CHAPITRE CLXXXIV
aussi ; et proprement grant quantité de poissons salés gros et bons; et vivent de ris et de cliar et de lait ; car il n'ont nuis blés ; et vont touz nus, à la maniéré des autres Indiens. Il s'y fait marchandise assez; car il y vient grant navie* de toutes pars, atout toutes'1 marchandises que il vendent à ceus de ceste isle. Et si achatent de là l’or de quoi les marclieans font grant gaaing ; et toutes les nefs' qui veulent aler en Aden, si viennent en cest isle
Ccst arcevesque n’a que faire à l’apostole de Homme, mais est soubmis au grant arcevesque qui demeure à bandas 11 commande à celui de cest isle et à pluseurs autres des parties de ce siecle de là ; aussi comme fait nostre pape de ça (ï).
En cest isle vient coursaus J assez qui font champ3, et vendent leur gaaing (pie il ont robé 4 ; et le vendent moult bien ; car )i crestien de cest isle les achatent , pour ce qu’il sevenl bien que c'est avoir5 de Sarrazins ou de ydolatre (3). Et sachiez qu’il sont en ceste isle les meilleurs enchanteeurs ‘ du monde, bien est voirft que l’arccvesque leur defi’ent en tant comme il puet ; et bien est voir que il dient que leurs ancestrps 11 le furent ; si veulent aussi
r Mss. B. uarirre. — - •• Ms. C. gratis.— ‘c Ms. B. I.c ins. A. »«. — 1 Ces deux dernières phrases manquent dans le ms. C. — * Ms. B. enchanteours. — *• Ms. À. en ces très .
CLXXXIV. — ‘ Baghdud. — 1 Corsaires. — 3 Jls établissent une espèce de marché de leur butin e nie ré. — •* foie, /allé. — - 5 L'a voir, le bien. — - 6 / rai.
diu), les Grecs formèrent le nom de 4(o-cxopiôo;, en se conformant aussi » la prononciation vulgaire du dernier nom, que Mare Pol a également suivie, en écrivant Scuira pour Sokothrak, comme Font érrit les Arabes.
(2) Marc Pol, qui avait, en parcourant l'Asie, rencontré presque partuut des nestoriens, connaissait parfaitement leur hiérarchie, comme il le montre ici. Kn effet, depuis la conquête de la Perse par lesinahnmélaus, le siège du supérieur des Nestoriens {nommé par eux Catholikos), qui était auparavant à Sélencie et à Ctésipbon, fut transféré à llaghdnd, et c’est laque Marc Pol le plaee toujours quand il en parle dans son Livre. Ici il compare l'aulorité de ce Patriarche des Nestoriens, étendue sur une grande partie de
l’Asie et même en Afrique : de là, à celle du Pape, de çà , c’est-à-dire en Europe ; ce qui était alors conforme à la vérité, les réformes de Luther et de Calvin n’ayant pas rncoro enlevé plusieurs États européens à l'autorité religieuse de l’évéque de Rome, et le nestorianisme également ayant beaucoup déchu depuis de sa puissance.
{3) Aboulféda les croyait eux-mêmes pirates : « Suhuhra (aul Socothra), dit-il (traduction de Resskc, dans Büschings Magasin , 4"* port., p. 2" 8), est ortnginta miliaria longa , ul ait ol Azizicus , ciilta christianis nestorianis. Olehris est insul.1, ut ait Saidi filins, undc taûti facta effertur ttloë socothrina... Incolæ cjus sunt christiaui , pirata;. Est ibi fous aqua*, cujus uqiiam ferunt intellectum augere. »
faire. Et vous dirai de leurs enchantement aucune chose : que se une nef alast à voille, et eust bon vent, et assez, il feroient taire un autre vent contraire à la nef, et la feroient tourner arriéré. Et si font venter lequel vent que il veulent; et font faire fortune grant, et grans tempestes (4) ; et autres plus grans enchantement, lesquels ' ne sont pas bons à rccorder en nostre livre.
Autre chose n'y a qui à raconter face. Si irons avant, et vous conterons d’une autre isle qui a nom Madeisgascar.