CHAPITRE CLXXXY
L’Inde greigneur, si est de Maabar jusques à Quesivecoran. Fit y a .xiij. (treize) moult très grans royaumes. Et nous avons conté de .x. (dix); si que des .iij. (trois) nous passerons brièvement1, ; et sont de la terre ferme. Et Inde menour ,6, si est de la province de Cyamba jusques à Mutfili1, qui a . viij . (huit) grans royaumes ; et est de la terre ferme. Et entendez que ces royaumes sont touz de la terre ferme “ ; car ceus des isles sont en grant quantité, si comme je vous ai dit ; lesquielz” ne sont pas en ce nombre (y).
k Ms. B. briefment. — 1 Ms. A. Afultifili . — m Celle dernière phrase manque dans le ms. B. — n Ms. A. tesr/uirx.
,6 Mineure.
pays me disoient qu’il y eu avoit jusqu'à douze mille. J’estime, quant à moi, qu’il n’y a pas apparence d’y en avoir tant, et qu'ils disent douze mille pour désigner un nombre incroyable, et qui ne se peut compter. Rien est-il vrai qu'il y en a une infinité de petites qui ne sonl quasi que des mottes de sable toutes inhabitées. Davantage, le roy des Maldives met ce nombre en ses titres, rar il s'appeloit « Sultan Ibrahim, roy de treize provinces et de douze mille iles. »
(7) Ce petit résumé rétrospectif ne se trouve, dans aucune rédaction, aussi clairement, aussi nettement exprimé que dans la nôtre, laquelle distingue les royaumes situés « en terre ferme, » des royaumes - insulaires ». Ce passage corrobore de la manière la plus frappante les considérations que nous avons exposées précédemment (ch. clxxvii, note).
La division qui est faite de l'Inde en trois grandes régions : » l'Inde majeure -, » l’Inde mineure -et - l’Inde moyenne », a été conservée en partie de nos jours ; car l’Inde proprement dite de nos cartes modernes, ou l'Inde en-decà du Gange, répond à « l'Inde majeure » de Marc Pol, et - l’Inde au-delà du Gange» répond à son « Inde mineure -, mais son - Inde moyenne » est l'Abyssinie qu’à l'époque de Marc Pol on comprenait assez souvent sous la dénomination générale de l’Inde.
Selon Marc Pol « l’Inde mineure» (en suivant son itinéraire qui est celui de son retour de Chine) comprenait» huit royaumes-, dont le
premier était Cyamba (ch. CLXi) et le huitième Moutfili (ch. clxxi). Les six autres n'ont été ni énumérés ni décrits par lui ; ce devaient être les royaumes de Cambodje ( Kan-phou-tche ), deSiam, de Pégu, d’Arakan, d’Orissa et de Kalinga ; le Bengale, dont Marc Pol a parlé au chap. exxv, n'était pas classé par lui au nombre des royaumes de l'Inde, parce qu’il avait été conquispar Mahmoud le Gaznévide, dès 1017 de notre ère, et qu'il n’y avait alors que certains districts situés aux embouchures du Gange , comme Tchittagoting,Tcbandranâgara (Chandernagore - la ville de la lune-), appartenant aujourd'hui à la France, qui étaient restés soumis à des radjas indiens des souverainetés voisines.
L’« Inde majeure - comprenait treize royaumes dont dix ont été décrits. En voici l'énumération :
1° Royaume du Mauhar (ch. clxix),
2° — de Lâr (ch. CLXXll),
3* — de Coilum (ch. CLXXiv),
4° — d’Ély (ch. ci.xxvi),
b* — de Mélihar (ch. CLXXYll),
6° — de Gazurat (ch. clxxviii),
7° — de Thana (ch. clxxix),
8° — de Cambaelh (ch. clxxx),
9e — de Soumeuat (ch. CLXXXl),
10° — de Quésivacuran (ch. CLXXXtl;.
Tous ces royaumes étaient maritimes, quoiqu'en « terre ferme », comme dit Marc Pol qui dut en visiter au moins les côtes, et pour quel-
LE LIVRE DE MARC l'OL.