‹ Le livre de Marco PoloChapitre 26 sur 357 · CHAPITRE CX1V · texte numérisé non relu

CHAPITRE CX1V

car Mongu kaan l’a deslruit ' par guerre 11 y a citez et cliasteaux ‘ et causaus tuit desrocliie et gasté 2 ; et si Ireuve l’en canes 3 moult,

h Ms. A. chastinus.

CXTV. — 1 Ravagée. — * Démolis et minés par la guerre. — 3 Bambous ,

p. 97), d’après un routier chinois, il y aurait encore une distance de 920 li pour se rendre de la capitale du Sse-tchouan à Ta t/isian lou, sur la frontière tibétaine actuelle; niais il est trèsprobable qu’à l’époque de Marc Pol les limites de 1a province chinoise n’étaient pas aussi éteudues du côté du Tibet.

Ce ne fut pas Mangou Khaân en personne, mais son lieutenant Ou-liang-ou-tai ( Ourian kodai des historiens persans), qui en 1253 pénétra dans le Ton fan (plutôt Tou plho) ou Tibet, à la tète d’une armée considérable à laquelle se rallièrent plusieurs généraux tibétains, et soumit ce pays. Déjà Dchinghis Khaàn avait conquis, ni 1 209, la partie septentrionale, s’étendant à l'ouest jusqu’à A ha mil et Tourfan, décrite par Marc Pol (ch. 57) sous le nom de Tangut. Ce général Ou-liang-ou-tai était un des plus grands capitaines des armées mongoles. 11 avait suivi son père, Souboutai , dans les expéditions de Balou- Khan, petit-fils de Dchinghis-Khaàn, en Russie, en Pologne et en Hongrie ; et il était si considéré chez les Mongols, que Mangou-Khaân plaça son frère khoubilaï sous les ordres de ce général, dans l’expéditiou qu'il ordonna de faire contre le royaume de Ta-li et le Tibet.

Lorsque Khoubilaï fut devenu empereur, après la mort de son frère, on fit une nouvelle organisation des contrées de Ou-sse-thsang , ou du Tibet (Tai thsing i thoung tchi. Pays étrangers ;

mm Si-thuing , fol. 1). Le territoire fut divisé en principautés et en districts, placés sous l’autorité du prêtre bouddhique tibétain pa'-sse-pa , qui avait obtenu les plus grandes faveurs de Khoubilaï-Kliaàn, lequel lui avait donné le titre de r roi de la grande et précieuse loi » (ta pào fa n’âug), et de Instituteur impérial ( ti ssè), auquel tous les fonctionnaires publics devaient être soumis. Ce fut là l'origine des fonctions de ce pouvoir lamaïque que l'on a l’habitude de faire remonter daus la nuit des

temps. On peut consulter, sur Pn’-ssc-pa, les Observations que nous avons publiées dans le Mouveau Journal asiatique^ anvier 1802, p. 1-47), sur C alphabet de Pa,-sse-pa , et sur la tentative de Khoubilaï-Khadn , au treizième siècle de notre ère, pour transcrire la langue figurative des Chinois an moyen d'une écriture alphabétique.

Les fils et descendants de Pat-ese-pa occupèrent pendant plusieurs générations les plus grands emplois civils et religieux, sous les dénominations de Sse khoung ( « Directeurs des choses incorporelles ») , Sse tou (« Directeurs de la multitude »), Koue koung (« Princes de l’Empire»); ils portaient à leur ceinture un sceau eu or ou en jaspe oriental, marque de leur dignité. ( Tai thsing, etc., lieu cité). Un descendant de cette famille vivait encore en 1820; il était le Khoutoukhtou ou Lama supérieur de YOurga mongole.

