‹ Le livre de Marco PoloChapitre 262 sur 357 · CHAPITRE CLXXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE CLXXXV

vous di que les nefs de Maabar, qui viennent à ceste isle de Madeisgasoar, et en l'autre de Zamquikar, y viennent si tost 5 que c'est

* Si rapidement.

guebar y arrivent rapidement, en vingt jours, tandis que, pour s'en « retourner » à leur point de départ, ils ont de la peine à y arriver dans l'espace de trois mois. J .a différence est grande comme on le voit ; la force du courant doit être aussi très-grande. Et on ne peut pas dire que ce soit la mousson que Marc Pol ait eue en vue, laquelle ne règne que dans certains mois de l'année, car il a bien soin de nous dire que ce n'est pas le » vent », mais l’« eau dans son courant méridional » qui s'oppose à la marche des navires, à leur retour dans les ports du Maabar ou du Coromaudel ; et cela « en toutes saisons. »

Les anciens navigateurs arabes ont connu ces courants. On lit dans les* Prairies d'or » de Maeoudi (m. 950) qui avait navigué dans les mers de l'Inde et de la Chine : « On a déterminé les dimensions de la mer île l'Inde, qui n'est autre que la mer d’Abyssinie : sa longueur, de l’ouest à l’est, c’est-à-dire de l’extrémité de l’Abyssinie aux limites de l’Inde et de la Chine, est de huit mille milles ; sa largeur diffère selon les localités , et elle varie entre deux mille sept cents milles et di.\-ueuf cents milles. Elle forme sur les côtes d’Abyssinie un canal qui s'avance dans la contrée de Itcrbera, portion du pays habitée par les Zendji et les Abyssins. Ce canal, connu sous le nom de Berberi (que les Européens nomment aujourd'hui « Mozambique »), a cinq cents milles de longueur, et sa largeur d'une rive à l’autre est de cent railles. Il ne faut pas confondre ce territoire de « Berbera » avec le pays des Berbers, situé dans le pays nommé •• Ifrikiyab - (l'Afrique septentrionale), pays bien distinct de celui dont nous parlous, et qui n’a de commun avec lui que le nom. Les pilotes de l'Oman traversent ce canal pour gagner Pile de kanbalou 3 S Dje zirct-Kanblou , qui

ne peut être que Madagascar) , située dans la iner de Zangurbnr, et habitée par une lapidation mélangée de musulmans et de Zendj idolâtres ( habitants de la côte du Zaudjibar , qui en a pris le nom)... Les marins qui fréquentent ces parages sont des Arabes de l’Oman et de la tribu

de Azd ; lorsqu'ils ont gagné le large, et qu’ils montent et descendent nu gré de celte mer agitée, ils chantent en cadence le refrain suivant :

« Berbera et Djafouna, que vos vagues sont « folles!

« Djafouna et Berbera, voilà leurs vagues. »

u Le terme de leur course sur la merde Zendj (la côte du Zendjibar) est l’ile de Kanbalou (Madagascar) et le pays de Sofalah et des Wnkvvaks, situés sur les confins du Zendj et au fond de ee bras de mer. I*es SiraGens font aussi cette traversée. J’ai moi-même (Maeoudi) navigué sur cette iner en priant de Sendjar, capitale de l’Oman, en compagnie de plusieurs pilotes sirafiens, ou de Siraf... Ma dernière traversée de Pile de Kanbalou (Madagascar) à l’Oman rcmonlr à l'année 324 (de Pllégire, 916 de notre ère)... J'ai navigué sur bien des mers, la mer de Chine, de Rniim, des Khazars, de Kolzoum et du Yémen ; j’y ai couru des dangers sans nomlire ; mais je n'en connais ps de plus périlleuse que cette mer de Zendj , dont nous venons de parler. » (Msçondi, les Prairies d’or. Texte et traduction par MM. Barbier de Meynard et Pave! de Courteille, 1. 1, p. *230 et suiv.)

