‹ Le livre de Marco PoloChapitre 240 sur 357 · CHAPITRE CLXXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE CLXXVII

« car par aventure il sera encore nostre. » Mais les uiarcheans le sevent orendroit ", et vont si appareillié et garni d’armes et de genz, et atout si grant nef cjue il ne les doutent 11 point ; se n'est ’3 par aucune mésaventure d qui leur vient aucune fois.

11 a en ce régné grant quantité de poivre et de gingembre et de canelle, et de turbit et de nois d'Inde (4). Et si y fait on moult fins bouguerans (5) et beaux. Les nefs qui viennent du Levant leur

d Ms. B. male aven fuir.

14 Dès lors. — 11 Craignent. — ,3 Si ce n'est.

(4) Il a déjà été trop souvent question dans ce livre du poivre , du gingembre et de la cannelle, pour qu'il soit nécessaire d’y revenir. Quant au turbit (le convotvulus indicus ) , voici ce qu'en dit Pierre Pomet, marchand épicier et droguiste , dans son l»el ouvrage intitulé : Histoire générale des drogues , etc. (Paris, ICO 4, I vol. in-folio avec figures, l™ partie, p. 57) :

« Le turbith, que les Latins appellent turpeitium, est la racine d'une plante, rampante (dont il donne une très-belle gravure en tailledouce) le long des autres arbres, qui a ses feuilles et ses fleurs assez approchantes de celles de la guimauve, ainsi que le rapportent plusieurs auteurs, entre attires Garcie du Jardin, qui marque dans son Livre, à la page 232 de son second volume, ce qui suit :

« Le turbith est une plante qui a sa ra- « cinc d’une moyenne grosseur et longueur, - ayant le pied épars sur la terre, comme le «lierre; elle produit des feuilles et des fleurs « semblables à la guymauve ; la meilleure partie • de la plante est ce qu’il appelle le pied, et « dit que toute cette plaute n’a aucuu goût « lorsqu'elle est récente , et qu'elle se trouve « aux environs de la iner, tant eu Catnbajette ■ ( CambaetU ou Cambnye ), Surattc, qu’eu « d'autres contrées des Grandes Indes. Il dit m encore qu’il s'eu trouve à Goa, mais que les « médecins du pays n'en font point d'état. ■

Antoine Colin, dans son Histoire des drogues , espiceries , etc. (Lyon, 1010), tirée principalement, comme la citation précédente, du livre de Gardas de là Huerta, ou de Horto, botaniste

portugais (intitulé : Coloquios dos simplet o drogns da India) , ajoute : « J'avois aussi ouy

• dire qu’il en veuoit eu llisoager (Cidja ou « l’idjàyn- Xdgara) , qui est distant de Guzarate « de cent et cinquante lieues. Mais depuis j’ai « sceu qu'on l'y apportait de Guzaralc, d'où on en

■ transporte grande quantité en l'Asie Mineure,

• la Perse, et aussi en Portugal ; car il en croist « en Hisnager ; mais il est de si peu de vertu , « que les médecins font conscience de le rece-

■ voir.

« Au reste , les médecins requièrent deux « choses pour le bien choisir , à sçavoir , qu’il a soit gommeux et blauc... Le turbit est un mc- « dicament des médecins indiens qui purge le « flegme, auquel, s’il n’y a point de fièvre, ils « ont accoustuiné d’adjooster du gingembre... « Celuy qui croist en Cambaya est estimé le « meilleur. »

(5) Le bougneran, comme il a déjà été dit plusieurs fois, est une étoffe de cotou, empesée, fabriquée dans plusieurs provinces de l'Inde, ("est probablement de cette même étoffe, fabriquée dans celle de Calicutt sur la rôle du Malabar où nous sommes maintenant, que nous est veuu le mot de calicot, toile de coton imprimée que l’on nomme aussi indienne. Notre texte se garde bien de dire, comme celui de la Société de Géographie, et celui même de Ramuiio, que les bouguerans en question sont des /dus b'taus de tout cesl monde (p. 224); i pin belli , e i piit tottili, che si trovino al mondo (p. 4 4 4, éd. Ilald. Roui); il y a là évidemment une grande exagératiou.

