‹ Le livre de Marco PoloChapitre 28 sur 357 · CHAPITRE CXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXIV

leurs tenues. Et plus volontiers l'espousent, pour ce qu’il dient ,:i quelle est plus gracieuse. Mais quant elles sont mariées, si les tiennent trop cliieres, et ont pour trop grant vilounie se l’un ** toucliast bb la femme à l’autre ; et se gardent moult de ceste honte treluit, depuis qu’il se seront mariés avec si faites femmes.

Or vous ai conté de cest mariage, qui bien fait à conter et à dire “ ; car bien y devroient aler les jeunes bachelers pour avoir de ces pucelles à leur vouloir tant comme il demanderoient, et seroient priez sanz nul coust■'‘,.

Les genz sont idolastres” et mauvaises durement, et ne tiennent à nul pecliie rober15 ne mal faire, et grcigneurs escharnisseurs du monde. Il vivent de cliace et de venoison et de bestail et de fruit que il traient *7 de la terre. Si vous di encore que en ceste contrée, ont moult de bestes qui font le muguelias *8, et l’appellent en leur

M Ms. B. ung homme, — Ms. A. couchiast; ms. B. touchait à. La première lettre de ces mots, dans nos mss. en écriture gothique, se confond somenl. — fc Le ms. C. ajoute : la maniéré. — Ms. C. consternent , [•sine impensis »}. L'ancienne version latine , de la S. G., celle du II Milianr et le texte de Bamusio n'ont pas ce passage, qui se trouve dans nos trois Mss. comme dans le texte français de la S. G. et qui tient un peu du terroir gaulois. — 00 Mss. A. C. y dre s.

*3 Disent. — *4 Bacheliers. — *5 Voler. — - *6 Les plus grands moqueurs, railleurs. Le ms. C. porte : escortais. — *7 Tirent , extraient . — *8 Musc.

n’en est aucunement affecté, et si les deux époux sont d’ailleurs contents l’un de l’autre, ils continuent de vivre en bonne harmonie. Si cette liaison leur convient, chacun suit son désir. -

L’auteur chinois .«‘tait en contradiction avec Marc Pol sur la question de Y adultère, et il n’admettrait que 1a polyandrie , tandis que notre voyageur reste seul à charger les Tibétaines d’une coutume qui aurait quelque rapport avec celle qu’Hérodotii attribuait de son temps aux Babyloniennes. - La plus honteuse des lois de Bahylone, dit-il (livre I, 149, trad. Giguet), est celle-ci : Toute femme indigène est obligée de s’asseoir une fois en sa vie dans le temple de Vélins, et de se livrer à un étranger... Des qu’une femme est assise dans l’enclos sacré, elle ne retourne plus à sa maison avant qu'au étranger ait jeté sur ses genoux une pièce de monnaie et se soit uni avec elle hors du temple. En jetant cette

pièce d'argent, il doit dire : • J’invoque pour toi la déesse Militta. » C'est le uom que les Assyriens donnaient à Vénus... Il y a quelque part, à Chypre, une coutume qui se rapproche de celle-ci. » Cependant il ne faudrait pas supposer que Marc Fol, en rapportant la ronduite étrange des femmes tibétaines , n’a fait que céder à un caprice de son imagination. Le P. Martini, dans son Atlas Sinensis (Antuerpur, anno I (121) , rapporte une coutume pareille des habitants de la province de Yùnmdn, peu éloignée du Tibet : * Fuere hic oüm, dit il (p. 157), varia; génies, quarum plcraque iguota Domina hic minime recense©; mores etiam ah invicem fere hahurrr il i versos , sed omnes Foc idololatrinv docli'iiuc fuere addiclse, cjus lihris derantandis semper occupa ta* ; bella ac arma tractarc, agricultunv dare operam pnecipuum fuit illorum studium; v'irgmem nultus in uxorem accipiehat , nui clam

languagc gueluri( 5). Et ont, ces males gens, moult de grans chiens (6) et de bons qui prennent moult de ces bestialles Si que pour ce, il en ont, du muguelias, en grant hahondance. Il n’ont pas monnoie de charlretcs “, de celle du grant Kaan ; mais font monnoie de sel (y). Il sont vestus moult pourement *», car il ne sont vestus

tt Ms. B. best taille s. — K Ms. C. charlrt .

