CHAPITRE CLXXXII
Cy dist du royaume de Qutsivacuran.
Quesivacuran (i)est un royaume; et a roy, et langage par soi'. Et sont ydolatres et vivent de tnarcliandises et d'ars; car il vivent CLXXXII. — * Ms. B. eulx.
historien, était une chaîne d’or pesant 200 manu (ou environ 400 livres) , qui était fixée par uu anneau au sommet du temple; celte chaîne supportait une grosse cloche dont on se servait pour appeler le peuple aux cérémonies du culte. Outre 2,000 brahmanes, qui officiaient comme prêtres, il appartenait aussi au temple 500 danseuses, 300 musiciens, et 300 barbiers pour raser les dévots, afin qu'on leur jierinit d'entrer dans le sanctuaire. Le sultan Mahmoud trouva dans le temple une plus grande quantité de joyaux et d’or, croit-on, qu’ou m ait jamais vu dans le trésor d’aucun souverain. On rapporte que ce temple n'était éclairé d’aucune lumière , excepté par une seule lampe suspendue au milieu de l'enceinte, cl dont les rayons de lumière, réfléchis par les joyaux et les pierres précieuses, répandaient une scintillante lueur daus tout l'édifice. Outre la grande idole ci-dessus mentionnée, il y en avait daus le temple quelques milliers d'autres petites, en or ou en argent, de diverses formes et dimensions.
Ce que Férichtah ne rapporte pas, c’est que Mahmoud le Ghaznévide fit transporter aussi à Ghaznak les célèbres portes du temple de SOmaoAth, lesquelles portes, en bois de sandal, trèsartislemeut travaillées, étaient recouvertes de métaux précieux. Par une destinée singulière, ces mêmes portes furent reprises à Gliaznah (où elles formaient l'entrée du tombeau de Mahmoud) , plus de huit siècles après leur eulèvement du temple de Sdmanâth, et rapportées dans l'Inde en 1842, par les Anglais, à la suite de leur désastre daus l’Afghanistan, biles furent alors portées en triomphe par ordre du nouveau gouverneur de l’Inde (lord Ellenborough , aujourd'hui, décembre 1803, pair d'Angleterre), du Peudjàb, sur la frontière du Caboul, jusqu’à Sûmanàth, où elles furent rétablies à leur ancienne place, à la grande satisfaction des nom-
breux sectateurs du culte sivaite. On peut voir uue représentation figurée de ces mêmes portes dans le n" 131 du Journal of the Atialic Society of Bcngal; Calcutta, 1843, ainsi que le Rapport du comité qui avait été formé pour rendre compte de l'état de ces mêmes portes au gouverneur de l'lude.
(2) C’est là précisément un des caractères du sivaïsine, beaucoup plus matériel et grossier que le brahmanisme primitif et le vichnouisme , et qui était, comme on l'a vu ci-dessus, spécialement pratiqués Sttmanàlh.
CLXXXII. — (1) Les commentateurs de Marc Pol ont été fort embarrassés pour savoir où placer et* royaume. Marsden, le premier de tous (et à peu près le seul, les autres ne faisant guère que de le copier ou le critiquer maladroitement, en proposant des rectifications plus errouées encore), Marsden, disons-nous, ne sachant où placer le pays en question, s’adressa au major Reiiuell, qui lui répondit que, pour lui, il n’était pas douteux que le pays cherché ne fût Kidg- Makraii, la Gédrosie des anciens ( note 1415).
C’était sortir de l’Inde, contrairement aux indications de Marc Pol, et aller chercher sous le 2G' degré de latitude N. un pays qui se trouvait placé sous le 23*.
Ce pays, que nos mss. nomment Quetiva courait , d’une manière très distincte et non douteuse, quoique les éditeurs du texte français de la Société de Géographie aient imprimé (p. 550) Quesmacouran (le i étant nettement accentué, le v seulement dans l'écriture gothique de ces mêmes mss., pouvant se prendre à volonté pour un u, un v ou uu n), est celui que Ptoléuiée nomme KivOi ou K*v0i xôXno;, « le golfe de Kâuthi », qui dans Férichtah est appelé
S Ketch ou Katch , nom identique, le 8, thêta ,
grec ayant eu anciennement à peu prés la pro-
comme inarehans ; et ont marchandises assez., par mer et par terre, de toutes pars. Il vivent de char et de ris et de lait.
