‹ Le livre de Marco PoloChapitre 273 sur 357 · CHAPITRE CLXXXVIf · texte numérisé non relu

CHAPITRE CLXXXVIf

comme je vous ait dit ci arriérés. Et sacliiez que il sont moult bonnes genz d’armes ; et si sont genz à cheval ; car il ont chevaus

« manières différente* ; plus six autres lettres qui « ne se modifient par aucun signe additionnel : h les voyelles liées avec les consonnes ne peu- ■ vent pas être séparées. »

- Les provinces que MaWrisi décrit ainsi, dit M. Noël Desvergers [lieu cité, p. 15), n’étaient point également soumises à l'autorité du monarque abyssin. Il existait sous le nom de roi de Zeila ou roi 1 1 J Je/, un prince « islamite, - ayant hautement proclamé son indépendance , tandis que quelques- lûtes des provinces musulmanes plus rapprochées des contrées chrétiennes reconnaissaient encore de nom la suzeraineté de l’empereur d'Abyssinie. Toutes les fois cependant qu'il y eut rupture entre les deux nations, les Islamite» se déclarèrent ouvertement pour leurs coreligionnaires ; ou s’ils parurent agir en faveur des chrétiens, leur perfide secours fut plus à craindre qu'une franche hostilité.

n Amda-Sion (te Amde - tzejon de Ludolf, n“ 8), neveu d’Icou-Amlac, était monté sur le trône qt mrante-ûx ans aptes le rétablissement des descendants de Salotuon. Toute opposition avait cessé ; les Falaschas restaient confinés dans leurs montagnes, les Abyssins se pressaient iùléles autour d’un prince légitime; ce fut alors que ce monarque rempli de courage, et qui sc sentait habile, résolut de venger de vieilles injures eu enlevant aux Musulmans le commerce maritime dont ils étaient maîtres

« L'assassinat d'un messager du roi, tué dans la province J Awfat (de i'Adel) au moment où il allait y remplir une mission, fut le prétexte dont se servit Amda-Sion pour commencer la guerre. Sans s'informer jusqu’à quel point l'émir d’Aw fat, nomme Hakit-Eddin, pouvait être coupable de ce fait isolé ; sans demander le désaveu du crime ou la punition de ses auteurs, il rassemble ses troupes, va droit à la capitale, et brûle sur sou passage plusieurs villes remplies de marchandises précieuses. Les Musulmans surpris de cette attaque soudaine, et n’ayant pas eu le temps de rassembler leurs forces, furent complètement battus. Forcés de se soumettre, ils consentirent à payer le tribut que le roi voulut leur imposer et reçurent pour gouverneur Sahr-Eddin,

à laplacedelIokk-Kddin, qu’Amda-Sion emmena captif. Après cette victoire le monarque abyssin rentra dans le Schoa ; et, arrivé à Tégulet, il Ht distribuer à son année et au clergé tout le butin qui avait été fait. •

Les Musulmans, après cette expédition du roi d’Abyssinie sur leur territoire (nous abrégeons le récit rapporté dans M. Noël Des vergers), »e concertèrent pour prendre leur revanche. Ils envahirent à leur tour plusieurs provinces chrétiennes qu’ils ravagèrent. Amda-Sion les vainquit encore. Mais les Musulmans ne se découragèrent pas ; ils changèrent de lactique. Ils prirent le parti d’éviter tout combat et de fatiguer les Abyssins par de continuelles escarmouches. La saison des pluies revint, et avec elles des maladies endémiques qui, daus des contrées basses et chaudes, causèrent beaucoup de ravages parmi les Abyssins. Les Islamite» en profitèrent ; la guerre sainte fut proclamée; sei/e chefs entrèrent en campagne, réunissant une force de quarante mille soldais, dont le commandement général fut douné au Prince d’Adel.

Amda-Sion, atteint lui-même par les fièvres du luis pays, réunit tous ses efforts pour résister à ses ennemis, il tua de sa main deux chefs de leur aile droite, et scs soldats, excités par sou exemple, chargèrent les . Musulmans avec tant de force, qu’après une défense opiniâtre, ils furent mis en fuite, poursuivis avec vigueur et détruits pour la plupart.