*9 Pauvrement.

prias ab alio (verha attelons nostri Siiiiri sunt) vitiatam. »

(,r>) Gmt cri, ou gouder f, est le nom mongol (V. Ssethi ho pi iveu kian , » Dictionnaire sjn optique <l«rs langues chinoise, mandchou, mongole et tibclaine », k. 31, Toi. 54), et non tibétain, de l'animal qui produit te musc. Aussi l'ancienne version latine publiée par la Société de Géographie porte-t-elle (p. 399) : « In ilia contracta sont multn* beslia* qnas faciunt muséum, et vocantur illaî beslia? liugua tar tarira gidf.ui. » Marc Pol a parlé plus au long du chcvrotaiu porte-musc, au chap. *1, p. 204, ou il décrit cet animal asec plus d’exactitude que la plupart des voyageurs qui l’ont suivi. (Voir aussi ch. 83, n. 8.) Ou peut comparer sur le musc et la chèvre qui le produit la Relation des voyages faits par les Arabes et les Persans dans l'Inde et à la Chine , traduite parM. fteinaud, t. 1, p. Ut?, et les Notes de M. le docteur Rouliu sur le même sujet, t. II, p. 71. Les Chinois nomment l'animal qui produit le musc : Hiàng-tchâng, - daim au parfum odorant ». Le mot de guderi , pour désigner l’animal qui produit le musc, est passé dans la langue turque, qui a consent* beaucoup d’éléments tartares d’uue commune origine.

Par idolâtres, il faut entendre bouddhiques , comme nous l’avons déjà fait souvent remarquer.

(6) M. le docteur Hookcr, dans son beau livre intitulé Himalayan Jour nais (London, 1854, t. I, p. 203 et suis .), donne la ligure d’un chien du Tibet, qu’il nomme Tibet mastiff, se rapprochant beaucoup de la tête d'un chien bouledogue, et qu’il décrit ainsi : « Le groupe de Tilielaitis (qu’il met en scène) marche en bon or. dre, et vous vous trouver bientôt au milieu de chèvres et de moutons portant chacun scs deux petits sacs de sel ; mais, en outre, marche à pas

lents, le mâtin énorme, grave, k la tête de boule-dogue ( the huge, grave, bull-lieaded mas tfj), chargé comme les autres, sa queue touffue et glorieuse (glorious) jetée sur son dos dans une ]Muturc majestueuse, et un épais collier de laine rouge |K-ndaut à son col et sur scs épaules, faisant rassortir sa longue relie soyeuse ( setting off his long sitky coat) à sou grand avantage ; il est décidé*meut celui de tout le groupe qui se présente le plus uobleineut , surtout s’il est d'une fine et pure couleur noire ; car ce sont souvent des bêtes à poils sombres hérissés et d'un aspect misérable. Il ne parait pas là à sa place, ne gardant ni ne protégeant ceux qu’il accompagne ; et il sait que ni les yaks {bas grun nient), ni les moutons, ni les chèvres, n’evigent son attention; tous sont parfaitement apprivoisés ; de façon qu’il prend sa part de la besogne, comme porteur de sel pendant le jour, et comme gardien pendant la nuit. »

(7) Le texte de Ramusio dit : Spendono corallo , au lieu de sel. Du temps de Marc Pol, les Tibétains ne faisaient pas encore usage de monnaie; le sel, très-abondant chez eux, la remplaçait, comme objet d’échange d’un usage journalier et habituel ; mais depuis , ils paraissent avoir senti la nécessité d’avoir une monnaie courante, car on lit dans la Description chinoise du Tibet ( If ’ri tsang thon chi , dans le Journal asiat., année 1829, t. II, p. 269) : « Il circule dans le commerce à /Classa une monnaie en argent pesaut un tluiass et cinq /en (1 fr. 25 c.) avec une inscription tibétaine et avec des dessins araliesques. On échange la monnaie d'argent contre du cuivre. » Ku 1792, une monnaie fut frappée au Tibet, portant une inscription en chinois d'un côté et eu tibétain de l’autre , indiquant le règne de l'empereur K bien- loua g.

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