apportent arain 14 que il mettent en leur nef pour savoure ,5. Et si leur aportent encore draps à or, et cendaus ,6, et soie et draps de soie ; et or et argent, girolles et autres espices soutilz, lesquelles il leur vendent, se il n’en ont; et puis achatent de celles que il ont, se il veulent. Si que l’espicerie grosse qui ist '7 de ce royaume et va à la grant province du Manzi ,8, et envers ponent '9, que les marclieans portent en leur nefs' qui vont à Aden, celle (espicerie) va puis' en Alixandre ïo ; mais' ce n’est pas de .x. (dix) nefs une de celle qui va vers le Levant ‘ ; lequel est moult grant fait, si comme je vous ai dit1 (6).

Or vous ai conté du royaume de Melibar ; si irons avant et vous conterons du royaume deGazurat, ainsi comme vous porrez oir. Et

* Mss. À. et B. seulement. «— f Ici. — s Ms. A. et. — ^ Le ms. C. porte: lesquelles ne sont pas ele .x. (10) nefz une de celles qui vont envers levant. — ' Les mss. A. et B. ajoutent : et entendu.

*■* Airain y cunre; du lat. arennen. — *s Lest ; du lat. sahurm, ■ sable • dont on leste un navire. — ,6 Etoffe précieuse , faite de soie et de coton, et non du sandale comme on l’a traduit quelque part. — *7 Sort. — La Chine méridionale. — *9 En occident. — *° Alexandrie d'Egypte.

(6) Par les nefs qui viennent du Ixvant , il faut entendre des - navires chinois », comme on le lit en propres termes dans le texte de Ramusio : « E le navi di Mangi (Chine mendia- •« unie) portano del rame (du cuivre) per uvorra « (pour lest ) delle navi. * Ce savoure ou lest était du cuivre, romniuu eu Chine, surtout dans la partie méridionale ou le Mangi, que les navires chinois chargeaient comme lest , leur principal chargement était, ainsi que le dit Marc Pol, des - draps d’or -, des - cendaus » ou étoffe de soie et de coton, des - satins et autres pièces de soie -, de « l’or et de l’argent >• en barres, des « clous de girofles » et des - épices fines -, le tout comme étant des produits de la Chine, qu’ils échangeaient contre de la « grosse épicerie », productions de ces contrées de l’Inde , qu’ils remportaient en Chine.

Ce commerce entre les deux pavs était alors si important que, au dire de Marc Pol (dans notre rédaction seulement), les produits en épiceries de l’Inde ou de la côte du Malabar , qui étaient transportés par des navires marchands

dans le golfe Persique, à Adcn, et de là à Alexandrie d’Egypte, en transit pour l’Europe , par la Méditerranée, n’équivalaient pas à la dixième partie de ceux qui étaicut exportés eu Chiuc, lequel est moult grant fait (économique), ajoute très-judicieusement Marc Pol, qui avait déjà acquis ta conviction de son temps (conviction acquise assurément («r une longue expérience des faits) que la Chiue était le plus grand marché du monde.

Celle observation très-remarquable de Marc Pol, que sur dix navires de commerce qui parlaient de l’Inde et se dirigeaient ensuite au Levant uu eu Chine, et au couchant à Aden et en Egvple, il n’y en avait pas un qui prit celte dernière direction, ne se trouve, à notre connaissance, que dans noire rédaction seule. Il eu résulte indubitablement, scion nous, que cette rédaction a été revue, corrigée et augmentée par Marc Pol lui-même , parce qu’il était alors le seul Européen capable de faire l’observation consignée ici, sur l'importance du commerce de U Chine comparé à celui des autres nations.

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