Ibn Datoutah , qui visita l'Inde, de 1332 à 1342, parle ainsi du Tibet (Voyages d'ibn 8atoutah, en arabe et en français; traduction de MM. Defrémcry cl Sanguiuelti, t. III, p. 439) : « La montagne ci-dessus (l* Himalaya) s'étend en r longueur l’espace de trois mois de marche, et « au basse trouve le pays de Tibet, qui possède « les gazelles donnant le musc (ghizldn al - « mise). » Ailleurs (t. IV, p. 216), le même voyageur dit : « Je partis de Sodcàwàn pour les » montagnes de Càmaroù (le pays d’Assam) , « qui en sont à un mois de marche. Ce sont des « montagnes étendues qui confinent à la Chine n et aussi au pays de Tibet, où l’on trouve les r gazelles qui produisent le musc. I.es habitants « de res montagnes ressemblent aux Turcs, et ce r sont de vigoureux travailleurs;... ils sont r connus comme s’adonnant beaucoup à la r magie. »

Un géographe arabe, dont Drguignes a donné des extraits (Mo tic es et Extraits des Manuscrits, t. Il), décrit ainsi le Tibet : « Ce pays, qui con- ■ fuie d’un côté à la Chine et de l’autre aux

grosses trois paumes, et longues bien quinze pas. Et ont de l’un neu ' à l’autre plus 4 de trois paumes. Et si vous di que les marclians et autres genz qui cheminent par celle terre *, la nuit, il prennent de ces canes et en font feu, pour ce que, quant elles sont au feu, elles font si grans escrois 4 que les lyons et les ours et les autres bestes sauvages ' en ont si grant paour que il fuient tant comme il pevent*, et n’aproeberoient au feu pour riens du monde b. Et ce feu font il pour garantir eulx 1 et leurs bestes, des fieres bestes sauvages que tant en y a par celle gasté province1. Et c’est pour ce qu’il n’y habite nulle gent, pour ce sont tant moutcplies5 ces bestes sauvaiges ", Et se ne fussent ces canes qui font si grans escrois 4 à ardoir, que les bestes fuient et en ont si grant paour, que ce ne fust ce, nul ne porroit 1 par là passer.

Et vous conterons comment ces canes font grant escrois. 11 prennent de ces canes vers6, que moult en y a, et les mettent pluseurs ou feu ensemble. Et quant il sont bien demouré une piece 7, si s’ecorse et se fent par mi et fait si grans escrois 4 que l’en les ot8 bien par nuit, de .x. milles. Et sachiez s’aucun ne fust acoustumé d’oïr les, il pourroit, de legier °, perdre le sens, ou mourir. Maisceus* qui l’ont acoustumé d’oïr les, n’en font force IO pour ce qu’il ont acoustumé d’oïr. Et cens " qui ne l’ont acoustumé , si leur convient prendre coton et farcir bien leurs oreilles, et puis bien bender leur teste et leur cliiere 11 et couvrir la de toutes les robes que l’en a. Ainsi eschappe l’en au premier " jusques à tant que l'en l’a

c M. C. ron (nœud). — d Ms. B. bien tri/is. — « Ms. C. contrée. — * Le ms. C. ajoute : que tant en y a par celle province gasté. — s Ms. A. purent. — h Le Ms. C. ajoute encore ici : Et cest pour ce qu’il n’y a l’esté nulles gens ; pour ce sont tant moutepliées (multipliées) ces sauvages bestes. — ' 31s. A. els . — i Celte phrase manque dans le ms B.

— k Id. — 1 Ms. B. pourroit. — m Ms. B. ceulx; ms. C» ceux. — n Ms. C. commence ment.

4 Fracas , bruit. — 5 Multiplié. — 6 Bambous verts. — ^ Un certain temps . — 8 Entend.

— 9 Facilement . — *° Ne s’en e/frayent pas. — ** Fixage, face.

« mal qui produit le musc; celui-ci ressemble à « la gazelle, mais il a deux dents comme celles « du cochon ; c'est le meilleur musc *. (1*. 410). On en fait un grand commerce.

« Indes, a d'étendue un mois de marche, et est « rempli de villes et de villages ; le sang y est « vif et le peuple débauché et livré au plaisir. « On y trouve des mines de soufre rouge et l’ani-

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