CHAPITRE CLXXXVII
C'y commente de la grant province de Abbasie, qui est la moicnne Inde, cl est aussi de ta terre ferme.
Abbasie (i) est une grant province, et sachiez qu’elle est la moienne Inde ; et est de la terre ferme. Si y a six roys et six royau-
ques-mi.s l’intérieur aussi ; car en beaucoup de points son récit parait être celui d'un témoin oculaire.
1 . Le premier de ces royaumes, celui de Maabar, était situé au sud de la péuiusule de l’Iudc, à l'est de la chaîne des (là t lis, et comprenait tes ancieus royaumes des Pendions et des Tchôla. A l'époque de Mare Pol, ce royaume était, comme on l'a vu, divisé en « cinq Etats» gouvernés par cinq frères, dont l’un, nommé Suudcr Bandidavar, était sans doute l'ainé et le suzerain. Les capitales des drus anciens Etats étaient Madboura (aujourd'hui Madouré) et Kantchi (Condjivcram; ; la langue de cette contrée de la péninsule est le « Limite ».
2. Le second de ces royaumes, celui de Làr, était situé, comme le dit Marc Pol, à l'ouest de la partie nord du précédent, dans l'ancien pays de Kérala, qui s'étendait jusqu’à la côte du Malabar. D'après le Kérala-Oatpatti, livre écrit en malayalam, et dont H. II. Wilson a donné des extraits {A Descriptive Catalogue of tlte Oriental Manuscripts, etc., Calcutta, I828,.t. II, p. 73 et suiv.), on apprend que, anciennement, dans celte contrée de la péninsule, un roi (Parasu Btima), ayant défait les Kchatriyâs (la caste des guerriers) , introduisit des Arja-Brnmins, ou iiràhmanes de la race aryenue du nord (nous avons ici l'origine très-probable des A -brama un de Marc Pol), et leur distribua en dons soixantequatre villages ( gramams ), dans lesquels ils s’établirent, et qu'ils gouvernèrent eux-mêmes par une assemblée générale nommée dans leur sein, eu affermant leur» terres à des iudividus des classes inférieures. Le pouvoir exécutif était entre les mains d'un Brâbmaue élu tous les trois ans, et assisté d’un conseil de quatre autres personnes nommées pour trois ans par les Brahmanes des soixante-quatre villages eu question. Par
la suite des temps cependant, il arriva qu'un souverain de la caste militaire fut élu, s'engageant toutefois par serment, lors de son installation, à reconnaître l'autorité des Brahmanes et à ne rien faire de contraire à leurs intérêts, et toujours avec leur consentement. Ce gouvernement militaire fut emprunté, est-il dit, dans l’origine à un pays étranger. (Voir Wilson, lieu cité, t. I, p. XCV.)
Ou ignore l'époque précise où le pays de Kérala se divisa en deux parties, l'une an nord et l'autre au sud; mais, au neuvième siècle de notre ère, la partie sud se révolta contre son prince qui s'était fait mahométan, et plus tard se divisa de nouveau en un grand nombre de petites principautés, au nombre desquelles, au quinzième siècle, était le Sàmudri Radja , le « roi des côtes de la uicr », qui possédait le port de Calicut, et que les Portugais nommèrent le Zamorin.
D'apres l’ouvrage indigène cité ci-dessus ( Mackensie Collection , t. II, p. 92), un grand nombre d'étrangers de diverses nations vinrent s’établir dans cc pays des Brahmanes. II y avait parmi eux des cultivateurs, des pécheurs, des négociants, des natifs du royaume des Pandions, du pays de Konkan, des Ara lies et autres étrangers (yonaken), des Nazaréens ou Chrétiens de Saint-Thomas (iVasrani), etc. Ces faits, que uous avions omis de rapporter, faute d’espace, au ch. clxxii, jettent un jour tout nouveau sur Cet ancien État de la péninsule de l'Inde, et confirment de la manière la plus inattendue le récit de Marc Pol. On comprend maintenant pourquoi il a dit dans cc uiéuie chapitre, sur la province de Lar, que « tous les Abrumains du monde (de l'Inde du sud) en étaient originaires ! ».
3. Le troisième royaume de l’Inde majeure décrit par Marc Pol, celui de Coilum, était limitrophe, au sud, du précédent, et occupait la