CHAPITRE CLXXXVII. G
l,e grant roy demeure ou milieu de la province; les sarrazins demeurent vers Aden (4). En ceste province preesclia saint Thomas
Sourdchtra, qui régnèrent dans les deux ou trois premiers siècles avant notre ère, portèrent aussi celui de Sdha ou Sâh \ d’où vient le nom même de Sa/t, et, selon la prononciation du sud de l’Inde : Sou-rdcbtra , « le royaume des S à h ou Sou, » lequel s'étendait de l'extrémité méridionale du Goudjarate jusqu'au pied de l’Himâlaya (voir le très-curieux Mémoire de M. hd. Thomas, On the dynasty of the Sali Âings of Suràshtra , dans le Journal of the Royal asiatic Society, vol. XII, part. 1). Le nom même de Goudjarate est la transcription altérée de Goup(-pta) Sâh-rdch'.ra , - le royaume des dyuasties Sdh et C.oupta, qui se succédèrent dans cette contrée de l’Inde, après l'interrègne des rois scythes, qui commença l'année 20 avant notre ère, comme celui qui écrit ces lignes a été le premier à le déuioulrer eu 1830, d'apres les écrivains chinois (voir sa traduction de la Notice tur (Inde de Ma-touan-liu, publiée en anglais dans YAsialic Journal de Londres, août 1830 ; reproduite par J. Primrp, dans le Journal of the Asiatic Society of Brngal, sous le titre de Chutese accourt t of India. Janvier, 1837, p. Cl et suiv.). La preuve que ce» rapprochements ne sont pas imaginaires, comme on pourrait le supposer, c’est qu'uu peuple du nom de £eosa idvo;, Sesea gens, est cité dans l’inscription grecque d’Adulis comme ayant été vaincu par le roi de cette dernière contrée, lequel peuple de Séséa, selon M. Vivien de Saint- Martin (Noue. Journal asiatique, octobre 1863, p. 355), * doit désigner une partie au moins des » Somàli, dont une des tribus principales porte « encore le nom iYissa, qui parait même avoir m été le nom patron) mique de ta race. ** Et cette race, c’était vraisemblablement celle dont faisaient partie le» anciens rois abyssins du nom de 7. a ou Sah. La circonstance que l’envoyé de l’cmreur Coustaucc près du roi d'Abyssinie (en 356) était un Indien (v. Philostorge, p. 477) confirme
uos rapprochements.
(4) Le « grand roi, » c'est-à-dire, le roi principal de l’Abyssinie, suzerain des autre», et professant le christianisme ainsi que son peuple, demeurait au milieu de la province de ce nom, qui était alors la ville de Tégiflet, capitale de la
province de Choa, alors le siège de l’empire abyssin, tandis que les Sarrasins ses vassaux demeuraient vers Aden. Marsden a supposé que Marc Pol avait voulu désigner par ce dernier nom la contré»» que de* géographes européens ont nommée Adel ou Zeila. Gela est d’autant plus vraisemblable que la configuration des lieux répond parfaitement au récit que fait Marc Pol des guerres qui eurent lieu entre le roi chrétien d'Abyssinie cl ses vassaux les Sarrasins. Toutefois nos trois ms». portent Aden, comme le texte français de In Société de Géographip, et la version latine, Adem. Si c’est le pays actuel d’Àdel que Marc Pol a voulu désigner, il faut que ce mol ait été altéré en celui d'Aden par les premiers copistes qui auront cru que c'était le même pays et le même Soudan dont il est question dans le chapitre «livant.
Dans son Historia .-Fthiopica , Ludolf, décrivant les frontière» de l'Abyssinie, dit (1. I, c. Il, 12) : * Set pii tur introrsum magis Ad c/a- R ex Muhamedanus, Habessitiorum infensisshnns hoslis, et superiori sn-ctilo (circa annum 1537 ) 11agellutn. » C’est cette nation que M. le Dr Beke dans sou Voyage en Abyssinie, publié avec une carte, daus le Journal of the Royal ( leographi cal Society of Ixsndon (vol. XIV, année 1844), nomme Addl (T allai et Danàkil ; CCS dernières formes du noin indigent' étant données par lui comme plu# exactes). Elle occupe la contrée située au midi du golfe Arabique ou d’Aden, entre le I0*> et le 15u du latitude nord. Cette situation répond parfaitement, comme nous l'avons dit, à la désignation qu’eu fait Marc Pol : « les Sarrazins demeurent vers Aden. »
Ce fut vers l’an 333 , selon la chronique d’Axoum, que le christianisme fut introduit eu Ethiopie par la conversion de deux princes dont lus noms éthiopiens sont Ahrêha et Atzbéha. Deux siècles après ou voit que les rois de l’Abyssinie avaient éteudu leur pouvoir jusque de l'autre côté du golfe Arabique, puisque l’Yémen leur était soumis, et qu’il était gouverné par un officier du roi d’Axouiu. « Cette importante conquête , dit M. Noël Desverger» (Abyssinie , dans Y Univers pittoresque de MM. Didot, p. 10), en les rendant
l'apostre ; et puis qu’il les ot3 convertis, si s’en ala en la province de Maabar là oit il morut. Et si est aussi là son corps, si
» Eut.
