‹ Le livre de Marco PoloChapitre 271 sur 357 · CHAPITRE CLXXXVIl · texte numérisé non relu

CHAPITRE CLXXXVIl

es joes’. Et les font d’un baptesine; car puis qu’il sont baptisiez, en l’eaue'1 si se font les trois signaus, et ce est par gentillesse et

J Ms. A. vaut.

* Aux jours.

riots. La girafe est uée d’une chamelle sauvage; sa tête ressemble à celle du ibl ou chameau, ses cornes à celles du cerf, sa peau à celle du tigre, scs jambes à celles du chameau (An îr), ses ongles à ceux du bœuf, sa queue à celle du chevreuil ; elle a une longue crinière ; les pieds de devant sont longs et ceux de derrière courts. U y a aussi dans ce pays des hyènes et des bœufs sauvages. »

« Habaxchah, l'Abyssinie, dit Ibn al Wardi (/A, p. 39, trad. Dr gu ignés) est un grand pays situe vis-à-vis de l’Hedjiaz, dout il est séparé par la mer ; il s’étend depuis l'orient de la Nubie jusqu’à son midi. Les Abyssids, qui sout chrétiens, se sont emparés de l'Yémen avaut Mahomet. On estime l>eaucoup les eunuques de ce pays, et les femmes esclaves sont très-belles. Le ttadgiaschi (le négous ou roi) demeure à Kaabar, qui est une grande ville; on y trouve lieaurnup d’arbres appelés mouza (bananiers), mais les habitants n’en mangent pas le fruit; ils s'abstiennent aussi des poules. »

L’Abyssinie est liornée aujourd'hui au nord par la Nubie ; à l’ouest par la Nubie et le Kordofan ; au sud par de hautes chaînes de montagnes, et à l’est par la mer Rouge : entre les 8“ et 18° de latitude N. et les 32* et 41° de longitude B. Cette contrée comprend les royaumes de Gondar, de Tigré et de Choa, ainsi que la confédération des Gallas.

L’Abyssinie était nommée par les Grecs Atûionia, ■ /Ethiopie », nom générique qui désignait pour eux des contrées situées en Afrique et en Asie, dont les habitants, ainsi que l'indique le nom, avaient le « visage comme brûlé par le soleil ». Homère les place sur les bords de l’Océan, éit’ ’Uxsxvôv (//. I, 423; XXIII, 20<j); ils étaient divisés en deux racet, dont l’uue habitait à l’est et l'autre à l'ouest ( Odjss . 1, 23, 24); ils étaient voisins des égyptiens, des Sidonienset des Arabes ( Od . IV, 83). Hérodote dit que Canibyse, ayant conquis l’Egypte, eut le désir de voir

la « table du soleil » des Ethiopiens, et il envoya des ambassadeurs à leur roi, fit une expédition contre eux et y perdit son armée (I. Ht, 17-25). Des Ethiopiens orientaux servirent dans l’armée de Xerxcs, avec des Arabes et des Indiens (1. VII , 65-“0), et ils étaient incorporés avec ces dentiers. Hérodote distingue les Éthiopiens de la Libye de ceux du Levant; les premiers avaient les cheveux crépus , oO.ôtstov Tpiyamx !/o'jcn, tandis que les derniers les avaient droits: Iftûtptjréî clôt. Nous ne reproduirons pas ici toutes les opinions des anriens sur les Ethiopiens; ces opinious sont aussi nombreuses que confuses. Ce que l’ou peut en dégager de plus clair, c’est que le nom d’Etbiopirns était donné généralement à tous les habitants à teint fortement bruni qui peuplaient les contrées de l’Afrique avoisinant l’entrée de la mer Rouge, et même une portion de l'Asie qui n’en était pas éloignée ; rt que les uns, teuant de la race nègre, avaient les cheveux » crépus », tandis que les autres, tenant de la race primitive indienne, les avaient* droits». C’est probablement par un reflet de ces idées , fondées sans doute aussi sur des tradiliuns locales qui ne sont pas à dédaigner, que Marc Pol nomme l’ Abvssiuie «l’Inde moyenne ».

Dès 1838, dans un «Essai sur l’origiiic et la formation des différents systèmes d’écritures orientales et occidentales », publié dans V Encyclopédie nouvelle , art. Écriture, j’avais démontré, en exposant l’alplialiet éthiopien ou abyssin, que cct alphabet avait été formé sur le modèle du dévanàgari ou sanskrit, et que l'écriture éthiopienne, dirigée de gauche à droite, comme tous les alphabets indiens, contrairement au système de tous les alphabets sémitiques, indiquait évidemment son origine. « Si l'on compare cet alphabet, disions-nous /p. 580), avec l’alphabet sanskrit donné ci-apiès, on sera frappé de l’extrême analogie qui existe entre eux, pour la constitution surtout, cur pour la forme ils diffèrent beaucoup l’un de l’antre au premier abord,

pour accomplir leur haptesme. Et si y a aussi juifs ' et ont deux signaus en chascune joe ; et les sarrasins en ont seulement un ou front, jusques à demi le nez (3).

