‹ Le livre de Marco PoloChapitre 266 sur 357 · CHAPITRE CLXXXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE CLXXXVI

gros; mais ne sont pas si grans comme il sont gros. Car je vous di qu’il sont si grans qu’il ressemblent javans 1 ; et sont si fort que l’un porte bien la charge de quatre autres hommes et menguent bien autant que cinq autres hommes. Et si sont touz noirs ; et vont touz nus, fors de leur nature que il cuevrent J. Il ont les cheveus crespés 3 et noirs si comme poivre. Et si ont si grans bouches, et le nez si rebiffé 4 et les levres si grosses, et les iex si grans et si esroilliez 5, et si rouges, que il samblent luit dvables ; et sont si hideus et si laiz a, que il semblent la plus horible chose du monde à venir. Il y naist " moult d'olifans et tant que c'est merveille à veoir, tant en y a4. 11 ont lyons touz noirs d'autre façon que les nostres. Et si ont ours et lupars? assez. Et si vous di que touz leurs moutons et leurs brebis sont touz d'une couleur ; car il sont touz blans et ont les chiefs noirs*. Et n’y en treuve l’en nul d'autre maniéré ; bien le sachiez pour certain. Il ont aussi moult de girofles8, qui moult sont belles à veoir.

Une chose vous dirai des olifans. Sachiez quant le inasle veuit

c Ms. À. nest. — ** 1^ texte français de la S. G. ajoute ici : « Il font grant mercandies des tiens. • Kt la version latine: « Et faciunt multas mercaliones de denlibus ipsoru m elefantium. • Celte phrase, dans notre rédaction, a été renvoyée ci-après, à sa place naturelle, où il est question du commerce de Zanguebar. — e Ms. B. Le ms. A. chies noirs; le ms. C. U sont tous blans et Us chiefs aussi. Le texte français de la S. G. porte : «* Il sunt luit blanc et ont le chicf noir. » I.a version latine : • Habent monloues et pecudes de una facta , quia sunt omîtes albi et caput habent nigrum. - Les mots touz d’une couleur, de notre texte, doivent signifier : d’une seule façon , de la même robe ,

CLXXXVI. — ' tirants. — * L’ancienne version latine publiée par la S. G. ajoute ici (p. 4/l): "Et faciunt magnuin sensum quando cam cooperiunt , eo quod habent eam multum magnant et lurpem, et horribilein ad videndnm. • — 3 Crépus. — 4 Épaté, retroussé; la version latine porte : « Babuffatum versus frontem. • — 5 Eraillés, — 6 Laids, — T Léopards. — * Girafes. La version latine de la S. G. porte : « Ipsi habent zirafas pulcriorcs de mutido, et sunt faut* sicul diram vobis ; ipsæ habent crura curia, et sunt aliquantulum bassse rétro, quia entra postrriora sunt parva, et gambæ anteriores sunt multum longæ, et sunt altæ a terra benc très passus. Habent parvuin caput et longuni col lu m et non faciunt aliquod ittaluin alicui. Habent colorent album et ruhrum ad cir* culos, ita quod est niulluin pulcra res ad videnduni. » Celte peinture curieuse et remarquable d’exactitude, de la girafe, n’est pas également dan* le texte français de la S. G., mais on la trouve dans l’ancien texte indien de la Cruara (Baldclli Boni, t. I, p. 199) et dans Ramusio.

gésir à la femelle, si font une grant fosse en terre ; et se met l’olifante enverse dedens celle fosse, et l’olifant monte dessus, si comme fait l'homme à la femme. Et c’est pour ce qu'elle a nature moult envers le ventre (a).

Les femmes de cest isle sont les plus laides du monde, et si ont quatre tans les mamelles plus grandes et plus grosses que nul autre femme. Il vivent de ris et de char et de lait, et de dathes. Et font vin de dathes, et de ris, et de espice moult bonne, et de sucre aussi. Il s’y fait moult grant marchandise, et y -vient moult de inarchans et grant navie ‘. Mais le plus grant fait de marchandise de celle isle, si est des dens d’olifans, dont il ont à grant planté; et si ont aussi ambre assez pour ce qu’il ont moult balaines(3). Et sachiez qu’ils ont moult

f Ms. B. nm'iert t beaucoup de navires.

(2) La version lalinc de In Société de Géographie porte (p. 471-2) : *• Elefans jacet cum elefantissa sicut jacet horno cum iVeiuitia, id est qund elefantissa stat reversa, quia uatura défaut» est multum infra corpus. *• Marsden prétend (note 1 440) que tout ee que l’on peut dire pour excuser Marc Pol de In manière dont il décrit l'accouplement des éléphants , c’est que l’erreur dans laquelle il est tombé était ancienne et générale. Cependant celte erreur, si erreur il y a, a été partagée par' Ta Vernier (Foyag. des Indes, \. I, eh. xviii, p. 190) et pur Fouchcr d'OIuonville (Qbscrv. d'un %• oyag., etc., Paris, 1783, p. 103 et suiv.) ; ee dernier, consulté par Duffon sur la question, soutient la même opinion que Marc Pol.

(3) Ou lit dans Maroudi ( les Prairies d'or , texte et trad. par MM. Barbier de Mcyuard et Pas et de Courteillr, t. 1, p. 234) : - C’est dans la mer de Zemlj qu'on rencontre le poisson nommé cl-o.val (la baleine), qui atleiut quelquefois une longueur de quatre à cinq cents coudées omarri, mesure usitée dans le pays ; mais sa longueur ordinaire est de relit coudées. Souvent par des temps calmes il sort hors de l'eau l’extrémité de ses nageoire1*, qu’on peut comparer à la grande voile d'un navire ; par intervalles, il dresse In t(*tc et lance par ses ouïes une colonne d’eau qui s’élève au-dessus d’une portée de flèche. Les marins, qui nuit et jour redoutent sou approche, heurtent des morceaux de bois, ou

battent le tambour pour le tenir à distance. C’est à l’aide de sa queue et de scs nageoires qu'il saisit et porte à sa gueule les |>oissons dont il se nourrit ; il la dilate de façon que sa proie tombe au fond de son ventre. »

Le même écrivain arabe dit ailleurs (p. 333) : « 1. 'ambre est rare dans la mer Larewi (de Lér), mais il sc trouve en grande quantité sur les côtes de Zemlj (Zanguebar), et sur le littoral d'eeft- Cltir en Arabie... I.es habitants de ce pays ont une race de chameaux qu’ils montent la uuit. Ils se rendent sur le bord de la mer, cl aussitôt que le chameau aperçoit l’ambre que les flots oui rejeté, il s'agenouille, ainsi qu’il y est dressé, et le cavalier ramasse celte substance. Le meilleur ambre est relui qui se trouve dans les îles, et sur la rôle de la iner de Zendj ; il est nmd, d’un bleu pâle, quelquefois de la grosseur d’un a-uf d’au t niche ou d’un volume un peu moindre. Il y a des morceaux qui sont avalés par le poisson appelé et-oivat (In baleine) «lotit nous avons déjà parlé. Lorsque la mer est très-agitée, elle vomit de son sein des fragments «l’ambre presque aussi gros que «les quartiers de roche. Ce poisson les engloutit, en meurt étouffé et surnage ensuite sur les flots. Aussitôt des hommes de Zendj ou d’autres pays, qui nttendent sur des ranots le moment favorable, attirent à eux l’animat avec des harpons et des câbles, lui fendent le ventre et en retirent l’ambre. ■

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