Cette fois le monarque abyssin voulut mettre à profit sa victoire. Traversant les plaines couvertes de sel qui avoisinent la mer, il coupa toute communication entre la terre ferme et la presqu’île où est située Zéila, et s’empara de cette ville. Il venait de s’en rendre maitre quand il apprit qu’une multitude d'ennemis s'avancaient contre lui. Toute la population musulmane avait été soulevée. Les Abyssins furent obligés de faire des prodiges de valeur pour triompher encore cette fois de leurs enuemis. Le roi Amda-Siou et sou armée se livrèrent à tous les actes de destruction qu'ils purent accomplir : les mosquées furent abattues, les villages incendiés, les récoltes foulées aux pieds des chevaux ; puis, après

Ii98

assez (5); el il leur est bien mestier, car toute jour ont il guerre contre le Soudan d'Aden ' et contre ceus de Nubie ; et contre autres genz assez. Et si vous conterai d’une belle histoire qui avint ou temps M.cc.iiij.xx. et .viij. (ia88) deCrist.

Il fu voir * que cestui rov qui fit crestien et sires de la province de Abbasie dist qu’il vouloit aler en pèlerinage en .lberuslim pour aourer 5 le saint sépulcre nostre Seigneur dieu Jliesu Crist le sauveeur‘. Et ses barons li ‘ distrent6 que trop seroit grant péril s'il y aloil ; et H loeroient 7 qu’il y envoiast en son lieu aucun evesque ou aucun prélat. Si s'accorda li roys à ce que ses barons li conseilloient j et lors y envoya un sien1 evesque qui moult estoit de sainte vie. Si ala tant, celui 1 evesque, et par mer et par terre que il vint au saint sépulcre. Et si li fist telle1 honneur commecreslien li doit faire. Et si y lit moult grant offrande de par son roy qui li avoit envoyé en son lieu. Et quand il ot 8 fait tout ce qu’il devoit

f Ms. B. A t(nu. — s Id. Samrour. — >* Id. lui, — ' Id. saint. — i Id. ce saint. — V Ms. B. tel.

4 Frai. — ,J Adorer. — 6 Dirent. — 7 Conseilleraient. — 8 Eut.

avoir fait une quantité do butin, lu roi abyssin retourna en triomphe dans la province de Choa.

Ce récit abrégé, tiré des chroniques d’Abyssinie, est évidemment la relation des mémos faits racontés par Marc Pol ; le* principales circonstances sont les mêmes et ont une ressemblance frappante ; les détail» seulement different. Ce n’est pas - un evesque chrétien circoncis de force par le Soudan d'Aden ou Adel » qui est cause de la guerre ; c’est l’assassinat d’un messager du roi d'Ahvssinie, dans la province d’Adel, « où il allait remplir une mission. » L’anachronisme apparent qui résulterait des dates données, d’une part, au règne du roi abyssin Amda-Sion (vers 13i(i ou 1350), et celle que donne Marc Pol (1288), ne peut s’opposer à l’identification que nous croyons pouvoir faire des événements raconté* dans h-* deux récits, car le» dates grégoriennes que l’on a données aux règnes de ces rois d’Abyssinie, sont dp* plus incertaine» et ne reposent sur aucune certitude. Ce sera désormais le récit de Marc

Pol qui en donnera une véritable nu règne d'Aiuda-Sion, laquelle servira de base pour établir celles des autres règnes qui ne sont indiqués dans le* listes abyssiniennes (comme dans les listes ou canons des rois d’Égypte) , que par le nombre des années de règne de chaque roi. Marc Pol, ayant rédigé son livre en 1298, ne peut placer les événements racontés par lui au-dessous de cette date ; par conséquent le règne d’Aiuda- Sion ne peut lui être également postérieur, c’est donc là une date fixée enfin d’uur manière certaine par ee curieux synchronisme, dans l'histoire encore si vague cl si obscure de l'Éthiopie.

(A) » Ei/uorum hic gciirrosa et valida est nain ra, dit l.udolf ( loco laudato, I. 1, 7), non cnim equitantur nisi in prudiis, sel equestri decursu ; idco nec ungulas coriun soleis ferre» muni unt ; si per aspera et salehrosa loca eundum sit , eus diicunt ipsi midis incidentes. Variorum colorum sunt, ut apud nos, spadiccs, glauci, scutulali, fusci et phirimi uigri. »

Page 1