Ailleurs le même auteur arabe prie ainsi des « murants sous-marins - d'après les idées que les Arabes s'en étaient faites (ib., p. 242) :

« Cette mer est donc connue sous le nom collectif de * mer d'Abyssinie ; u mais scs subdivisions, qui ont des noms particuliers, romme le Fars, la mer du Yemen, de Kolzoum, d'Abyssinie, de Zendj, de Sind, de l’Inde, de Kalah, de Zabed et de ('.bine el Çiri) sont soumises à

des vents différents. Ici le vent qui sort du fond même de la mer gonfle et soulève les vagues, comme l’eau d’une chaudière placée sur des matières combustibles. Ailleurs le vent si redoutable au navigateur sort du fond et se combine avec la brise de terre. Enfin, en d’autres lieux le vent souffle constamment de terre, et ne pro» vient pas du fond sous-marin. Quand nous parlons du vent qui sort des profondeurs de la mer, nous entendons les exhalaisons engendrées par

merveille; car il viennent, si grant chemin comme il y a, en .xx. (vingt) jours. Et quant il veulent retourner, si y paument plus de trois mois. Et c’est pour l’yaue qui leur est contraire , qui tant court fort à midi 3. Et c’est tousjours en toutes saisons que ceste vaue de la mer court à midi si fort que c’est merveilles. Et si dient que en ces autres isles qui sont à midi, que les nefs n'v peuvent ' aler, pour paour" de non pooir” retorner pour la courance de la mer”; que, là, treuvent l’en les oiseaux Grf* qui y aperent en certaines saisons de l’an. Mais il dient que il ont autre façon que nous ne disons. Et ceus qui ont esté là et les ont veus, contèrent audit messire Marc Pol que il sont de tel façon comme l’aigle ; mais il sont grant et desmesuré ; car il dient que leur esles 5 cuevrent bien .xxx. (trente) pas, et que leur pennes6 cueuvrent,et sont longues bien .xij. (douze)

1 Ms. A. purent. — «*» Id. prour. — *> Ms. B. néant. — «» Le ms. A. ajoute : « si qu’elles ni osent aller. -

— 6 Plumes.

3 fers le sud. — 4 Griffons. — * dites.

la terre , et qui, du fond de f eau , montent à sa surface . Dieu seul connaît la réalité de ce phénomène.

« Tous les marins qui fréquentent ces parages rencontrent ces moussons dont ils connaissent parfaitement les époques. Cette science est chez eus le fruit de l'observation et d’une longue expérience, et ils se la transmettent par l’enseignement et la pratique. Ils se guident d’après certains indices et phénomènes particuliers, pour reconnaître l’approche d’uue tempête, les temps de calme et les orages. Ce que nous disons ici à propos de la mer d’Abyssinie est également vrai des marins grecs ou musulmans qui parcourent la Méditerranée, et des Khazars de la mer Caspienne qui font la traversée du Djordjau, du Taltaristan et du Deitem. »

Ces ohscrvalionsd’uu écrivain arabe dudixième siècle de notre ère, sur les ■ courants - des mers et les « moussons -, sont très-remarquables, quoique l’explication qui y est donnée des - courants « produits par les bas-fonds qui seraient comme en ignition, soit une hypothèse gratuite. 11 n’est pas douteux que Marc Pol n’ait recueilli de la bouche des navigateurs ou pilotes arabes avec lesquels il dut naviguer dans les mers de

I Inde les renseignements qu'il nous a donnés sur le* - courants ■ et les - moussons » de ces mers, et sur les îles de l’Afrique qu’il dit ne pas avoir visitées lui-même.

Voici l’explicAlion qu’a donnée le lieutenant Maury de* - courants « de In mer de l’Inde , exposée par M. le capitaine Tricault ( lieu cité , p. 130) : « On rencontre, parfois au moins, uii autre courant chaud qui prend sa source dans l’Océan Indien. Il s'avance vers le sud, au milieu de l’étendue qui sépare l’Afrique de l’Australie, et semble se perdre dans une nouvelle mer de Sargasses qui se présente là comme pour révéler un lieu d'aboutissement ou de tourbillonnement des eaux. Il est indiqué par les baleines. Quand on examine les caractères physiques et les conditions géographiques de l’océan indien ; quand on se rappelle que, dans cet océan fermé au nord, l'évaporation s’élève jusqu’à 15 et 20 pieds par année, et que la température de l’eau est souvent à 90” F. (32°, 2 G.), on constate sans surprise le mouvement considérable des eaux chaudes accuse par les trois courants que nous venons de mentionner (voir plus haut), et on se dit qu il doit être compensé par un retour équivalent des eaux froides. »

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