• Ms. A. Jais.

quoiqu'une analyse rigoureuse puisse facilement parvenir à retrouver même la forme sanxkrite dans l'alphabet éthiopien, surtout la forme des anciennes inscriptions découvertes daus l’Inde, et qui mnoutenl à une époque antérieure à notre ère. On verra que la classe des cérébrales, propres au sol de l’Inde, n'a pas été importée dans l'Abyssinie, comme dans tous les pays où la langue et l'alphabet ariens ont été introduits. On pourra aussi apercevoir la portée pour l'histoire des faits nouveaux que nous venons d'établir, et qui tendent à démontrer les résultats suivaulx : que l'Éthiopie a été peuplée ou civilisée anciennement par une colonie venue de l’Inde, supposition qui a déjà été faite par W. Jones et quelques voyageurs, et qui acquiert ainsi une espèce de certitude.

•« Nous trouvons une confirmation de ce fait daus le S y ocelle, qui prétend que les Éthiopiens partirent originairement des bords du fleuve Indus, et allèrent s'établir daus une contrée située au-dessous de l’Égypte, sous le règne d’Auiénophis ou de Meninon , de la huitième dynastie : Aifüoftt; àxû toô *lvôoû TroTapoô àvourrâvTi; itpo; Tîj At^vït-rw dixrioav ; Ætbiopes ah Indu Humilie rousurgetites juxta Ægyptum iedctn sibi eligerunt (Sy ocelle, p. 120, cd. Vend.). »

Depuis plus de viugt-cinq ans que ces ligues ont été écrites, la science historique cl philologique n’a fait que les confirmer. * Les découvertes récentes en linguistique, dit M. J. Ravvlinsoii,dans sa belle traduction d'Hérodote (t. I, p. 050, n.), tendent à démontrer qu’une race Couchilc ou Éthiopienne se répandit dans les premiers temps sur le* bords de l’Océan méridional, de l'Abyssinie jusqu’à l’Inde. Toute la péninsule de l'Inde était peuplée par une race de ce caractère, avant l’invasion des Ariens; elle s'étendait de ITudus, sur la côte maritime, tout le long du moderne Kéloulchislau et du Kerinan, qui était la contrée propre des Éthiopiens asiatiques ; les rives septentrionales du golfe Panique ont appartenu à celte race, comme le démontrent les inscriptions

trouvées sur des briques dans les ruines de ces mêmes villes ; elle était dominante dans la Susiaue et la Uahylouie, jusqu’à ce qu’elle fût dominée el le- même, clans une contrée, par les Ariens, et, dans l’autre, par l’iuvasiou des Sémites; on peut la suivre tout à la fois, par sa langue et par la traditiou, à travers toute la cûlc méridionale de la péninsule arabique, et elle existe eucore en Abyssinie où l'idiome de la principale tribu 'les Galtas) fournil, pense-t-on, une clef pour déchiffrer le* inscriptions cunéiformes de la Suxiane et d’Élymais, qui datent d’une époque probablement de mille ans avant notre ère. »

(2) L’Abyssinie a toujours été divisée en plusieurs États plus ou moius indépendants l’un de l’autre et dont le nombre a beaucoup varié.

(3) Ces - signes - que les Abyssins chrétiens, juifs et sarrasins, nu dire de Marc Pol, portaient sur le visage, et que Ludolf conteste connue n'existant pas de sou temps ( Uistoria Ætl/iop., I. III , c. vi, $ 41 : ■ Nullo stigmate uotantur .Klbiopes »), rappellent ceux que les Indiens des diverses castes et de diverses professions, portent aujourd'hui. Lm* coutume des anciens Éthiopien*, rapportée par Diodore de Sicile (I. III , $ 7), rappelle aussi un usage semblable du royaume de Maabar (voir ci-devaul, p.GI3) : «fatal ôè oôvr,- Oe; eîvat xzt -rô ffWTilcvTâv {xovoico; toù; iratpov; Tot;Pa»jt>.EÔai, xat tqùtov ctvai tiv Givxtov èvôoçov xod çùîat; ôÀr/jivr.ç pâprupx. » (Juin immo eomnuinem cum regibus mortem oppetrre amicos, in mort' positum; eumque interitum gloriosum , et sinccr* amicilia- tester» eue p médiront. «* (Édit. Didot, t. I, p. 130.)

Knfin nous citerons encore un dernier trait de resseniblanre entre les anciens rois de l’Abyssinie et ceux de l'Inde ancienne : les premiers rois abyssins , d'après les listes publiées par Sait {Forage tu Abyssinia, Londres, 1814, p. 460) et Dillmann ( Zeitschrift fier t/eutsch -morgen/au i/ischeti GeseUschaJt , t. Vil, p. 341), portèrent, jusqu'au troisième siècle de notre ère, le nom patronymique de Za , comme les rois hindous de

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