‹ Le livre de Marco PoloChapitre 27 sur 357 · CHAPITRE CXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXIV

acoustumé. Et ainsi vous di des chevaus qui y sont. Ces hestes qui ne sont acoustumé de ce oïr, quant ii l’oent ”, si rompent clievestres 13 et autres choses ; et pluseurs en ont ja perdu leur bestes en ceste manière. Mais quant il veulent ainsi eschaper leur bestes, si leur font bien leirer” et eucbevestrer les quatre pie/, et puis bien bender la teste, les iex p et les oreilles ; et en telle maniéré eschappent. Mais les clievax’ quant il ont ov pluseurs fois, il ne font pas si grant force. Car je vous di que c’est la plus orribler chose à oïr, la première fois, qui soit ou monde. Et avec tout ce, aucune fois vient il des lyons, et des ours, et des autres bestes sauvages, et leur font ‘ grant domage ; car moult en y a à grant foison par le pals.

Et quant on a chevaucbie vingt journées, non trouvant ' habitation nulle, si que il convient ausclieminans porter toute leur vitaille, et trouvant toute fois moult de ces bestes sauvages qui sont moult périlleuses et pesmes à douter adonc si treuve l’en chasteaus et villes assez. Et ont la gent de ces villes une telle coustume de marier comme je vous dirai.

Nul homme de celle contrée pour riens du monde ne prendroit à femme" une garce ,5 pucelle (a); et dient 16 que elles ne vallent riens, se elles 11e sont usées et coustumées’’ de gésir avec les hommes. Et font en tel maniéré que quant les cheminans passent, si sont appareilliées, les vielles femmes", avec leurs filles ou leurs parentes, et vont avec ces garces pucelles et les mainnent aus genz eslranges qui par là passent, et les donnent à cliascun qui en veult prendre pour faire en leur volenté". Et les hommes en pren-

® Mss. B. C. lier. — P Ms. B. yeulx. — 'i Id. chevaulx. — r Ms. C. horrible. — * Mas. À. B. ont fait. — x Ms. C. et ne tremr. — « Mss. A. C. famé. — T Mss. B. C. voulente.

*• L’ entendent. — ,3 Muselières. — *4 Très à redouter; « pesmes >• de pessimus ; et • douter ■ ayant le sens de redouter. — Jeune fille ; ce mot ne se prenait pas alors en mauvaise part. — 16 Disent . *— ‘7 Accoutumées. — 18 Aux étrangers.

(2) L’ancien ms. italien Magliabechiano , publié par Baldelli Boni soi» le titre de II Miliane di Marco Polo, porte ici : - Egli è vero che niuno uomo piglierebbe uua pulcieUa per

moglie, per tuto il mondo. » Baldelli fait remarquer en note (p. 105) que le mot pulcelta, pour vergine, est un mot emprunte au français, qui a été encore employé par Dante et par Boccacc.

lient, et en font ce qu’il veulent (3). Et puis les rendent à ces vielles qui leur ont menées', car il ne les laissent pas alcr avec la gent. Et en ceste maniéré treuvent, les clieminans, quant il vont par les voies, à vingt ou à trente tant que il veulent ; c’est quant il passent par devant un casai ou un cliastel, ou une autre habitation. Et quant il herbergcnt avec ceste gent en leur casaus '9, si en ont aussi tant comme il veullent, qui les viennent prier. Bien est voir que il convient que vous donne/. îo à celle avec qui vous aurez geu*1, un anelet, ou aucune petite chosete, ou aucunes enseignes qu’elle puisse monstrer quant elle se voudra marier, qu’elle a eu plusieurs hommes. Et ne le font pour autre chose. En telle maniéré convient, à chascune pucelle, pourchacier ** plus de vingt icex ’ seignaus avant qu’elle se puisse marier, par la voie* que je vous ai dit (4). Celles qui plus ont de seignaus, et qui plus auront monstre qu’elles auront esté le plus touchiées, si sont pour meil-

* Ms. C. qui là les ont amenées, — y Ms. B. icetx ; ms. C. joyau! x on seignaulz. — ■ Mss. À. B. pour.

*9 Cases, cabanes; au singulier : casai, «case, maison «. — Donniez. — 11 Dormi. — ** Se procurer.

(3) Marc Pul a déjà rapporté une coutume semblable ohseivéc par les habitants de la province de Canin! (H omit). Voir ci-devant, ch. 68, p. 156, et note (3).

(4) Cette étrange coutume est confirmée jusqu'à un certain point par divers autres témoignages. I.e P. Régis, qui fut envoyé dans le Tibet par l’empereur kbang-hi, avec d'autres mi. «donna ires, pour rectifier la carte de cette contrée, dit, à propos de la polyandrie (Du Halde, t. IV, p. 572) : « Dans le compte que le grand seigueur, dont j’ai parlé, rendit à l'empereur, il ne lui dissimula pas l’infâme coutume qui y régne (au Tibet), selon laquelle il est permis à une femme d’avoir plusieurs maris, quoique frères et d'ordinaire de la même famille ; on partage les enfants, en donnant à l’ai né le premier qui vient au monde, et aux cadets ceux qui naissent dans la suite. »

Un écrivain chinois, l’auteur du Wei tsang ihou c/i/, « Description du Tibet, » dont la traduction a été publiée, en 1831 , par klaproth dans le

Journal asiatique, est plus explicite à cet égard, u Dans le Tibet , dit-il, les femmes sont plus robustes que b s hommes ; ceux-ci sont au contraire d'une constitution plus délirale. Souvent les femme* sont chargées de travaillera la terre. C'est aussi pour celte raison que quelquefois trois ou quatre frères de la même famille ne prennent qu’une seule femme. Les frères se partageut entre eux, à leur gré, les garçons et les filles qui naissent de celte union, et si une femme parvient à satisfaire à trois ou quatre frères habitant ensemble, elle reçoit l’épithète d ’aocompCte, parce qu’elle gouverne bien la maison. Ce sont en général les femmes qui font ici le commerce. Celle qui ne sait ni labourer, ni semer, ni filer, ni tisser des camelots, ni faire d’autres travaux domestiques nécessaires au soutien de la famille, devient un objet de dérision pour tout le monde. L ! adultère n'est nullement considéré comme honteux. Si une femme mariée se lie avec un étranger, elle dit sans cérémonie à son époux qu’un tel est son amant ( ingdou ). Le mari

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