seul# maîtres de la mer Rouge, donna à leur alliance une importance que sut apprécier Justinien. Cet empereur voyait avec peine ses sujets tributaires de la Perse pour le commerce de la soie, dont l'usage devenait de jour en jour plus habituel à la cour somptueuse de Constantinople. La guerre qui éclata bientôt entre les Persans et les Romains lui parut un double motif pour réclamer les secours d’une nation chrétienne placée dans des circonstances favorables à ses projets. Des ambassadeurs changés de riches présents se rendirent auprès du monarque éthiopien, auquel Procope donne le nom d’HclIestocus, et d’autres celui d'El-Esbo&s, et l’engagèrent, d’une part, à diriger contre les Perses les tribus arabes qu’il commandait, de l’autre, à envoyer des négociants habites aux pays qui produisent de la soie. tes llomérites refusèrent de traverser d’immenses déserts pour aller attaquer une nation belliqueuse ; et si les navigateurs de la mer Rouge firent quelques tentatives pour enlever à la Perse le monopole des tissus précieux qu’elle recevait par caravanes des frontières de la Chine, rien ne nous prouve qu’ils aient réussi. »
Vers l’an 925 de notre ère (voy. Salts, Abyssinie, p. 472), une révolution s'opéra dans le gouvernement de l'Abyssinie. Une ancienne colonie de Juifs, réfugiée dans les montagnes du Samen , entre l’Amhara et le Tigré, avait des chefs entreprenants qui s’emparèreut alors du trône d’Axoum, par la per&onuedc la fille de l’un de ces chefs, nommée par les uns Judith, et par les autres Esther, deux noms assez significatifs, telle femme avait épousé le gouverneur abyssin d’une province voisine de celle de Semen ; et au moment où la mort d’un roi d’Abyssinie laissait le trône à son filsenfaut, elle se crut assez puissante pour s’emparer de la couronne, et détruire eu même temps le christianisme jacobite dans l’Abyssinic. Elle y parvint, et la dynastie qu’elle fonda régna environ 330 ans. Ce ne fut donc que vers 1255 qu’un descendant de l’ancienne famille royale d’Abyssinie , qui s’était réfugiée dans la province de Choa restée fidèle à ses anciens sou-
verains, fut replacé sur le trône de ses ancêtres. Selon la chronique d’Axoum (Sait, fieu cité, p. 473), il régna de 1255 à 1 209 ; il se nommait Icon Am lac ; son successeur fVottdrm Arad, règua de 1269 à 1284 , et Kudma Asgud , Asfa Asgud, Siti/a Asgud, de 1284 à 1287 ; Bar Asgud, de 1287 à 1292. te serait donc sous le régne de ce dernier prince, d'après cette liste, qu’eurent lieu les événements racontés par Marc Pol, qu’il place à l’année 1288.
te liste donnée par Ludolf ( Hiitoria Æthiopica, J. II, c.Yl) diffère de celle de Sait. «Exlincta igitur familia Zagaeà, dit-il, circa annum Christi 1300, primores She*n te (Choa) Icottamlaco, Salomonari generis principi, avitum sceptrum restitueront ; cujut postcri usque ad noslra tempera in Habe&siniâ Homère. Scdecim fuisse : t. Aikuna Amlac ; 2. Jagbea Tzejon ; 3. Baiiar-Sarda ; 4. Esbraad ; 5. Cadem Sag/ied ; 6. Zensaghrd; 7. Vdimrad ; 8. Amde tzejon ; 9. Scifaarad; 10. rdmaasfan; 11. David ; 12. Theodorus ; 13. Isaacus ; 14. Andréas ; 15. Hesbinaani ; 16. Amde- Jésus. » Nous reviendrons sur cette liste.
Makrhi, historien arabe (1302-1442), a décrit la contrée de Zeîla ou d'Adel; il dit - qu’elle fait
■ partie de l’Abyssinie, et qu’elle tire son nom « de la ville de Zeîla (ou Zeil, d’où est venu le o nom d’Azril, Adel) située sur une presqu’île de « la mer Rouge ; que la plus grande partie de
■ son territoire n’est qu'un désert sans habi-
■ tant», et que, cependant, la partie la plus peu-
■ plée occupe une longueur de quarante-trois « journées de marche sur quarante de largeur,
■ et qu’elle se divise en sept royaumes ou pro- « rinces, qui sont : A «fat, Douaro, Arabini,
■ Hadieh, Scharkha, fiait et Dora. Dans toutes « ces provinces , ajoute-t-il , on fait usage de
■ tant de différents dialectes qu’on en pourrait « compter jusqu'à cinquante. Mais, quelle que «* soit la langue parlée , tous ces peuples se ser- » vent pour écrire des caractères abyssins. Le n nombre de leurs lettres principales est de « seize, dont chacune se peut modifier de sept