Autre chose n'y a qui à conter face. Et sachiez, que ce royaume de Quesivacuran si est la derreniere province d’Inde, alant vers ponent 1 et maistre *. Que je vous di quedeMaahar jusques à ceste province : si est la greigneur Inde, et la meilleur qui soit au monde. Et vous avons conté, de ceste greigneur Inde, les royaumes et les provinces et les cités qui sont sus la mer. Car de celles qui sont en ferme terre ne vous avons riens dit, pour ce que ce seroit trop longue matière (a). Et pour ce nous partirons alant 3; et vous conterons encore d’aucune isles qui sont d’Inde. Et commencerai de deux isles qui sont appellées masle et femelle.
CLXXXII. — 1 Occident. — * Nord-ouest. — 5 A ce point , à présent.
nonciation de tch. Le [ms qui lui est limitrophe au nord, comme le GoudjarAt l’est au sud. s c nomme aussi Koutch, ou plutôt Katch, Ketch; c’est ec nom qui est suffisamment bien exprimé par Quoi dans Marc Pol ; et quant à va curait, dernière partie du mol, c’est le nom exactement transcrit de l’une des divisions principales du pays, écrit dans Férichtah : wàgur;
et, avec la terminaison persane du pluriel du, on a le composé Qitesi-wâgur-dn, - le pays des provinces de ■ \Vagur », et de Quesi ou de « Ketch. •
Ce pays de Katrli et de WAgur est borné au nord-est par celui d'Adjmir, ou le RadjpoulAna, dont il est séparé par un grand désert de sable; à l'est par le GoudjarAt, dont il est aussi séparé par le Rann (du sanskrit rah , » abandonner, délaisser - ; en marélhe ràna, « un territoire désert, inculte -}; au sud par la mer, et à l’ouest par la branche la plus orientale de l'Indus, nommée Lonî, et un marais salant qui le sépare du Sind.
Voilà le « royaume de Quesi-vacuran de Marc « Pol, la dernière province de l’Inde en allant « vers l'ouest-nord-ouest », comme il le dit avec une exactitude frappante pour son époque, et que les géographes de la nôtre n'ont pas toujours.
On peut consulter sur Katc/t ou Koutch la
description étendue qu’en donne Walter Hamilton dans son ouvrage intitulé : Description oj J/indos fan and the adjacent Counlries , London, 1820, 2 vol. in-4“, t. 1, p. 585-603.
Ce pays n’est plus aujourd'hui ce qu’il était du temps de Marc Pol, car, peu de temps après sou passage dans les mers de I'iude, en 1319, il y eut un violent tremblement de terre qui détruisit presque entièrement un grand nombre de villes et remplit d’eau re territoire, indiqué aujourd'hui sur les cartes sous le nom de Runn. Un autre tremblement de terre, qui eut lieu en 1819, détruisit aussi presque entièrement plusieurs villes, entre autres Bhoudj (Iat. 23° 15'; long. 67° 26'), dans laquelle il y avait des ouvriers habiles pour travailler l'or et l’argent; Andjar (lat. 23* 0.V ; long. 67° 45'). Mandavie. (lat. 22* 50' ; long. 67“ 07') est le port principal de la province sur la côte du sud ; c’est la ville la plus peuplée de Katch, ayant environ 35,000 habitants, composés principalement de Khattias, qui sont une tribu hindoue, et dont fout partie les principaux négociants du pays, lesquels commercent avec l’ouest de l’Inde et l'Arabie; les Banyaus, également bindous et commerçants; des Mahométans et d’autres étrangers. Les pilotes et les marins de Katch sont renommés pour leur science nautique, et ils prétendent que re sout eux qui ont enseigné aux Arabes