CHAPITRE CLXXXV
Et si ont quatre vieillars qui (lient qu’il gouvernent reste isle. Et sachiez que il est moult noble isle et beau et des greigneurs du monde; car il dure bien environ .iiij.M. (quatre mille) milles1. 11 vivent de marchandises et d’ars. Et si vous dis qu’il y a en cest isle * plus d'olifans que en nulle autre province du monde ; et en une autre isle aussi, ci avant, qui a nom Zanquibar, de quoi nous vous dirons. Car en ces deux isles se fait si grant marchandises d’olifans que c'est merveille. Il ne menguent en cest isle nulle autre char que de cbameus. Et si occient touz les jours tant de ces cbameus qu’il n'est nulz qui le peust croire qui ne le veist. Et
•> Le ira. B. porte : trois mille milles; et le ms. C. mi" (80) milles. — ’ Ms. B. pro. vin et.
1**$ a formés, sont excellents. Or» voit dans plusieurs cantons des défrichés immenses, couverts d’un gros gramtn à large feuille, qui s élève à la hauteur de cinq ou six pieds ; les habitants le nomment folak, il nourrit et engraisse parfaitement les bêtes à cornes, qui sont de la plus grande espèce, et différentes des nôtres, en ce qu’elles portent une grosse loupe sur le cou. l’n autre petit gmmtn lin croit naturellement dans 1rs sables sur le bord de la mer , et fournit la nourriture aux bêles à laine. Celles-ci sont de la meme espèce que celles de Barbarie, et différentes des nôtres, surtout par la grosseur monstrueuse de leur queue, qui pèse jusqu'à six à huit livres.
« Les Madécassc-s ou Malégaches (c’est le nom des habitants de celte île) 11e cultivent guère d'autres grains que le riz. Ils le sèment au commencement de la saison des pluies ; ils sont ^ar là dispensés d’accouder leurs champs. Ils ne donnent à leurs terres d'autres labours qu'avec la pioche; ils commencent par serfouir toutes les herbes ; puis cinq à six hommes se rangent en ligne dans le champ , et font devant eux de petits trous dans lesquels les femmes ou des enfants qui suivent jettent quelques grain* de riz, qu'ils couvrent de terre avec le pied ; une terre ensemencée de la sorte rapporte jusqu’à quatrevingts et cent pour un ; ce qui prouve l'extrême fertilité du sol plutôt que la bonté de la culture. Quelque mal entendue qu’elle paraisse, elle suflit pour mettre le* peuples de Madagas-
car dans l’abondance. Je n’ai vu aucun pays dans le monde où le riz et les approvisionnements essentiels soient à meilleur marché...
« Le froment croit à Madagascar dans la même abondance que le riz. II a été cultivé autrefois avec succès dans l'établissement que nous possédions à la pointe méridionale de l'ile, sous le nom de Fort- Dauphin. On y trouve encore aujourd'hui de beaux épis de froment qui y fut cultivé anciennement, et qui, depuis que nous avons été éloignés, s’est semé annuellement de lui-même, et croît pêle-mêle avec les herbes naturelles du pays. Les terres y sont d'une fertilité inconcevable ; les insulaires sont intelligents et adroits. Dans les quartiers où les Arabes n’oul point pénétré, ils ont les simples lois de la nature et les mœurs des premiers hommes. Ces lois et ces mœurs soûl plus favorables à l’agriculture que toutes nos sublimes spéculations, que nos traités les plus complets sur les meilleures pratiques,que tous ces moyens employés de nos jours pour ranimer parmi nous un art que dos mœurs nous font regarder avec mépris, ou traiter avec légèreté, et qui est sans cesse harcelé, sans cesse opprimé par une foule d’abus sortis de nos lois mêmes. » ( Voyages d’un philosophe, par P. Poivre, Paris, an V, p. 12 et sq.)
Il est bien à regretter qu’une île si grande, si fertile , et où nous avions autrefois formé des établissements, soit aujourd'hui livrée à une influence qui cherche partout ÿ supplanter la nôtie.
(lient que c'est la meilleur char et la plus sainne du monde. Si que pour ce la menguent a toujours.
11 ont en ceste isle moult arbres de cendal vermeil qui sont moult bons ; et si en ont tant que touz leur bois ne sont d'autre chose. Et si ont ambre" assez, pour ce que il ont assez balainnes' en celle mer, de quoi il prennent assez ; et de capdos * aussi, qui sont moult grans poissons, qui ont aussi de l’ambre assez, si comme les balainnes \ Et si ont lupars et ours et lyons à grant foison; et autres bestes sauvages assez. Aussi y vient moult de niarchans et grant navie 1 dont il ont moult grant proufit. Et sachiez que eeste isle est tant vers midi, que les nefs ne pevent1 aler plus avant vers midi aus autres isles , qui y sont , fors à cestui , et un autre dont nous vous dirons ci avant, qui a à nom Zamquibar. Et c’est pour ce que la courance 1 de l’yaue* court touzjours à midi si fort, que les nefs qui iraient ne pourraient puis arriéré retourner (3). Et si
J Le même ms. ajoute : t restaux ceux de ladilte isle. — e Ms. B. arbres. — f Itl. Ulainrs . — 6 lü. cupadus . Ms. C. cnpdollz. — Manque dans le ms. C. — • Mss. A. et C. Le ms B. navire. — j Ms. A. purent. — 1 B. raue.