelles vont en cours6 sus chacune. Et demeurent tout l’esté ; et mainncnt " avec eus leur femmes et leur enfans. 11 s'assamblent .xx. (vingt) nefs ou .xxx. (trente) ensemble, de ces courseaus 8 ; et vont cinq ou six milles l’une loins de l’autre ; si que il tiennent grant place de la mer, à ce k que nulle nef de marclians n’y passent qu’il ne la prennent *. Et maintenant que il voient aucuns voilles, si font feu ou fumées pour seignal 9, et là s’assemblent luit ensemble ; et la prennent et robent IO touz les marclieans (3). Et puis les laissent aler et leur dient : « Aler gaaignier,
h Ms. B. affin. — c Id. prennent.
5 Sortent , — - 6 En course. — 7 Mènent . — 8 Corsaires, — 9 Signal. — *° Pillent,
« polo antarctieo, rhe è la parle di mezzodi , ■ perché rare voile veggono la nostra tramon- « tana, e non navigono col lmssolo, ma si regn gono seconde rhe trovano le Sicile o aile o
* baise , c questo fanno con certe lor misure , n clic adoprano. »
Oti trouve encore dans Ramusio (I. I, fol. 137 et suit.) la citation d’un voyageur florentin cpii avait accompagné Vasco de Gama lors de scs premières navigations dans l'Inde, et où il est dit : « Li marinai i di là ( les mers de C Inde) « non navigono colla trament ana, ma con cerli « quadranti di legno. » Et plus loin : « Navin gono in quoi mat i senza hussolo, ma con ccrti
* quadranti di legno, che per difficile cosa, e
* massimo quando far nuvolo ( quand te ciel est « nuageux) che non possono vedere le stelle. n
Marc Pol d'ailleurs, comme l'a judicieusement fait observer Marsden ( note 1388), n'a fait que s'exprimer ainsi qu'on avait alors l’habitude de le faire pour indiquer que tel lieu était plus ou moins éloigné de l'équateur, par la hauteur où l’on voyait l'étoile polaire au-dessus de l'horizon, et cette hauteur était exprimée en « pieds » ou en «* coudées ». Cadamosto (dans Ramusio,voI. 1, p. 107) dit, comme Marc Pol : « Nelli giorni
* che noi stemmo sopra la bocca di questo « fin me (parlant d'un lieu sur la côte d'Afrique), « non vedemmo più che una volta la tramon- « tana, e ne pareva molto bassa sopra il mare; « c perô la convenivamo vedere con tempo
n molto chinro, e ne pareva sopra il mare l'ai- ■ tezza di una /an cio. »
« C’est avec une corde à plusieurs no-uds que les pilotes indiens prennent hauteur , dit un missionnaire [Mémoires géographiques, etc., t. I, p. 203). Ils en mettent un bout entre leurs dents ; et par le moyen d'un bois qui est enfilé dans la corde, ils observent facilement la queue de la petite Ourse, qui s'appelle communément l 'étoile du nord (la tramontane) ou l'étoile polaire. »
(3) Ibn Batoutali, que nous avons déjà souvent cité, confirme encore ici le dire de Marc Pol : « Le sultan de Fàcauaour (ville du Malabar) est un idolâtre (Hindou) appelé llàçadeo ; il a environ trente vaisseaux de guerre, dont le commandant en chef est un musulman nommé Loùlà. Celui-ci est un homme pervers , qui exerce le brigandage sur mrr et dépouille les marchands. C’est la coutume en ce pays, que chaque vaisseau qui passe près d’une ville ne puisse se dispenser d'y jeter l’ancre, ni d’offrir à son pi’iucc un prisent que l’on appelle le droit du port. Si quelque navire se dispense de cela , les habitants se mettent à sa poursuite sur leurs embarcations, le font entrer de force dans le port, lui imposent une double taxe, et l'empêchent de repartir aussi longtemps qu'il leur plaît. » (Trad. de MM. Defrémery et Sanguinetti, t. IV, p. 78.) La piraterie semble avoir toujours ou un grand attrait pour les Arabes.